Compte Rendu de la table ronde n°3 « Logements en évolution » le 5 juillet

7 juil

Matériaux en révolution, logements en évolution from Denoyelle Yves on Vimeo.

Dernière séance de notre cycle sur les matériaux en révolution, en partenariat avec la MAF : Guillian Graves, designer, nous a parlé de son métier, de sa posture, de ses recherches et de ses projets. Il s’inscrit dans une démarche durable, économe en matériaux et en énergie, dans la performance et la durabilité et travaille avec des chercheurs d’horizons divers et des étudiants pour décloisonner les champs.
Le vivant a toujours été une source d’inspiration, on a essayé de l’imiter, de s’en inspirer avec le bio-mimétisme pour concevoir des innovations durables comme le fameux shinkansen japonais : l’avant du train est profilé comme le bec d’un martin pêcheur, animal qui passe naturellement de l’eau à l’air, afin de limiter l’énergie et le bruit.
Il a présenté son travail sur des objets quotidiens plus durables : la bouilloire par exemple produit 80 % de son impact environnemental lors de son usage. Il a donc littéralement réinventer cet objet banal en s’inspirant du bombardier, un insecte qui fait bouillir de l’eau dans son corps, du fonctionnement d’une termitière qui garde une température constante et du nautile, un animal marin. Résultat une bouilloire qui permet de chauffer uniquement l’eau dont on a besoin de façon économe.

On peut repenser l’habitat et la façon dont nous consommons. Guillian Graves travaille, en collaboration avec des biologistes, sur des bactéries qui digèrent les déchets. Ils ont imaginé une petite machine growduce dans laquelle mettre les déchets organiques. Ces derniers fabriquent des objets dont on choisit la forme via des moules. Ils ont deux sites pilotes en Inde pour développer ce recyclage à plus grande échelle.

Le projet sur les arbres à virus qui abritent des moustiques porteurs de la dengue, de Zika etc. a été réalisé en dix mois avec ses étudiants. Ils ont créé un piège low-cost. On le laisse dans l’environnement puis on récupère les moustiques piégés et on établit ainsi une cartographie précise des zones infectées pour cibler les traitements insecticides. Cette innovation a été distinguée par un prix du MIT.
Cette année les étudiants explorent des manières de capter les perturbateurs endocriniens et l’air pollué.

On peut aussi fabriquer le vivant.
Il cite des architectes anglais qui construisent des bâtiments durables avec une climatisation qui s’inspire de la termitière et ont créé un algorithme pour concevoir des structures complexes avec le moins de matière possible, évoque des vers à soie qui fabriquent une architecture autour de grands câbles, montre des briques fabriquées à partir
de bactéries. Il suffit d’utiliser la capacité de certains organismes à s’agglomérer.
Le champignon est un formidable régulateur, on peut le mouler et lui donner une forme carrée et construire une tour… Ou produire de l’énergie à partir de micro-algues, alimenter des communautés de bactéries à partir des déchets humains pour nous chauffer ou faire pousser des plantes qui produisent de l’électricité.
La méthodologie BIOTRIZ accompagne les chercheurs. Quelqu’un d’autre à déjà répondu à mes questions et je trouve la solution via une base de données…
C’est bien du partage de problèmes et de connaissances que nait l‘innovation.
De nouveaux outils, de nouveaux espaces, de nouvelles coopérations. Et quand on fabrique le vivant, qui parfois est moche, parfois sent mauvais, de nouveaux enjeux juridiques, philosophiques et éthiques surgissent. On travaille sur le vivant mais le vivant peut nous échapper, il faut réguler la recherche, se poser les bonnes questions, avec des instances adéquates.

Après l’exposé « décoiffant » de Guillian, véritable « accélérateur de particules » selon la formule de Maurice Manceau, Tarkett, Bouygues et Saint Gobain échangent sur leurs façons de penser l’innovation.

Le premier sol connecté Floor in Motion de Tarkett a été une véritable révolution dans les habitudes de la société qui, d’ailleurs, ne connaissait pas vraiment ses utilisateurs. Marilyne Goulard souligne que ce sont ces derniers qui écrivent finalement le cahier des charges de produits innovants en imaginant d’autres usages et fonctionnalités à ce premier sol connecté : détecteur de chute mais pourquoi pas, repérage de comportements inhabituels ou prise du poids des résidents âgés. Il faut se mettre « à la place de » l’utilisateur, de l’aide-soignant ou du médecin, observer, s’immerger dans les usages pour apprendre et améliorer encore notre copie initiale, souligne-t-elle.

Bruno Linéatte de Bouygues fait le constat que les immeubles très performants peuvent être compliqués et pas toujours confortables. En partenariat avec de grandes entreprises, le groupe travaille sur une maison autonome coupée de tout et a beaucoup appris sur ce qui était négociable ou non négociable comme le confort.
Bouygues s’intéresse aux robots : Ainsi, il va imprimer en 3D une « maison habitée », aux lignes courbes, en quelques jours en Septembre à Nantes. Des robots désamianteurs sont testés actuellement et peuvent remplacer des métiers dangereux et ingrats. Grâce à ces nouvelles technologies on peut terminer la Sagrada Familia de Gaudi.

Chez Saint Gobain, Maurice Manceau relate l’expérience d’un projet démonstrateur à Angers qui s’intéresse à tous les systèmes de la vie des usagers à l’intérieur d’un logement, le confort thermique, le confort acoustique etc. Beaucoup de choses ont changé quand on prend le confort comme grille d’analyse. C’est un sujet qui fait l’unanimité. Il faut aller plus loin, dit il, et ne pas faire des bâtiments inutilisables cinq ans après parce qu’il arrive une pathologie à l’habitant. Il y a 50 000 petites choses à faire qui ne coûtent pas cher pour aller jusqu’au bout de la vie dans son logement sans que ce dernier ne ressemble à une chambre d’hôpital.

L’enjeu partagé par tous nos intervenants, c’est l’évolutivité au sens large, en étant capable de démonter et de recycler plutôt que de démolir.
Le poids des réglementations reste un écueil pour favoriser l’innovation. Bouygues encourage l’intraprenariat, Saint Gobain aide des start-up. L’open source devient une réalité partout, avec ses avantages et ses risques. L’innovation est décidemment en marche !

CR établi par Elisabeth Pélegrin-Genel

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