Compte-rendu de la CARTE BLANCHE du 26 /09/2019 à DOMINIQUE COULON & ASSOCIÉS « CONTEXTES !!! »

1 Oct

Dominique Coulon présente 5 projets qui illustrent parfaitement le thème choisi, les partis sont définis en réponse à des contextes spécifiques.
Ce qui intéresse l’agence c’est d’inventer, pour chaque projet, des dispositifs particuliers adaptés pour des situations souvent compliquées.
La complexité, l’hétérogénéité, la transversalité deviennent des axes d’études, de façon à ce que les bâtiments non seulement répondent aux programmes définis (ou redéfinis, nous y reviendrons) mais aussi offrent à l’environnement une réponse forte, radicale parfois de façon à pratiquement devenir un pôle dans un tissu urbain, péri-urbain, bien souvent décousu.

Maizières-les-Metz – Conservatoire de musique – 2009
Le choix radical d’un monolithe en béton avec un énorme porte à faux (16m) est en réponse à la situation en bordure d’autoroute dont il faut se protéger, et en entrée de ville. 100 m de long et 40 m de large, peu d’ouvertures vers l’extérieur. Les salles s’organisent autour de patios, les parcours sont fluides et chaque espace est traité de manière autonome. L’espace extérieur est en terrasse sur le toit, à ciel ouvert.
À la brutalité du béton s’oppose la préciosité intérieure qui créé un univers à part dans la ville.


La Courneuve – Cité des 4000 – Groupe scolaire – 2010
Cette cité en plein renouvellement urbain a vu un certain nombre de ses barres détruites. La plus longue est symbolisée par un espace laissé libre, zone non aedificandi signalisée par une bande grise.
La géométrie de la parcelle a engendré celle de l’école, avec des rencontres de fuyantes fortes et des déformations du bâtiment qui créent des perspectives. La parcelle relativement restreinte ne permettait pas d’avoir la totalité des cours de récréation au sol, elles sont aussi en toiture. Éclairage zénithal par des patios, emploi de la couleur orange, forte, lumineuse, associée au blanc du bâtiment qui fait de celui-ci un joyau visible depuis des milliers de logements au sein d’un tissu très dense.

Bagneux – Piscine Henri Wallon – 2014
La piscine existante, des années 60, est conservée. Bien que dans un site très encombré, sa situation est parfaite, à proximité des logements et du métro. Ses qualités architecturales sont remises en valeur, les bassins restaurés, la grand baie et l’éclairage traversant conservés. Les services complémentaires sont inscrits dans une extension qui respecte l’enveloppe originale sans pour autant être identifiée comme un ajout.
Ce choix de rénovation a permis une économie de budget de 30% environ, ce qui est loin d’être négligeable.
Les espaces neufs, pataugeoire pour enfants, circulations, hammam, espace de repos etc. sont tout en courbes, enveloppantes et douces. Intérieurs blancs et lumineux, et là encore l’éclairage zénithal est privilégié. Large solarium en bois, protégé des regards extérieurs. Le contraste intérieur/extérieur est proche de celui de Maizières-les-Metz, relativement opaque côté ville, protecteur de l’intimité des usagers.

Freyming – Merlebach – Théâtre- 2017
Ville minière qui depuis la fermeture des mines dans les années 70 a connu le déclin. Une ville sinistrée donc pour laquelle le maire a choisi d’édifier un théâtre, un lieu de culture. Le projet s’inscrit dans un site là encore un peu disparate de petits bâtiments, plutôt gris, tristes.
Réponse forte apportée par un bâtiment blanc, haut, visible par-dessus les toits, comme un phare. Sculptural, il requalifie l’espace environnant et par ses jeux de volumes qui se déforment d’une façade à l’autre créé une dynamique puissante, renforcée par la couleur banche, éclatante. Blanc repris au sol du parvis avec l’emploi de pavés en marbre de Carrare qui tout à la fois réverbère la lumière vers le bâtiment et l’espace environnant et anoblit l’espace par sa qualité. Une requalification environnementale importante pour l’image de la ville.

Thionville – Médiathèque 3ème Lieu – 2016
Le modèle des médiathèques traditionnelles s’essouffle, il fallait trouver un autre mode d’emploi. Entre autres, multiplier les usages (salles de création, studios de musique, espace d’expositions, café-restaurant), une mixité programmatique qui induit un véritable parcours intérieur et qui favorise les rencontres entre les différents sujets et usagers tout en restant fluide pour éviter la sensation de juxtaposition. Patios, courbes, bulles et couleurs composent l’univers intérieur.
Fluidité visible dès la façade, celle-ci forme est un long ruban qui se déroule, les parties vitrées les plus importantes sont en creux et réduites au minimum près des circulations extérieures, de façon à préserver l’intimité des usagers sans jamais rompre le lien intérieur/extérieur. Là aussi un espace public, jardin en terrasse, avec un bar d’été, ceinturé par une rangée de platanes qui crée une barrière naturelle entre la ville et le bâtiment.

Cette frontière intérieure/extérieure, Dominique Coulon y tient beaucoup, il est important de ne pas révéler le bâtiment d’un seul coup, il ne doit pas se laisser deviner dès la première approche.
C’est un dispositif pratiquement scénographique qui correspond bien aux sujets culturels mais aussi à des bâtiments de logements, des EHPAD par exemple. Les bâtiments sont aussi des lieux d’ « expérience », les interventions plastiques, l’emploi de couleurs franches mais pas seulement, créent un autre regard chez l’usager et en principe du plaisir…

Sur la question du respect du programme, Dominique Coulon est parfois amené à le redéfinir après concours, la vision de l’agence qui a une certaine expérience et de bonnes intuitions peut différer de la programmation initiale.
Les architectes sont aussi force de proposition, ils n’apportent pas que des réponses à un programme donné car justement, ils tiennent compte du contexte, urbain, politique, régional etc.

Compte rendu établi par Dom Palatchi

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