Compte Rendu de la Carte Blanche à GAELLE PENEAU un parfum de féminité le 30 Novembre 2016

4 déc

Carte Blanche à Gaëlle Péneau from Denoyelle Yves on Vimeo.

Non, contrairement au titre, il n’ y a pas d’architecture féminine. L’architecture c’est un travail d’équipe avec mes 7 associés à l’agence, nos collaborateurs, nos partenaires, BET, entreprises etc. Il est donc difficile de revendiquer une signature uniquement féminine. Bien sûr, je représente une certaine forme d’exception dans une profession très masculine. Il y a un regain d’intérêt pour le fait féminin. Les étudiantes sont majoritaires dans les écoles, 40 % sortent diplômées et seulement 16 % sont inscrites à l’ordre. Les événements politiques actuels nous forcent à penser que rien n’est acquis, soyons donc vigilantes !

Je commencerai par une exposition que nous avons faite à la galerie d’architecture à Paris, intitulée « Du projet au motif : ce qui se trame ». Comment présenter les projets de l’agence ? La question de la scénographie s’est posée. Nous avons rassemblé les motifs collectés sur les façades de ces 10 projets, et j’ai fait imprimer ces différents motifs sur 300 mètres linéaires de soie. Nous avons ensuite suspendu ce tissu aérien dans l’espace de la galerie et présenté chaque projet sous forme de photographies. J’ai aimé ce contrepoint entre ce dur métier d’architecte « dans les bottes et dans la boue des chantiers » et la soie si légère.

Le centre hospitalier de Vannes, (33 000 m2) témoigne du temps long d’un projet. Le contrat a été signé en 1994 et les bâtiments livrés vingt ans après…Les directeurs et les interlocuteurs ayant tous changé, ce sont les architectes qui ont tenu le projet et son sens au travers des aléas et des changements de programme.

C’est un grand équipement complexe, rempli de petites pièces de 10 à 20 m2. On ne peut les éclairer toutes qu’en recourant à des patios, d’où cette expression de « plaque à trous » pour exprimer le concept d’un hôpital. Autre difficulté, la diminution des effectifs hospitaliers : il faut réduire le temps de déplacement du personnel et assurer un bon rendement de plan. Les volumes sont simples, les boites qui émergent sur la façade donnant sur le lac correspondent aux chambres à deux lits qui s’inscrivent dans une même trame immuable et sont simplement plus profondes. La façade nord abrite les circulations, reliées à la grande passerelle qui passe au dessus du bâtiment existant. L’hôpital se reconstruit toujours sur lui-même…

Le campus des métiers à Brest (19 000 m2) a été livré en 2014. Il pose la question de la formation professionnelle, qui reste une des solutions pour résoudre le chômage des jeunes. Les relations avec les élèves sont différentes de celles d’un lycée classique : ils sont motivés par l’alternance, passionnés par leur métier, le contact avec eux est agréable. Il y a une multiplicité de filières, pôle alimentaire, filière hôtelière avec restaurant d’application, cuisine et self pour tous les élèves, pôle automobile avec un garage et une section peinture, serrurerie et mécanique et une partie coiffure. Sans oublier un internat de 150 places, des enseignements classiques et un équipement sportif. On a l’impression de construire une petite ville !

Le site présente une forte déclivité avec une petite rivière en contre-bas, le Stang-Alar, et des haies bocagères que nous avons voulu conserver. Le programme impose 300 places de stationnement et un accès protégé par l’extérieur de tout le site. Nous avons imaginé une grande circulation sur deux niveaux superposés reliée à des bâtiments en peigne. Le maître d’ouvrage souhaitait également la création d’un circuit de visite pour les chefs d’entreprises, la rue intérieure servant ainsi de vitrine : les activités des élèves deviennent visibles depuis les circulations.

Dès le concours nous avions choisi un bardage en bois sur la totalité des façades, mais le client a demandé des garanties quand à la pérennité du bois : nous sommes à Brest ! Afin de respecter cette demande on a opté pour du bardage métallique pour les ateliers et du bois red cedar (cèdre rouge) pour les grands bâtiments qui sont en quelque sorte des caisses sur pilotis. Il a magnifiquement vieilli en prenant une teinte gris argenté. Le travail sur le béton est soigné, les rives béton sont réalisées avec une matrice ondulée qui rappelle le bardage. Sobriété des couleurs à l’extérieur, une seule couleur rouge vif sur la circulation basse, béton brut, et couleur un peu doré sur les menuiseries et la lisse. Le garde corps se déroule comme une lanière sur toutes les coursives, c’est un barreaudage illimité qui n’a pas de raidisseur. A l’extrémité de la circulation, tout en haut du site, on trouve la salle de sports qui présente les trois strates du projet – bois, polycarbonate et bardage métallique – comme le point final qui synthétise le projet.

Quelques mots sur les travaux en cours :

A Marseille, nous réalisons une école de commerce sur un terrain là aussi en forte déclivité. Nous avons imaginé les différents niveaux des bâtiments comme autant de restanques. C’est un projet compliqué pour l’accessibilité et la sécurité incendie. Après beaucoup de discussions, nous avons opté pour un système d’arrosage des façades par l’extérieur.

A Boulogne Billancourt dans la ZAC du trapèze pour un projet de 70 logements sociaux, nous sommes en limite de site face au quartier existant et en mitoyenneté avec deux autres projets. L’un présente un revêtement blanc et l’autre brun foncé. Nous avons cherché à faire une « couture » entre tous ces voisinages : on est parti du blanc pour aller vers le brun. C’est l’idée de créer un lien par la couleur et le matériau : un même motif sur la brique ou le métal. Un attique de 3 niveaux complète les volumes.

Le dernier projet, c’est la réhabilitation de l’université de Paris Dauphine, (60 000 m2) un bâtiment signé Jacques Carlu en 1954, destiné initialement à abriter l’OTAN, puis la célèbre université. La construction est entièrement en charpente métallique avec un bardage pierre et qui n’est plus du tout aux normes. On ne touche pas aux façades mais on va créer un espace neuf à l’intérieur.

L’agence fonctionne avec un noyau structurant de personnes qui travaillent ensemble depuis plus de 20 ans et ont des accords tacites entre elles. La conception est présente tout au long du projet et du chantier lequel nécessite un certain goût pour la négociation afin d’obtenir une finition parfaite. Lors de l’élaboration d’un projet il faut en poser le cadre, respecter le programme, être fonctionnel et puis ensuite en modifier un peu le cadre pour en sortir…mais surtout ne pas partir avec une idée en tête. De la rigueur donc, mais certainement pas de la rigidité !

Le débat qui a suivi nous a fait découvrir une architecte engagée, qui s’exprime sur les normes et la difficulté d’être architecte aujourd’hui, ou encore la question de la démocratie au travers des goûts et des couleurs… Des billets à lire absolument sur le blog de pauljorion.com.

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel

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