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Carte Blanche à Patrick Rubin de Canal Architecture « Construire reversible » le 21 novembre 2018

21 Nov

Compte-rendu de la Carte Blanche à Patrick Rubin, Canal architecture.
« Construire réversible », mercredi 21 novembre 2018 à la MAF.

Patrick Rubin: construire réversible from Denoyelle Yves on Vimeo.

Patrick Rubin exerce depuis longtemps et son agence Canal architecture a mené nombre de projets de réhabilitation, transformations et reconversions de bâtiments. Certains sont devenus emblématiques de la reconversion « heureuse » comme les bureaux du journal Libération à Paris qui ont pris place dans un ancien parking. Ce qui était possible et raisonnable à une certaine époque ne l’est plus de nos jours. D’une part parce que le modèle économique a changé, l’enjeu du développement durable est devenu crucial et surtout l’évolution des normes, ou plutôt leur accumulation, leur « empilement » rendent ces reconversions fastidieuses, onéreuses, finalement inutiles et pas toujours satisfaisantes, bien que les politiques y soient très attachés, particulièrement quand il s’agit de reconvertir des bureaux en logements.
Et on peut le comprendre, le potentiel en Ile de France est de 4 000 000 m2 de bureaux vides, ce qui représente environ 50 000 logements…
Partant de ce constat, Patrick Rubin, l’agence Canal architecture et différents intervenants, journalistes, élus, ingénieurs etc. ont réfléchi à un modèle de bâtiment qui puisse être réversible, un bâtiment qui n’aurait pas d’affectation particulière dans un premier temps ni de destination précise. Un bâtiment qui pourrait être aussi bien du logement étudiant, que des bureaux, du logement pour des familles ou des personnes âgées etc . et que la reconversion ne représente pas plus de 30% du construit.
Cette trame « idéale » est celle de plateaux libres, principe de dalles et poteaux, associé à une largeur de bâtiment de 13 m pour privilégier les espaces traversant (lumière et ventilation) et non plus de 15 ou 18 m d’épaisseur (modèle anglo-saxon), des gaines et circulations reportées en façade, une hauteur d’étage de 2,70 m, la possibilité de créer des doubles niveaux, particulièrement dans les premiers étages et surtout que les RDC (RDC + R+1) soient actifs (commerces, ateliers, professions libérales, co-working…) et les toits habités.
Ces 7 principes constituent la trame de cette réflexion. Le fait de pouvoir être utilisé aussi bien en bureaux qu’en logements, dont les normes sont non seulement différentes mais incompatibles entre elles, et c’est justement l’adaptation des unes aux autres qui rend les réhabilitations si compliquées et financièrement pas viables, amène à espérer pouvoir « lisser » ces normes ou à tout le moins à pouvoir y déroger ponctuellement.
C’est cette dérogation qui permet d’avoir une vision d’avenir, d’anticiper les transformations et d’aborder sereinement les reconversions qui deviennent inéluctables et qui fait que cela devient un modèle innovant d’architecture.
Les bases sont jetées, Patrick Rubin y a travaillé également avec le groupe Vinci, les « Majors » devraient pouvoir soutenir cette démarche malgré certaines réticences et le Permis d’Innover nouvellement mis en place devrait encourager cette démarche.
Il reste que le véritable frein, bien plus que les politiques, c’est Bercy, chaque case du formulaire Cerfa de PC correspondant à une taxe bien précise, « bloque » à ce jour l’ouverture de cette démarche.
Supprimer ces cases serait un progrès certain.
Pratiquement cette trame, un peu austère dans sa conception, devient le support d’une architecture beaucoup plus libre, une architecture intérieure en adéquation avec chaque habitant, privilégiant « l’intériorité » de chacun, le design, ou différents concepts lorsqu’il s’agit de commerces ou bureaux.
Bref, c’est une porte qui s’ouvre pour de nouvelles réflexions, en accord avec la mutation de notre société, de notre territoire de plus en plus étroit, tout comme d’autres architectes le font, ailleurs en Europe.
« Construire Réversible » est aussi un livre, de conception collégiale, vendus dans toutes les bonnes librairies, 15 €. Les documents présentés par Patrick Rubin sont consultables sur le site de l’agence :
https://canal-architecture.com

Compte-rendu établi par Dom Palatchi

Carte Blanche à Lina Ghotmeh, 27 septembre à Architect@work, la nature du futur, architecture de l’environnement

27 Sep

Compte-rendu de la Carte Blanche à Lina Ghotmeh, Lina Ghotmeh-Architecture.
« La nature du futur, architecture de l’environnement, jeudi 27 septembre 2018 à Architect@Work.

Basée à Paris, l’architecte Franco-Libanaise Lina Gothmeh travaille ou intervient dans de nombreux pays. Que ce soit Londres, Beyrouth, Paris, Montréal, Tokyo ou encore Kerala en Inde, l’ailleurs est une opportunité se confronter à différentes cultures. L’objectif recherché étant de nourrir une réflexion conceptuelle issue de la spécificité d’un contexte toujours plein de surprises et d’inattendu. C’est cette mise en danger quotidienne face à la ville-monde cosmopolite qui inspire l’architecte pour élaborer une réponse architecturale forte et contextualisée. L’environnement singulier propre à chaque culture, à chaque commanditaire, à chaque site est, pour elle, un moteur conceptuel qui booste sa créativité et l’aide à se renouveler.
Chaque fois, la démarche de conception est basée sur une recherche approfondie du rapport à l’environnement, un retour à l’origine quelque soit échelle d’intervention, du territoire à l’objet, l’objet n’étant d’ailleurs pas le plus facile…
Chaque projet est une fouille précise, méticuleuse, quasi archéologique, sans doute influencée par une enfance dans un Beyrouth en guerre, une ville en ruine, aux bâtiments ouverts mais une ville vivante en reconstruction permanente. C’est ce perpétuel recommencement, cette régénérescence de la ville sur elle-même, qui fait dire à Lina Gothmeth que l’acte de construire est aussi un acte de déconstruire.
Les ruines et la nature qui s’en empare la fascinent également, avec cette faculté à rendre beau et romantique ce qui était parfois laid, à l’origine.

Musée National Estonien, Tartu, Estonie.

L’Estonie, indépendante depuis 1992 et entrée dans l’union européenne en 2004 avait besoin d’un lieu pour illustrer son histoire et celle des révolutions. Situé à Tartu, capitale culturelle de l’Estonie, certes mais aussi vaste territoire délaissé, le premier concours ouvert que Lina Gothmeh a remporté avec deux amis (Dan Dorelle & Tsuyoshi Tane) résume à lui seul son caractère libre et parfois transgressif. La proposition architecturale défie les instructions du concours : au lieu d‘installer le bâtiment sur le site proposé, le projet s’ancre à côté, dans le prolongement d’une piste aéroportuaire abandonnée d’une ancienne base militaire soviétique, symbole d’une cicatrice douloureuse encore très présente dans la mémoire collective estonienne. À la fois monumental et se fondant dans le paysage, le projet est un véritable un acte politique. Tout d’abord enfoui dans les profondeurs du sol de la base militaire, le musée émerge pour s’envoler vers un avenir apaisé porteur d’espoir.
S’en suivent pour les trois associés dix années de travail acharné avec des moyens restreints. Une présence continue et un dialogue constant des architectes avec leurs interlocuteurs locaux ont permis la réalisation de ce bâtiment très puissant, qui a reçu, depuis sa livraison en 2016 de nombreux prix (dont le prix AFEX).

Restaurant les Grands Verres, Palais de Tokyo, Paris.
La recherche a été fondée sur les différentes expériences et manières de manger : 3 espaces traités différemment, et particulièrement un bar monumental en terre crue compactée, élaboré avec Martin Rauc, qui est une manière de solliciter les sens mais aussi de rappeler que nos aliments sont issus de cette terre, qui doit rester nourricière.
Des fragilités et des défauts que Lina Ghotmeh apprécie, elle en joue et les souligne parfois, l’aspect artisanal, le travail de la main l’intéressant tout particulièrement.

Boutique de Patrick Roger, artisan chocolatier et sculpteur, Fbg Saint Honoré à Paris.
La boutique a été conçue comme une sculpture à partir de son travail et c’est un Maître Verrier qui a réalisé les éléments en verre. Les recherches se font essentiellement avec des croquis, des maquettes, des échantillons, des recherches de matériaux qui font que l’agence ressemble plus à un atelier qu’à un bureau d’architecture. C’est cette recherche constante qui est au cœur de tout son travail.

Stone Garden, Beyrouth, Liban.
Là encore, c’est le matériau terre qui domine, projetée sur toutes les façades et layée à la main.
Commandité par un photographe qui a lui-même photographié le Moyen Orient, le bâtiment s’inscrit dans ce Beyrouth encore en chaos, en fouille permanente. Traduction directe de la réglementation urbaine, l’immeuble Stone Garden est une masse sculptée, percée d’ouvertures toutes différentes comme autant de cadrages sur la ville, perceptibles depuis les espaces d’intimité très protégés des logements.

Exposition de 15 Maîtres d’Art français au Japon, à Tokyo.
Ces artisans d’art, très rares, sont considérés comme des « trésors nationaux », aussi bien par les français que par les japonais. La scénographie est une mise en lumière de leurs œuvres, un effacement de l’installation pour ne voir que la perfection des réalisations.

Tour Masséna, réinventer Paris.
Ce projet part du constat que face au réchauffement climatique, la programmation doit intégrer le problème de l’alimentation, de l’emploi de matériaux durables, avec la possibilité de réemploi pour favoriser une économie circulaire.
La tour en bois répond à ce programme, elle est démontable, « ré-assemblable » si nécessaire et elle se raccorde au bâtiment en bois déjà existant sur le site. Les espaces sont fluides, logements et bureaux s’articulent autour des espaces collectifs et des zones de jardin partagés.

Kefraya, hôtel dans les vignobles, Liban.
C’est un grand chai, qui a poursuivi son exploitation depuis les années 70 pendant toute la guerre.
L’hôtel doit refléter cette identité et s’inscrire dans le terroir. Long bâtiment rectiligne, qui suit une faille sismique, où chaque chambre est une cellule immergée dans les vignes.

Différents projets et concours .
Qui tous illustrent cette recherche à la fois d’histoire, de symboles, politiques ou culturels tout en se préoccupant de la nature des matériaux employés, de leur impact environnemental et des ressources, aussi bien actuelles qu’à venir.
Chaque projet est un apprentissage, le dialogue avec les Maîtres d’Ouvrage, les artisans et entrepreneurs de tous pays, constituent la personnalité de l’architecte et nourrissent les projets suivants.

Compte-rendu établi par Dom Palatchi

Les enjeux du bas carbone (E+C-) dans l’aménagement et l’architecture, le 19 mars 2018

19 Mar

Lundi 19 mars 2018 – Table ronde à 18h15 suivie d’un cocktail à l’EIVP 80 rue REBEVAL 75 019 PARIS

Conférence AMO : Réduction Carbone from Denoyelle Yves on Vimeo.

Le secteur du bâtiment représente 44 % de l’énergie consommée en France, loin devant le secteur des transports (31,3%). Chaque année, le secteur du bâtiment émet plus de 123 millions de tonnes de C02, ce qui en fait l’un des domaines clés dans la lutte contre le réchauffement climatique et la transition énergétique.

Depuis 1975, date de la première réglementation thermique, la France n’a cessé de relever le niveau des exigences en faveur de la réduction des consommations. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) entrée en vigueur en 2015, va plus loin en instaurant une démarche expérimentale sur les labels de construction de demain : bâtiments à énergie positive et réduction carbone (E+C-).

L’après COP 21 dessine une approche plus inclusive et plus large de la politique énergétique du bâtiment. L’ensemble des acteurs du secteur immobilier s’est réuni au sein du groupe de travail RBR2020-2050 pour élaborer et appliquer les standards de la construction de demain.
De nouveaux labels émergent, qui embrassent des enjeux plus larges que l’efficacité énergétique comme le confort et la santé.

A l’image de cette approche inclusive, cette conférence vous propose un regard croisé sur les enjeux du bas carbone en présentant les bonnes pratiques, et les responsabilités de chacun en la matière.

INTERVENANTS
Maurice MANCEAU, Directeur délégué de Saint Gobain
Didier BODINO, Responsable National Grands Comptes Tertiaire et Industrie
Fabien VERGNE, Chef de projets Développement Durable et Bas Carbone
José CAIRE, Directeur Villes et Territoires Durables, ADEME
Martin DUPLANTIER, Président de l’association AMO
François PELEGRIN, Architecte urbaniste

Compte-rendu de la carte blanche « La ville adaptable » (mardi 12 avril 2016)

6 Mai

Compte-rendu de la rencontre « Les promesses du coworking » (jeudi 18 février 2016)

29 Mar

Compte-rendu de la carte blanche à Stephane MALKA et Vincent CALLEBAUT – « Utopies concrètes » du mardi 15 septembre (20 ans d’ARCHINOV)

30 Sep

Pour fêter ses 20 ans, Archinov a choisi un lieu à son image, décalé, dynamique, surprenant. L’évènement s’est déroulé mardi 15 septembre de 17h30 à 24h au trinquet de Paris, lieu méconnu en bordure de Seine et combien magique. Les deux architectes invités à débattre ce soir là devaient être dans le ton. Le choix d’Archinov s’est arrêté sur Vincent Callebaut et Stéphane Malka deux jeunes architectes brillants, à l’aise dans une pratique pleine de ressources qui crée la commande. Vincent et Stéphane ont  lancé leurs idées au rythme des cris de joueurs de pelote basque. Les images ont fusé, les mots ont claqué, les échanges furent saisis à la volée. Singuliers, pleins d’humour et de recul, les propos de nos invités ont rebondi dans une salle comble, surchauffée, suspendue à leurs mots. Un pur bonheur. Il y a parfois des instants magiques, c’en fut un.

Vincent Callebaut nous a parlé de ses projets dont les noms nous transportent dans un autre monde: Lilypad, Dragonfly, Anti-smog,… Sommes-nous dans l’univers visionnaire d’un Jules Verne, une BD ou un film de Science-fiction? Une chose est certaine, nous sommes ailleurs, loin de nos préoccupations quotidiennes. La vision archibiotique de Vincent est futuriste, certains diront utopique et pourtant, quelques unes de ses opérations, dont l’ampleur semble démesurée pour notre vieille Europe sont bien réelles et fédèrent des synergies transdisciplinaires dans le monde entier. Une tour a Taïwan, un projet bien avancé à Shenzhen,… Les clients de Vincent? Des jeunes, Maître d’ouvrage de pays émergents qui, comme lui, croient en l’avenir, veulent construire un nouveau monde et en ont les moyens.

 

Un nouveau monde? Voilà ce qui unit Vincent Callebaut et Stéphane Malka, architecte lui aussi mais aussi photographe. L’image, encore !

Marseillais, passionné de street-art, Stéphane a commencé à investir la ville et découvrir des lieux improbables, délaissés, brutaux, tel que la belle de mai ou certaines rues de Belleville dont il a temporairement colonisé les vestiges de son  énergie débordante.

Y a t’il une meilleur école pour écouter, sentir, toucher la ville?

Aujourd’hui les projets de Stéphane s’infiltrent, s’immiscent pour revitaliser généreusement un Paris Haussmannien idéalisé, muséifié, si figé qu’il en a perdu le plus important, sa vie, son âme, sa jeunesse. Instinctive, artistique, sociale, énergétique, l’architecture de Stéphane Malka est une architecture de survie qui bouscule, questionne, renverse avec bonheur l’ordonnancement d’une ville paralysée par les règles d’un autre siècle.

 

La ville !… Plus que d’eux-mêmes, c’est bien de cela dont nos invités et nous avons parlé autour d’un verre de champagne aux 20 ans d’Archinov.

 

Jean-Luc Chassais, architecte

Vice Président d’archinov

Vidéo de la Carte Blanche « I » comme Innovation: BIM BAM BOUM, la révolution du BIM

13 Mai

Carte Blanche LAN Architecture – 12 décembre 2013 – Traces

12 Nov

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Fondée en 2002 par les architectes Benoit Jallon et Umberto Napolitano, LAN (Local Architecture Network) est une agence dynamique, comptant aujourd’hui 27 personnes. Si le spectre des programmes traités est très large (logements, résidences étudiantes, gymnase, mairie, centre de soins, bureaux et lieux d’activités), une même approche, interrogeant finement le contexte initie chacun des projets.

Umberto Napolitano nous parlera du centre d’archives EDF, de la résidence étudiante de la rue Pajol et des Neue Hamburger Terrassen, trois projets différents dans leur programme, leur contexte et de fait leurs problématiques. Alors que le centre d’archives est une réflexion sur la relation entre architecture et paysage, la résidence étudiante s’intéresse à la très actuelle question de la densité urbaine ; le projet de Hambourg, quant à lui, s’est révélé être un exercice de concertation et de pédagogie pour dessiner un quartier.

Compte rendu de la Carte Blanche à LAN Architecture le 12 décembre 2013 « TRACES »

Carte blanche à Lacaton & Vassal – «Additionner, transformer, faire avec, pour faire plus et mieux » (19 mars 2013)

19 Mar

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Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal fondent leur agence en 1987 et se font connaître en 1993 avec la maison Latapie  à Floirac qui met en œuvre des matériaux issus de l’industrie et de l’agriculture.

Toujours attentifs à l’usage, à la lumière et au confort, ils inventent de nouveaux espaces à habiter dans une démarche singulière et revisitent également les lieux d’enseignement, de travail ou d’exposition.

En Novembre 2011, ils reçoivent avec Frédéric Druot, l’Equerre d’Argent pour la réhabilitation de la tour Bois-Le-Prêtre à Paris. Avec ce dernier, ils ont publié  « Plus, les grands ensembles de logement, territoires d’exception » (édition GG, Barcelone)

La conférence sera donnée par Anne Lacaton qui nous parlera de la transformation, faire avec pour faire plus et mieux.

Compte-rendu de la carte blanche à Lacaton & Vassal (19 mars 2013)

Compte-rendu de la carte blanche à Lacaton & Vassal (19 mars 2013)

19 Mar

« Additionner, transformer, faire avec, pour faire plus et mieux »

L’agence s’est intéressée depuis plus de dix ans au patrimoine très délaissé des années 70 « les grands ensembles ». Il faut considérer cet habitat existant comme une chance, le regarder avec un regard positif, trouver d’abord ce qu’il y a  de bien et après analyser ce qui ne va pas pour trouver des solutions.

Cette démarche, menée avec Fréderic Druot, s’inscrit dans la politique ANRU. La politique de démolition/ reconstruction nous semblait extrême, et même une erreur. Coûteuse également, car elle représente 150 000 à 180 000 euros par logement. Nous avons donc travaillé sur ce patrimoine lambda, pour imaginer autre chose. L’architecture était et reste pertinente, on ne peut pas la rendre responsable de tous les problèmes sociaux. Elle possède des qualités indéniables sur lesquelles s’appuyer.

Il faut faire un bilan technique cohérent sans se préoccuper de l’image pour faire valoir son droit d’existence dans son intégralité, visiter, rencontrer les habitants, rechercher les plans, et se poser la question de l’espace.

Quelle est la qualité du logement ? Qu’est-ce qu’on attend aujourd’hui d’un logement ? Il s’agit de partir toujours de l’intérieur sans se soucier de la forme.

Par exemple l’ensemble Arlequin à Grenoble a subi il y a 20 ans un rhabillage d’isolation sans se préoccuper de la question de l’espace. Cette amélioration thermique n’a pas produit de nouvelles qualités. On voit également que d’autres grands ensembles, notamment ceux construits par Pouillon, possédaient dès l’origine de grandes qualités : baies vitrées généreuses, balcons etc. alors qu’ils ont été construit sur les mêmes principes que ceux plus ordinaires.

On peut aujourd’hui le faire sur ceux ci, même en site occupé, ce qui demande une solide méthodologie pour le chantier.

La question de l’économie est fondamentale. On n’a pas à renoncer à des idées parce que le budget n’est pas élevé. Depuis la maison Latapie, nous pensons que l’économie peut devenir une source de liberté.

On propose de déposer les façades, de les remplacer par de vastes baies vitrées, puis d’associer, de façon indépendante, une véranda – jardin d’hiver et enfin un balcon. Ce dispositif nous permet de régler le C+D et le confort d’été, de procurer de nouveaux usages, d’ajouter de la surface sans fonction attribuée, ce qui les rend encore plus facilement appropriable. La transformation de l’image, elle arrive d’elle-même.

Le budget se situe autour de 50/60 000 euros. Ces additions permettent de ne pas avoir à modifier l’intérieur.

Anne Lacaton a ensuite expliqué en détail l’opération Bois Le Prêtre, réalisée avec Fredéric Druot qui a reçu l’équerre d’argent en 2011. (MO Paris Habitat). La tour, construite par Raymond Lopez, avait été rénovée en 1983 avec des panneaux contenant de l’amiante. Les principes de cette métamorphose étaient : une transformation par l’intérieur, une intervention en site occupé, avec peu d’espace autour ce qui a compliqué le chantier, une idée de préfabrication des modules de 3 mètres de profondeur. En fait, celle-ci a été abandonnée par la suite au profit d’un assemblage sur place
On peut se poser la question de faire varier les façades. Mais comment expliquer à l’un qu’il n’a pas droit à une véranda ou à un balcon quand l’autre y a droit ? Notre choix a été l’uniformité.

Nous avons choisi des additions métalliques, légères, montées par des engins de levage. Nous avons retravaillé l’accessibilité (desserte par demi niveaux) en adjoignant deux autres ascenseurs aux extrémités, et redonné de la clarté et de l’accessibilité au hall. Enfin, il y a eu une redistribution partielle des logements entre les habitants au sein de la tour avec le support d’une enquête sociologique indépendante de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’oeuvre. Les performances thermiques sont passées de 183 à 80 kWh/an/m2. Un prototype a été soumis aux votes des habitants et nous sommes restés une semaine sur place pour régler des détails au cas par cas avec eux.

10 logements vacants nous ont servi de relais. L’intervention sur les façades se faisait en une journée, 5 à 6 jours pour l’installation du module de 6 tonnes. Le jardin d’hiver reçoit une façade légère en polycarbonate mise au point avec Technal et un système de rideaux thermiques. C’est un espace tampon non chauffé. Les gens ont compris assez vite l’utilisation mais cela a donné lieu à des discussions avec les thermiciens : comment savoir le nombre de personnes qui allait utiliser au mieux ces dispositifs pour garantir de bonnes performances énergétiques ? Il faut faire confiance aux habitants.

Au final, on est passé de 96 à 100 logements, pour un coût de 11,25 millions d’euros, plus élevé que les 60 000 euros prévus par appartement, mais bien en dessous de l’estimation démolition/reconstruction de 20 millions d’euros.

Anne Lacaton nous a ensuite présenté deux autres projets de réhabilitation.

A Saint Nazaire, la démarche d’addition s’est doublée aussi d’extension avec des logements neufs raccordés à la tour de 10 étages. Une densification qui a permis de passer de 40 à 80 logements. Les appartements ont été restructurés, avec la transformation d’une chambre en salle de bains, et l’ajout d’une autre pièce.

A Bordeaux, au sein de  la cité du grand parc, un ensemble de 4000 logements : Un immeuble de 160 mètres de longueur, sur 10 étages avec 5 cages d’escalier. Celui-ci n’avait subi aucune réhabilitation   antérieure. La même démarche a été mise en oeuvre pour ces 530 logements pour un budget de 45 000 euros par logement.

Grâce à la générosité de notre intervenante, cette carte blanche absolument passionnante nous a permis de « rentrer » véritablement dans des projets de réhabilitation de logements « ordinaires » et de partager avec elle son constat : c’est la question de l’espace qui permet de trouver des solutions, et non des présupposés sur le dessin des façades….

Compte-rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel

Multimedia

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