Carte blanche à Lina Ghotmeh, le 27 septembre à Architect@work, la nature du futur, architecture de l’environnement

11 Oct

Compte-rendu de la Carte Blanche à Lina Ghotmeh, Lina Ghotmeh-Architecture.
« La nature du futur, architecture de l’environnement, jeudi 27 septembre 2018 à Architect@Work.

Basée à Paris, l’architecte Franco-Libanaise Lina Gothmeh travaille ou intervient dans de nombreux pays. Que ce soit Londres, Beyrouth, Paris, Montréal, Tokyo ou encore Kerala en Inde, l’ailleurs est une opportunité se confronter à différentes cultures. L’objectif recherché étant de nourrir une réflexion conceptuelle issue de la spécificité d’un contexte toujours plein de surprises et d’inattendu. C’est cette mise en danger quotidienne face à la ville-monde cosmopolite qui inspire l’architecte pour élaborer une réponse architecturale forte et contextualisée. L’environnement singulier propre à chaque culture, à chaque commanditaire, à chaque site est, pour elle, un moteur conceptuel qui booste sa créativité et l’aide à se renouveler.
Chaque fois, la démarche de conception est basée sur une recherche approfondie du rapport à l’environnement, un retour à l’origine quelque soit échelle d’intervention, du territoire à l’objet, l’objet n’étant d’ailleurs pas le plus facile…
Chaque projet est une fouille précise, méticuleuse, quasi archéologique, sans doute influencée par une enfance dans un Beyrouth en guerre, une ville en ruine, aux bâtiments ouverts mais une ville vivante en reconstruction permanente. C’est ce perpétuel recommencement, cette régénérescence de la ville sur elle-même, qui fait dire à Lina Gothmeth que l’acte de construire est aussi un acte de déconstruire.
Les ruines et la nature qui s’en empare la fascinent également, avec cette faculté à rendre beau et romantique ce qui était parfois laid, à l’origine.

Musée National Estonien, Tartu, Estonie.

L’Estonie, indépendante depuis 1992 et entrée dans l’union européenne en 2004 avait besoin d’un lieu pour illustrer son histoire et celle des révolutions. Situé à Tartu, capitale culturelle de l’Estonie, certes mais aussi vaste territoire délaissé, le premier concours ouvert que Lina Gothmeh a remporté avec deux amis (Dan Dorelle & Tsuyoshi Tane) résume à lui seul son caractère libre et parfois transgressif. La proposition architecturale défie les instructions du concours : au lieu d‘installer le bâtiment sur le site proposé, le projet s’ancre à côté, dans le prolongement d’une piste aéroportuaire abandonnée d’une ancienne base militaire soviétique, symbole d’une cicatrice douloureuse encore très présente dans la mémoire collective estonienne. À la fois monumental et se fondant dans le paysage, le projet est un véritable un acte politique. Tout d’abord enfoui dans les profondeurs du sol de la base militaire, le musée émerge pour s’envoler vers un avenir apaisé porteur d’espoir.
S’en suivent pour les trois associés dix années de travail acharné avec des moyens restreints. Une présence continue et un dialogue constant des architectes avec leurs interlocuteurs locaux ont permis la réalisation de ce bâtiment très puissant, qui a reçu, depuis sa livraison en 2016 de nombreux prix (dont le prix AFEX).

Restaurant les Grands Verres, Palais de Tokyo, Paris.
La recherche a été fondée sur les différentes expériences et manières de manger : 3 espaces traités différemment, et particulièrement un bar monumental en terre crue compactée, élaboré avec Martin Rauc, qui est une manière de solliciter les sens mais aussi de rappeler que nos aliments sont issus de cette terre, qui doit rester nourricière.
Des fragilités et des défauts que Lina Ghotmeh apprécie, elle en joue et les souligne parfois, l’aspect artisanal, le travail de la main l’intéressant tout particulièrement.

Boutique de Patrick Roger, artisan chocolatier et sculpteur, Fbg Saint Honoré à Paris.
La boutique a été conçue comme une sculpture à partir de son travail et c’est un Maître Verrier qui a réalisé les éléments en verre. Les recherches se font essentiellement avec des croquis, des maquettes, des échantillons, des recherches de matériaux qui font que l’agence ressemble plus à un atelier qu’à un bureau d’architecture. C’est cette recherche constante qui est au cœur de tout son travail.

Stone Garden, Beyrouth, Liban.
Là encore, c’est le matériau terre qui domine, projetée sur toutes les façades et layée à la main.
Commandité par un photographe qui a lui-même photographié le Moyen Orient, le bâtiment s’inscrit dans ce Beyrouth encore en chaos, en fouille permanente. Traduction directe de la réglementation urbaine, l’immeuble Stone Garden est une masse sculptée, percée d’ouvertures toutes différentes comme autant de cadrages sur la ville, perceptibles depuis les espaces d’intimité très protégés des logements.

Exposition de 15 Maîtres d’Art français au Japon, à Tokyo.
Ces artisans d’art, très rares, sont considérés comme des « trésors nationaux », aussi bien par les français que par les japonais. La scénographie est une mise en lumière de leurs œuvres, un effacement de l’installation pour ne voir que la perfection des réalisations.

Tour Masséna, réinventer Paris.
Ce projet part du constat que face au réchauffement climatique, la programmation doit intégrer le problème de l’alimentation, de l’emploi de matériaux durables, avec la possibilité de réemploi pour favoriser une économie circulaire.
La tour en bois répond à ce programme, elle est démontable, « ré-assemblable » si nécessaire et elle se raccorde au bâtiment en bois déjà existant sur le site. Les espaces sont fluides, logements et bureaux s’articulent autour des espaces collectifs et des zones de jardin partagés.

Kefraya, hôtel dans les vignobles, Liban.
C’est un grand chai, qui a poursuivi son exploitation depuis les années 70 pendant toute la guerre.
L’hôtel doit refléter cette identité et s’inscrire dans le terroir. Long bâtiment rectiligne, qui suit une faille sismique, où chaque chambre est une cellule immergée dans les vignes.

Différents projets et concours .
Qui tous illustrent cette recherche à la fois d’histoire, de symboles, politiques ou culturels tout en se préoccupant de la nature des matériaux employés, de leur impact environnemental et des ressources, aussi bien actuelles qu’à venir.
Chaque projet est un apprentissage, le dialogue avec les Maîtres d’Ouvrage, les artisans et entrepreneurs de tous pays, constituent la personnalité de l’architecte et nourrissent les projets suivants.

Compte-rendu établi par Dom Palatchi

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