Compte Rendu de la carte Blanche à Vincent Parreira le 9 Décembre 2014 « Le désir encore »

17 déc

Je dédie cette carte blanche à Stéphane Pertusier de l’agence Atelier du Pont, un des fondateurs du collectif Plan 01 qui nous a quitté avant-hier.

Ce qui m’intéresse c’est de construire, c’est notre seul support à communiquer auprès du public et des maîtres d‘ouvrage. C’est de répondre à un usage d’améliorer ce petit quotidien. Je suis très sensible à tout ce qui est beau, à l’élégance, à l’idée de donner du beau à tout le monde. J’aime travailler, triturer, plier, plisser, galber la matière, travailler l’épaisseur, la sensibilité. La noblesse du matériau c’est extrêmement important. On arrive à une expression de plus en plus minimaliste, puis l’économie nous rattrape souvent et on épure…

Je me lève le matin, je suis heureux de faire ce métier, je ne suis pas encore miné, pourtant c’est un combat du quotidien, il faut travailler constamment, essayer d’aller le plus loin possible. Notre métier a une véritable valeur, notre attitude est essentielle comme notre engagement.

Le groupe scolaire de 27 classes Casarès Doisneau à Saint Denis qui a obtenu une mention à l’équerre d’argent en 2011. C’est toujours une reconnaissance qui fait plaisir. Notre objectif c’était de réveiller et de révéler la mémoire disparue de ce site industriel en déshérence, ce grenier parisien de l’Est et du Nord de Paris, « la petite Espagne » constitué d’énormes entrepôts. Avec une réflexion autour de ce qu’il y avait dans le quartier, le repérage de spécificités et détails et la décision de préserver l’énorme cheminée.

Nous avons voulu une petite forteresse pour les enfants, avec le drapeau tricolore comme repères. Un large sas, un escalier monumental, des paliers intermédiaires généreux qui offrent des espaces entre la classe, le couloir et la cour. On peut se placer à des endroits variés, se cacher aussi, il faut créer ces espaces qui font la différence dans les usages. Se mettre à la hauteur des enfants, les faire rêver, par exemple avec une belle bibliothèque, un lieu magique pour lui donner envie de lire. Concevoir une clôture ajourée en tôle pour des jeux d’ombre sur la cour. Mettre des patères en forme de trompe d’éléphant, bref, apporter des petites attentions à l’enfant. Dommage que le mobilier dans les classes soit aussi pauvre… les catalogues sont consternants.

Cette école à 80 % à ossature bois et bardage bois présente une façade plus urbaine sur la rue du Landy et s’approprie les lettres de noblesse du bâtiment industriel. Il ne s’agit pas de le refaire, ni d’être nostalgique, mais de ne pas oublier d’où l’on vient. C’est ce qui m’importe, c’est aussi de raconter une nouvelle histoire. On a adjoint à cette vêture en bois, un soubassement en tôle et un jeu iconographique pour décorer la façade, pour donner une expression. Un gymnase complète le  groupe scolaire. On a développe la même démarche, les mêmes exigences.

Avec Antonio Virga, architecte, nous avons réfléchi à un sujet incroyable : construire 100 000 m2 de surfaces commerciales, à côté d’Angers, en périphérie de la ville, à Beaucouzé, au milieu des champs. C’est le projet ATOLL. Comment répondre à une problématique aussi violente ? Nous nous sommes dit qu’on ne devait jamais voir ce centre commercial, ou plus exactement que tout ce qui devait être vu, devait être beau et intriguant. Notre naïveté a porté ses fruits, nous avons gagné le concours parce que nous avons été des rêveurs. Aujourd’hui, on ne peut plus défigurer le paysage comme on a défiguré nos entrées de villes, construit pas cher pour vendre pas cher, c’est complétement scandaleux. Il ne fallait pas lâcher, ni se perdre dans la facilité. On a proposé un parti dans un esprit très « land art », avec un anneau, une sorte d’ellipse de 60 à 100 mètres d’épaisseur et d’un kilomètre de long à l’intérieur, avec une vêture très travaillée, une résille perforée avec des dessins en losange de douze mètres de haut, qui épouse le terrain et s’intègre dans le paysage agricole, qui se soulève pour accueillir les visiteurs, avec une sorte de parcours initiatique. Il n’y a aucune enseigne en façade. Tout se passe au cœur de l’atoll, les magasins se regardent, le parking légèrement encaissé est paysager, il n’ y a aucun stationnement extérieur à l’ellipse. On a travaillé sur l’ambiance nocturne avec un travail poussé sur la lumière, afin de donner des atmosphères différentes. Un kilomètre de promenade, cela se travaille, pour que le parcours soit agréable, pour que ce soit beau, pour créer une ambiance de rue dans quelque chose qui n’existe pas. Il faut être attentionné vis à vis du public qui vient fréquenter ce centre commercial XXL.

Je vous présente maintenant notre premier bâtiment, livré en 2003 après 7 ans d’études… Un espace jeunes de 500 m2 dans le 18 arrondissement de Paris, près de la porte de la chapelle, un bâtiment solide, avec une structure en béton, pérenne, d’un usage fréquent, identifiable et appropriable par des ados. Un bâtiment capable de supporter les aléas de la vie quotidienne, capable d’accueillir des ados perturbateurs. C’est un petit objet assez particulier, complétement doré, avec une salle commune , une salle informatique, une de danse, des espaces extérieurs qui sont à l’intérieur, des escalier de secours qui amènent à des terrasses et accueillent d’autres usages. L’ensemble est protégé par une maille inox. Il y a un jeu de surveillance mais pensé pour ne pas ressentir de contrôle exacerbé.

Un concours perdu, un centre de formation pour apprentis à Rouen puis la présentation du projet de 172 logements et commerces dans la ZAC des Batignolles avec Aires Mateus, architectes. Un processus intéressant avec la présentation à l’oral de nos intentions, le workshop et un mariage arrangé avec un promoteur.  Ce dernier a des préconcepts, du savoir-faire, il faut s‘accorder, c’est toujours un peu compliqué. On voulait de la légèreté, retrouver une architecture très minimaliste, sans esbroufe. Ce qui est dessiné, on sait combien cela coûte. Nous avons recherché les ingrédients de l’habitat haussmannien, cette écriture avec une grande hauteur sous plafond, beaucoup de fenêtres, de petits balcons, de grands espaces pour l’entrée. Sur un terrain restreint, nous avons exploré plusieurs partis pour opter pour deux bâtiments presque jumeaux qui se font front, avec de petites maisons sur le toit, des balcons périphériques et une coursive.  Le projet est au stade du permis de construire.

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel

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