Compte rendu de la table ronde « Connecté ou déconnecté ? » le 10 mai

21 mai

Design Friction avec Bastien Kerspern ; Philips avec Bertrand Mathieu ; GRDF avec Thibault Stabat ; Phosphoris avec Eric Aubspin. Débat animé par Didier Klinkammer

Connecté ou déconnecté ? from Denoyelle Yves on Vimeo.

Bastien Kerspern
Studio friction a été fondé il y a trois ans. C’est une structure qui accompagne des organisations dans la compréhension de leurs problématiques et l’identification de leurs risques.
Notre démarche design a pour objet de créer du débat, de susciter de la discussion. On est là pour interroger, se poser des questions et provoquer. Où en est la société ? On fait de fiction au sens de la science fiction, toujours par le design, pour outiller la réflexion. On crée des boussoles plutôt que des cartes, notre objectif est de venir éclairer une innovation en anticipant les opportunités et en prévenant les risques.
Nous développons une approche collaborative, des ateliers avec usagers et partenaires. Nous avons des projets pour des clients et aussi des projets de recherches et développement ;
Je vais vous en présenter quelques uns
La cité des données par Stereolux Nantes a pour objectif de rendre tangible des problématiques complexes. Ce projet commence avec un atelier de déambulation dans la ville, un walkshop avec des participants, on leur dit : si demain on redémarre une ville intelligente, si elle était entièrement connectée, qu’est-ce que cela donnerait si elle était tout sécuritaire, nostalgique, tout marchand ?
Puis on fait un workshop avec ces participants et ils imaginent ensuite des objets du futur. Quelques exemples le Filterbook, pour filtrer ce qu’on a envie de voir, ou encore le
Bracelet zen qui vous ouvre des portes selon votre réputation sociale, enfin la
Smartmadeleine un objet qui permet de raconter ses souvenirs dans sa ville. Enfin on fait une mini exposition. Le public réagit en collant des post-it. Cela nous a permis de collecter des réactions du grand public, notamment sur le plan de la sécurité. Après c’est en ligne, le dialogue est ouvert, il continue
Au-delà de ces projets, on aime aussi concevoir des outils, créer et imaginer des scénarios sur cette ville intelligente, comme avec le flaws of the smart city. Le but ici est d’anticiper les risques et les angles morts des innovations.
On a fabriqué un jeu de cartes, de lieux, d’actions, de problèmes, qui nous permet d’exploiter les points faibles, de les rendre identifiables et de faire de la médiation.
Protopolicy avec le parlement britannique est une aide à la construction de la décision.
Il s’agissait de travailler sur des scénarios de vieillissent à domicile. On a pris ces projets de lois et on les a mis en cartes à jouer. Puis on a demandé à des personnes âgées de travailler avec nous. Elles ont travaillé sur l’autonomie et demandé si elles pourraient être autonome aussi, dans leurs logements connectés, par rapport à l’euthanasie. Nous avons donc créé la montre soulage sans prendre partie.
Notre rôle c’est de prendrez la distance, d’explorer la question du vieillir chez soi. Cette montre est connectée mais elle a une seule fonction, elle vous permet de vous tuer quand vous voulez. Nous voulions illustrer les conséquences quand une loi sur l’euthanasie existera et sera banale. Ce sont des prototypes du pour et du contre.
On a également imaginé un faux métier, le thérapeute des objets intelligents. Ce sont des expérimentations.

On ‘est pas toujours dans la critique ; On se prête aussi à l’utopie en s’appuyant sur des technologies qui existent déjà, on imagine la ville de demain. Ces projets ne sont pas forcément aboutis aujourd’hui. Ils visent à défricher de nouvelles perspectives et inspirer de nouveaux imaginaires
Ainsi on a travaillé sur la place des animaux dans la smart city. Dans les études, il n’y a aucune ligne sur la place des animaux dans cette ville intelligente. L’innovation ne s’intéresse pas aux conséquences sur les non humains. On s’est penché sur les bugs. On a imaginé un groupe de braqueurs qui utilisent la fauconnerie pour s’attaquer aux drones. C’est une problématique qui existe : Amazone a vu ses drones rencontrer des flux migratoires d’oiseaux.
Et puis on pose la question du but. Par exemple avec sons of Kyôn. On a réfléchi aux vagues de migration, et imaginé une symbiose entre des chiens errants et des migrants. Un chien équipé d’un collier intelligent sans contact (ça existe) s’approche de vous et vient prendre vos données et votre code de carte bancaire, via une caresse
On a aussi proposé une Couverture chiens pour que les migrants se transforment en chiens, parce qu’ils seront alors accueillis différemment.
On ne prend pas parti. On se demande quelles seront les alternatives qui peuvent passer.
Se demander quelles seront les ‘alternatives qui peuvent passer. Par exemple, avec le projet Syns. On imagine une alimentation entièrement personnalisée, avec des plantes qu’on vous livre. Cette nouvelle façon de se nourrir influence la façon dont nos villes produisent, diffusent et consomment les aliments, la cuisine va disparaître, les supermarchés aussi.
Il s’agit toujours de représenter des questions par des objets quotidiens, de confronter ces provocations aux réactions des publics, et d’adapter les décisions aux retours collectés.

Pour Bertrand Mathieu, de Philips, la question essentielle est celle de la donnée. Le Led permet d’aller sur la connectivité et sur la data. Santé, qualité de l’air, nous avons beaucoup d’indicateurs sur la ville vertueuse avec les led. On sait quand les gens éteignent. On s’est rapproché directement du législateur, pour que ces données valident et respectent la vie privée. Bien sûr on sait que le produit est vulnérable, certains l’ont montré. En tout cas, notre entreprise évolue, nous devenons une entreprise de services. Les évolutions et les services de demain impactent l’intégralité des filières industrielles.
Thibault Stabat précise que sa société Grdf a une mission de service publique et travaille également cette question de la donnée. Les données sont importantes pour mieux prévoir les investissements, mieux gérer le réseau. Actuellement Grdf déploie le compteur communicant Gazpard (relevé automatique à distance). Les équipements gaz connectés, c’est une prise de conscience récente. NEST par exemple le thermostat connecté a été racheté par Google. Nous n’avons pas le droit d’accéder aux données de la maison. Est-ce qu’on paiera moins si on donne ses données ?
Avec la production d’électricité décentralisée on va faire baisser la facture et soulager le réseau.
Bastien Kerspern précise que les données ne sont jamais objectives et note la vulnérabilité des logiciels. Quoi de plus facile que de prendre le thermostat en otage, le programmer à 60 ° et demander une rançon pour le baisser ?
Il faudrait un droit de regard des utilisateurs sur les algorithmes. Est-ce qu’on veut que la chaudière sache tout de vous ou rien de vous ? Le détecteur de présence dans les toilettes qui l’a réglé comme cela ? Et sur quels critères ? Qui a le contrôle ? Qui va prendre le pouvoir ?
Chacun produit un travail, un contenu (digital labor) par ses données sans même sans rendre compte. L’équipement qui produit le plus de données c’est votre smart phone. Pourra-t-on imaginer un collier connecté qui collecte vos données et les revend par exemple pour payer vos dettes ? L’usager sera-t-il un jour rétribué ? On est en train de créer une bourse mondiale de la donnée, elle sera disponible dans deux ou trois ans. La data c’est l’or noir du XXI siècle. Chacun pourra en acheter et en revendre. Savez vous qu’aux USA votre employeur peut acheter votre historique de recherches sur le web ? En France on a la CNIL.
La guerre hallucinante sera pour le contrôle. On a déjà des exemples où l’accessibilité en cas de problème (terrorisme) aux données s’est révélée très difficile. L’autre enjeu majeur soulignent les industriels c’est celui de l’interopérabilité : qu’est ce que j’accepte de donner ou de ne pas donner ? Est-ce que je donne en temps réel ou pas ?
Il faudrait apprendre à lire et écrire les données conclut Bastien Kerspern

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