Archive | Comptes rendus RSS feed for this section

Compte Rendu de la table ronde BIM opus n°3 du 5 octobre 2016

4 Déc

Ce n’est pas un hasard si la troisième table ronde sur le BIM organisée par Archinov et AMO, avec l’EIVP a eu lieu dans les locaux de cette dernière. Effectivement l’Ecole des Ingénieurs de la Ville de Paris se propose de mettre en oeuvre un enseignement « TOTAL BIM », une démarche détaillée par Nicolas Regnier, professeur et Pierre Emmanuel Chambraud, président d’Eurostudio et partenaire pédagogique de l’EIVP.

François Pélegrin, architecte, a ouvert la rencontre, avec l’énergie du militant et la passion du praticien. Cette pratique n’est pas si neuve : le BIM existe depuis des années mais restait jusqu’à présent « confiné » au sein des agences travaillant en 3D. Aujourd’hui il s’agit de passer du BIM solitaire au BIM solidaire avec tous les partenaires de la conception et de la construction. En effet, le premier enjeu du BIM c’est le travail collaboratif.

La deuxième qualité du BIM est d’autoriser de multiples simulations. Elles sont un gage de qualité et permettent de prendre les bonnes décisions au bon moment.

Enfin, avec le BIM il est impossible de cacher quoi que ce soit. Cette transparence donne confiance et limite singulièrement les erreurs et la non-qualité.

Patrick Vrignon de BTP Consultant a donné le point de vue du bureau de contrôle et montré comment les contraintes sont intégrées directement dans le logiciel

(ici SOLIBRI). La réglementation accessibilité a été « traduite » dans le logiciel et testée sur trois projets. On peut ainsi faire des requêtes, sur demande, pièce par pièce, pour vérifier le respect des normes et extraire le non-conforme. Cet outil est à la disposition des maîtres d’oeuvre qui vont vérifier eux mêmes et s’auto-contrôler. A terme, cela pose la question du devenir du métier même de contrôle, avoue P. Vignon, qui pense que les bureaux de contrôle se transformeront et se réinventeront.

 

Julien Drouet d’Autodesk a brossé ensuite un large tableau de la construction à une ère disruptive, des évolutions de la ville et la réponse BIM. L’enjeu est de ne jamais perdre de vue les usages.

 

Jean Michel Savin, de la Mutuelle des Architectes Français, qui assure 90 % des architectes, a précisé que sa mission est l’assurance de responsabilité. Il s’agit de déterminer la causalité entre les actes et le dommage. La question de la traçabilité est donc cruciale en cas de litige. Chaque intervenant doit savoir qui a fait quoi et JM Savin craint qu’avec le BIM ce préalable soit plus difficile à appréhender, d’autant plus que, pour l’instant, les experts n’ont aucune connaissance du BIM. Autre sujet d’inquiétude, la conservation des données. La MAF fait un tour de France du BIM et anime des groupes de travail pour produire des éléments et affiner le cadre juridique. Il a confirmé assurer au même tarif les projets BIM en attendant que le temps prouve qu’il y a moins de sinistralité avec le BIM. Actuellement la MAF fait face à 10 000 sinistres par an. Ils coûtent 180 millions d’euros aux 2 400 sociétaires. Les architectes risquent de trouver que dix ans c’est bien long pour envisager des primes d’assurance moins élevées !

Un débat animé a suivi sur le modèle économique, la propriété intellectuelle et le droit d’auteur, le risque des hackers, le nouveau séquençage de missions.

Enfin chaque intervenant a donné un conseil aux nombreux étudiants présents dans la salle et ces conseils dressent, en quelque sorte, un mode d’emploi du BIM :

Constituer des équipes transdisciplinaires et travailler ensemble, apprendre à collaborer, associer l’utilisateur, savoir travailler sans BIM pour faire bien du BIM,

Etre curieux, et ne jamais oublier que le BIM reste un outil !

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel

Compte Rendu de la Carte blanche à Gilles TREGOUET le 22 09 2016

4 Déc

Carte Blanche à Gilles Tregouët from Denoyelle Yves on Vimeo.

L’agence Catalane RCR Arquitectes a été créée en 1987 par 3 fondateurs (Rafael, Carme & Ramon). Ils ont enraciné leur univers dans une ancienne fonderie à Olot, chef lieu de la Garrotxa, située à une heure de Barcelone. Volcans, forêts denses, grandes prairies, ruisseaux et laves basaltiques sont le fil conducteur du processus créatif de RCR qui compte aujourd’hui 30 personnes.

Gilles Trégouët, architecte associé, les a rejoints en 1992.

Les échanges et les joutes artistiques des architectes permettent la naissance de projets uniques, dont l’architecture sublimée se nourrit de l’environnement naturel d’où elle jaillit, et de l’émotion qu’elle procure.

Parce que chaque projet se veut et doit être unique ; il doit révéler « cette fusion totale qui serait la vision de chacun et la quintessence du meilleur de chacun ».

Gilles Tregouët a été touché par l’œuvre de Soulages, son travail sur la lumière et la relation entre « l’état de surface et la lumière ».

A l’affut de la lumière, la peinture de Soulages est à la fois immobile et vivante : le musée s’en est inspiré. Pas de noir, mais l’ocre rouge de la rouille, celui de l’acier Corten sur tous les éléments de ce jeu de volumes, qui permet également d’exprimer son antériorité tellurique.

Le Musée Soulages se situe à Rodez, ville construite sur un piton et dont la présence de la topographie est intense, notamment avec le grès rouge de la cathédrale de Rodez, ce qui a demandé à Gilles Trégouët et ses équipes une réflexion urbaine importante sur le plan masse, afin d’éviter « l’effet parachuté d’un monument prétentieux ».

Il a été conçu un bâtiment à deux faces avec des « fénestra » :

Le premier côté, en direction du Parc du Foirail a une volumétrie basse ; alors que le deuxième, côté nord, dévoile une volumétrie qui s’ancre dans le site et qui permet aux collections de Soulages de s’imposer dans leur vigueur et leur diversité.

Le parcours du visiteur est rythmé à travers la qualification de la lumière, qu’elle soit naturelle ou plus intimiste. Ainsi, il y a une logique du parcours, mais sa fluidité nous laisse libres d’en réinventer le chemin.

Le Musée Soulages fait partie de ces édifices qui émerveille en tout point : implantation dans le paysage, espaces majestueux et lumineux, ou finesse et subtilités des détails.

Pour la création du Centre d’art et de design La Cuisine, à Nègrepelisse (Tarn & Garonne) la réflexion a porté sur la clef de voute à trouver entre la lieu (château médiéval du XIIIème siècle) et le Centre d’art et design (très contemporain).

L’idée fondatrice a été de réactiver la cour du château afin de lui donner un lieu de vie.

Le cheminement intérieur/extérieur se fait grâce à la Cour.

L’entrée via le porche permet un déplacement autour de la cour et apporte une vision différente selon son parcours.

Et toujours la création d’une architecture de qualité qui naît de son environnement et qui est magnifiée par les sentiments qu’elle procure : la patte RCR !

CR établi par Annie Gliozzo

Compte-rendu de la carte blanche « La ville adaptable » (mardi 12 avril 2016)

6 Mai

Compte-rendu de la rencontre « Les promesses du coworking » (jeudi 18 février 2016)

29 Mar

Compte-rendu de la Carte Blanche à Alain Moatti, Agence Moatti-Rivière, « nec plus ultra » , vendredi 20 novembre à Architect@Work.

25 Nov

Alain Moatti présente son mode de réflexion et les réalisations de l’agence : »L’expérience augmentée ».
« L’architecture on n’en a pas besoin, on en a envie ». Selon lui, elle n’est pas due, elle est avant tout commande, fruit de la volonté d’un commanditaire. Cet objet du désir, de plaisir qui doit toucher l’espace, les sens etc., est issu du plaisir de l’esprit à travers l’intelligence de l’architecte.

D’ailleurs Alain Moatti, en préambule à tout projet, écrit un texte. Non pas pour vendre ou présenter ses intentions au Maître d’Ouvrage mais pour initier la réflexion au sein de son équipe. Au fur et à mesure de l’avancement des études, des éléments de ce texte disparaissent ou se transforment, voire disparaissent complètement, mais celui-ci sous-tend le projet d’un bout à l’autre. Y prime la symbolique, avant même la fonction.

Quelques projets sont présentés en illustration de la démarche de l’agence : La Tour Eiffel, avec le réaménagement du 1er étage sous forme de 3 pavillons (salle de conférence, café/restaurant, sanitaires). Ces 3 petits bâtiments (hauteur 8 mètres/longueur 40 m) obéissent à une règle : l’oblique.
L »Obliquité » soulignée par Roland Barthes, est une invention de Gustave Eiffel. Ces bâtiments sont donc obliques et courbes, ils épousent la géométrie exacte de la tour, au droit des piliers, comme poussés par eux.
Comme ils ne peuvent pas être fixés directement sur la tour, classée M.H, ils sont « pincés » sur ses éléments. Il en résulte une très grande technicité pour une forme relativement simple.
C’est là qu’intervient un procédé cher à l’agence : la « discrétisation ». C’est à dire créer une surface continue à partir de formes discontinues, ou approcher une forme complexe par un ensemble de formes simples grâce à une fonction mathématique.
La façade a une double courbure mais chaque élément a une courbure simple et tous les éléments sont différents. Leurs assemblages sont aussi géométrisés. La conception, directement en 3D, est extrêmement précise : elle a le double avantage de créer des pièces aisées à fabriquer, de limiter les coûts de production et de simplifier le montage sur place, quasiment sans ajustage. Le coût de main d’oeuvre est réduit, comme les risques de désordres car il n’y a pas d’inconnu, de perte d’information ou d’interprétations possibles.
Ainsi l’architecte maîtrise vraiment la réalisation du projet puisque ce sont ses documents numériques (en liaison avec le BET) qui sont programmés sur les machines outils avec un montage précis. L’apparente sophistication du procédé, avec des pièces toutes uniques, se rapporte à un procédé artisanal avec la beauté et la poésie du « sur-mesure », tout en étant absolument d’avant-garde.
Pour Alain Moatti, il ne faut plus compter sur le savoir-faire des entreprises BTP qui se dégrade d’années en années, éviter autant que possible les interventions compliquées sur le chantier et les réduire au montage de pièces parfaitement exécutées en atelier. Il faut s’orienter vers des chantiers « secs » plutôt que des chantiers « humides » dont on ne maîtrise plus vraiment la mise en oeuvre…
Cette position est parfaitement illustrée par la rénovation d’un centre commercial des années 70 à Marseille, le Centre Bourse. La façade a été déplacée de 15 m, elle fait 420 m de long sur 3 côtés. Des éléments de voile (« les voilettes ») protègent les façades vitrées, sur plusieurs niveaux.
De même que pour la Tour Eiffel, chaque élément a sa forme propre et s’ajuste aux autres éléments de façon à créer ces courbures inégales, formant un tout harmonieux d’apparence organique, alors qu’elles sont très techniques. Les joints sont extrêmement fins et ne permettent aucune erreur au montage.
Cet aspect « hyper artisanal » pour reprendre le terme d’Alain Moatti n’est pas plus onéreux que l’emploi d’un module préfabriqué et posé de manière répétitive.
Même démarche pour le Ministère de la Culture de Bahrein, le bâtiment est en ductal, les éléments sont fabriqués en France et envoyés sur place pour un assemblage immédiat, sans ajustage ni interprétation possible.
Le Musée Champollion à Figeac conjugue également cette alliance de l’artisanal et de l’industrie : le verre feuilleté de la façade reçoit des éléments de cuivre qui créent un décor d’une grande complexité, d’une richesse créative qui sublime le produit industriel.
C’est une ouverture à la créativité que doit saisir l’architecte.
Le musée Borély à Marseille a été abordé de plusieurs manières : le respect des « period room » , pièces classées M.H avec toutes les contraintes de rénovation à l’identique qui y sont liées et une intervention franchement contemporaine dans les pièces non classées.
Toujours avec la conception 3D, quasi directement mise en oeuvre, les vitrines sont supprimées, les éclairages et éléments techniques sont intégrés, invisibles, sans effort apparent. Il n’y a que la grâce d’un objet apparemment artisanal qui se perçoit.
Quelques autres exemples, un centre International du graphisme à Chaumont sous forme d’extension contemporaine d’un bâtiment du XIXème, un hôtel de luxe à Courchevel en cours de réalisation, l’Historial Charles de Gaulle aux Invalides et le musée Les Franciscaines à Deauville avec des interventions scénographiques fortes.

Compte-rendu établi par Dom Palatchi

carte blanche

Compte-rendu de la Carte Banche à Denis Montel & Nicolas Karmochkine, Agence RDAI Architecture, « De près comme de loin », jeudi 19 novembre à Architect@work

25 Nov

Pour Nicolas Karmochkine, « le luxe, c’est l’attention aux matériaux et aux mises en œuvre, et surtout prendre le temps d’y consacrer du temps »

Pour Denis Montel, « le luxe, c’est le temps de prendre le temps de réfléchir, de penser à comment conceptualiser, à dessiner et à réaliser ».

Prendre le temps, maître mot dans un monde où nous n’en avons plus !

Tous deux aiment à définir RDAI & RDAI Architecture comme un lieu où tous les métiers qui touchent à l’espace intérieur ou extérieur, conceptualisés autour d’une même philosophie globale, sont réunis dans une seule et même agence.

Si RDAI est associé à HERMES et ses luxueuses boutiques situées dans les principales métropoles de tous les continents, Denis Montel et Nicolas Karmochkine précisent qu’ils réalisent également des projets dont le budget n’est pas excessif, comme « la Cité des Métiers à Pantin » dont l’objectif était de réussir à fédérer tout le personnel d’Hermès (1500 personnes) sur un même ensemble immobilier.

Trame de départ : des immeubles des années 70, avec des collectifs individuels et bureaux (5 bâtiments en tout). Denis et Nicolas ont décidé de lier l’ensemble ces bâtiments par les jardins : « c’est le vide qui génère l’unité ». La collaboration avec le paysagiste Louis Benech est concluante : les plantes grimpantes s’emparent des murs et ajoutent un élément supplémentaire à la modénature.

La complexité de l’ensemble se lit sur la toiture : 3 à 4000 m2 de plus ont été créés grâce au jeu des toitures (double hauteur qui évoque une mezzanine). De même, des noms et des identités très fortes ont été donné aux bâtiments : toutes les façades sur rue sont en briques et la « peau » raconte la proximité du bâtiment dans la ville ; la crèche sera identifiée avec de la brique blanche et de fausses fenêtres y seront dessinées.

Vide Central et double peau sont au cœur des réalisations de RDAI, comme la Maison Dosan Park à Séoul ou les futures boutiques du Musée du Louvre, ou Hermès Rive Gauche dont l’angle d’approche du projet a été conçu comme à travers les yeux d’un enfant, ou la rénovation des Bains Douches car là encore les parois et la géométrie des sols et des plafonds reflètent le télescopage d’époques et de générations …

Avec toujours ce souci de laisser autant que possible la lumière naturelle s’exprimer et donner une âme à ces lieux.

 

Compte-rendu établi par Annie Gliozzo

carte blanche

Compte-rendu de la carte blanche à Stephane MALKA et Vincent CALLEBAUT – « Utopies concrètes » du mardi 15 septembre (20 ans d’ARCHINOV)

30 Sep

Pour fêter ses 20 ans, Archinov a choisi un lieu à son image, décalé, dynamique, surprenant. L’évènement s’est déroulé mardi 15 septembre de 17h30 à 24h au trinquet de Paris, lieu méconnu en bordure de Seine et combien magique. Les deux architectes invités à débattre ce soir là devaient être dans le ton. Le choix d’Archinov s’est arrêté sur Vincent Callebaut et Stéphane Malka deux jeunes architectes brillants, à l’aise dans une pratique pleine de ressources qui crée la commande. Vincent et Stéphane ont  lancé leurs idées au rythme des cris de joueurs de pelote basque. Les images ont fusé, les mots ont claqué, les échanges furent saisis à la volée. Singuliers, pleins d’humour et de recul, les propos de nos invités ont rebondi dans une salle comble, surchauffée, suspendue à leurs mots. Un pur bonheur. Il y a parfois des instants magiques, c’en fut un.

Vincent Callebaut nous a parlé de ses projets dont les noms nous transportent dans un autre monde: Lilypad, Dragonfly, Anti-smog,… Sommes-nous dans l’univers visionnaire d’un Jules Verne, une BD ou un film de Science-fiction? Une chose est certaine, nous sommes ailleurs, loin de nos préoccupations quotidiennes. La vision archibiotique de Vincent est futuriste, certains diront utopique et pourtant, quelques unes de ses opérations, dont l’ampleur semble démesurée pour notre vieille Europe sont bien réelles et fédèrent des synergies transdisciplinaires dans le monde entier. Une tour a Taïwan, un projet bien avancé à Shenzhen,… Les clients de Vincent? Des jeunes, Maître d’ouvrage de pays émergents qui, comme lui, croient en l’avenir, veulent construire un nouveau monde et en ont les moyens.

 

Un nouveau monde? Voilà ce qui unit Vincent Callebaut et Stéphane Malka, architecte lui aussi mais aussi photographe. L’image, encore !

Marseillais, passionné de street-art, Stéphane a commencé à investir la ville et découvrir des lieux improbables, délaissés, brutaux, tel que la belle de mai ou certaines rues de Belleville dont il a temporairement colonisé les vestiges de son  énergie débordante.

Y a t’il une meilleur école pour écouter, sentir, toucher la ville?

Aujourd’hui les projets de Stéphane s’infiltrent, s’immiscent pour revitaliser généreusement un Paris Haussmannien idéalisé, muséifié, si figé qu’il en a perdu le plus important, sa vie, son âme, sa jeunesse. Instinctive, artistique, sociale, énergétique, l’architecture de Stéphane Malka est une architecture de survie qui bouscule, questionne, renverse avec bonheur l’ordonnancement d’une ville paralysée par les règles d’un autre siècle.

 

La ville !… Plus que d’eux-mêmes, c’est bien de cela dont nos invités et nous avons parlé autour d’un verre de champagne aux 20 ans d’Archinov.

 

Jean-Luc Chassais, architecte

Vice Président d’archinov

Compte-rendu de l’opus n°2 « le BIM dans tous ses états: BIM chantier » du 24 Juin 2015

1 Juil

IMG_0004

 

Après « BIM, BAM, BOUM » en Mai 2014, qui explorait la conception du projet avec le BIM et le bouleversement que cet outil produit entre les acteurs de la maîtrise d’œuvre, ARCHINOV a organisé le 24 Juin 2015 une deuxième rencontre pour continuer la réflexion et tenter de faire tomber quelques clichés qu’on entend autour du BIM. Cet opus était consacré à la phase chantier avec « le BIM Exécution » et donc « le BIM Management »

 


IMG_0082IMG_0079

Olivier Celnik, architecte, fondateur et associé de Z-Studio et co-auteur de « De la maquette numérique au BIM » Eyrolles (2014) a fait un point sur l’avancement du BIM en France, éclairci quelques éléments de langage : « le BIM est un mécanisme qui concerne l’ensemble des acteurs, quand la maquette numérique concerne avant tout l’architecte ». Le BIM est une « méthode de travail, un langage commun, une révolution en marche ». Il a rappelé les trois niveaux du BIM, la maquette numérique isolée, la maquette numérique collaborative et enfin elle intégrée ».

Avec le BIM, « Mieux construire » c’est mieux organiser son chantier, c’est anticiper les difficultés, c’est fiabiliser les délais et c’est disposer d’un chantier ergonomique et sécurisé. François Pélegrin, Architecte, praticien du BIM depuis des années, a montré au travers de cas concret les apports du BIM dans la phase chantier notamment sur un IGH parisien habité par 270 copropriétaires. Le BIM a permis d’emmener la copropriété non pas vers un simple ravalement mais vers un projet global de requalification architecturale et thermique de 5 millions d’euros. Le BIM a permis le vote mais aussi la personnalisation pour chaque pièce : avec le choix entre trois types de fenêtres, trois coloris, et deux affaiblissements acoustiques, soit plus de 14 000 cas, la maquette indiquait également les coordonnées du propriétaire pour faciliter la prise de RV pour la pose. Une traçabilité et une coordination précieuses. Bien sûr, il faut une grande rigueur méthodologique pour gérer toutes les informations embarquées.
Pour que le BIM s’implante durablement, les architectes vont être amenés à faire évoluer leurs postes de travail (matériels et logiciels) et à former leurs collaborateurs. Un coût estimé à 10 à 15 000 euros par poste. Enfin, faire une maquette numérique a un coût qui fera économiser par la suite du temps et de l’argent aux BET, partenaires de l’équipe de maitrise d’œuvre et aux entreprises. Pour l’instant ce coût n’est pas pris en charge. Il le sera peut être un jour par les assureurs qui verront ainsi baisser drastiquement le coût de la sinistralité et de la non-qualité.

 

photo 2

 

Puis Jacques Levy-Bencheton, Architecte associé chez Brunet Saunier Architecture, Bim Manager et Président de BIM France a expliqué sa pratique au sein de cette agence qui réalise 70 % d’hospitalier. Tout a commencé en 2005 quand l’agence cherche l‘outil adéquat pour gérer un grand projet d’hôpital de 3 000 à 3500 pièces, avec l’idée de pouvoir leur attribuer un certain nombre de propriétés. Nous adaptons la maquette à nos projets avec des gestions des données pour obtenir des métrés, avec des gestions des fiches 6 faces qui qualifient chaque pièce. Et d’abord en créant un lien entre la base de données programme de l’hôpital en fichier excel, et la maquette numérique. On peut « bimer » le programme. Très vite, la maquette numérique prend sa place et devient un outil de communication entre les acteurs de l’équipe de conception puis sur le chantier. L’entreprise a un accès sur la maquette numérique, elle peut faire directement quelques tâches. Nous pouvons faire ensuite les synthèses 2D et 3D. La synthèse 2D ce sont des annotations, c’est avoir une traçabilité sur les demandes de modifications, décider si on les fait ou si on les rejette, si on met en attente. Grâce au BIM on a une traçabilité précises des différents échanges. On a mis au point une sorte de facebook pro, un réseau social autour du projet, « Yammer » pour discuter en temps réel. On peut y intégrer des pdf et des excel. Toutes ces maquettes sont intégrées dans un outil de synthèse 3D, toutes les deux semaines on fait une réunion pour détecter des clashs sur le projet. On est en progression constante, on forge nos outils.

Le BIM c’est avant tout une méthode de travail ! Nos trois intervenants au travers de leurs regards singuliers et de leurs pratiques l’ont largement démontré.

CR établi par Elisabeth Pélegrin Genel

Compte-rendu de la Carte Blanche à Jérôme BRUNET du 14 Avril 2015, « La leçon de Venise »

18 Avr

Il y a un oeuvre de Carpaccio de 1493 qui représente la belle histoire de sainte Ursule, en une succession de scènes, du massacre des barbares aux funérailles de sainte Ursule.
Quand Le Corbusier réfléchit à la conception d’un hôpital pour Venise, il note dans son carnet (tome 4) de se procurer une carte de ce tableau. En effet, il s’inspire de Sainte Ursule et dessine une chambre d’hôpital avec la lumière zénithale, un lit surélevé et des jardins. Il conçoit la sérénité d’une chambre. Il meurt peu après et c’est le dernier dessin peint sur le fameux tableau noir de la rue de Sèvres. Il travaillait donc sur cet établissement de 1000 lits, il avait mis deux ans à accepter cette commande : « Comment construire à Venise ? Il faut trouver l’échelle, disait-il, il faudrait bâtir sans bâtir. » Il propose d’étaler une nappe avec une alternance de patios, avec une vision assez paysagère, soit un hôpital horizontal alors qu’en France à cette époque en 1965, on construisait des hôpitaux-tours. Avec ce parti, les chambres au dessus, la partie technique et logistique dessous, l’hôpital n’est pas un organisme statique, et il pose les prémisses des problèmes qu’on rencontre aujourd’hui. Jacques Lucan le qualifie d’hôpital révolutionnaire.

En 2000, l’agence réalise un bâtiment tout en bois pour des enfants malades à Palavas les flots, qui a beaucoup plu et nous avons été sélectionné pour des concours hospitaliers et gagné celui de Cannes. Cela nous amène à réfléchir à ce qu’est aujourd’hui la médecine, à revisiter les grandes typologies : hôpital pavillonnaire, hôpital monobloc hôpital tour sur socle de plateaux techniques, hôpital poly-blocs, en damiers, jusqu’au monospace actuel. Les progrès de la médicine s ‘accélèrent,  l’hébergement diminue et le plateau technique est de plus en plus grand.

On met 10 ans à construire un projet, on ne peut pas faire l’économie de ce qui se passera dans dix ans et après, le projet doit pouvoir évoluer, c’est cette constatation qui nous conduit au concept de monospace, à l’image de la voiture, pour l’hôpital de Douai en 2001, c’est-à-dire un projet qui ne spécifie pas les fonctions, qui leur permet d’évoluer, de déborder, de se rétrécir pendant le temps d’élaboration.

Les programmes sont énormes, 90 000 m2, 4 500 pièces à mettre ensemble et à aménager, avec tout le monde qui veut être à côté de tout le monde. La maquette numérique est une aide indispensable, on s’y est mis dès 2005. Dans le BIM, c’est le I qui est important « informative », il faut avoir des solutions évolutives et surtout ne pas perdre des informations si on modifie, ce qu’on fait en permanence, et c’est ce que nous apporte le BIM. C’est comme un immense puzzle, on s’inspire aussi du rubik’s cube, comment mettre trois services les uns avec les autres, du jeu tetris, il faut toujours une case vide pour changer….

L’hôpital de Marne la  Vallée se situe sur un  terrain plat et vide, nous avons dessiné un volume unique, homogène, une boite blanche quasi-aveugle. On revient à Corbu et à sa maison domino avec le plan libre, une ossature en béton, pas de retombée de poutres, des poteaux situés en retrait de la façade.

La structure d’un hôpital, c’est d’abord une trame de 7 à 8 mètres, on installe ensuite les invariants, des patios pour apporter la lumière, le cloisonnement, les sanitaires. Avec ce parti du monospace, il n’y a pas de limite, pas de frontière entre les différents services, ils peuvent déborder l’un sur l’autre, ils peuvent s’agrandir, on a pu ainsi densifier de 10 000 m2 la psychiatrie. C’est un bâtiment extensible. On le souhaitait le plus neutre possible, avec des façades respirantes qui s’allument le soir, avec un jeu assez savant sur le verre. Il faut penser la pérennité du bâtiment, veiller à ce que la poussière ne s’accroche pas. La pluie le lave, il reste propre même sans maintenance, on réalise de grandes économies de nettoyage. Aucun organe technique n’est visible, on a tout géré, tout contrôlé pour que le bâtiment soit le plus abstrait possible, le plus lisse possible.

Le défaut d’être très homogène, de manquer parfois de repères est contrebalancé avec le travail sur les patios revêtus d’aluminium coron qui change de couleur en fonction de la lumière et avec une relation au ciel qu’on voit de partout, tout le temps, comme le paysage, aussi bien des chambres que des lieux de travail

A Belfort-Monbéliard, nous avions un site vierge en pleine forêt, un terrain en pente et dessiné un bâtiment homogène de 270 mètres de long sur 100 de large avec une rue intérieure et des repères, les patios pour éviter le côté labyrinthique. Les parties opaques en bois  sont recouvertes d’une plaque de verre pour éviter que le bois ne grise et garder la fraîcheur qu’on attend d’un hôpital qui a peu de moyens pour l’entretien, il y a des jeux de façades avec des stores vénitiens dorés, on entre au centre.

 

Il n’ y a pas de conception unique, le concept reste le même mais on peut adapter la figure : à Chambéry, nous avons reconstruit sur lui même l’hôpital, 74 000 m2, en épousant la géographie du site.

A Genève, il s’agissait de construire 450 lits dans un bâtiment épais et très compact, nous avons créé des patios horizontaux, de grandes loggias comme des fenêtres urbaines qui viennent apporter de la lumière.

Enfin dans ce dernier projet à Paris pour l’Institut de la Vision, nous avons repris nos études sur le verre et épousé le gabarit parisien. Des façades comme des vitraux avec des éléments simples qui nous permettent de brouiller l’échelle et d’avoir une écriture contemporaine dans ce tissu de faubourg.

Toujours à Paris pour le musée du Louvre, nous avons expérimenté le verre dans ses dimensions structurelles avec des poutres en verre et une verrière plate pour apporter un maximum de lumière sur trois niveaux en sous sol. Chaque poutre supporte une tonne. Les  essais avec le CSTB ont montré qu’elles résistaient jusqu’à 12 tonnes et ne cassaient pas brutalement. Mais nous n’avons pas pu généraliser cette expérience à cause du problème de feu.  Pour le centre administratif de Saint Germain en Laye nous avons expérimenté des poteaux en verre insérés dans des sabots. Mais le problème du feu demeure et empêche la diffusion de ces innovations technologiques.

Enfin pour conclure un projet pour la gare d’Issy les Moulineaux, afin de vous montrer que nous ne faisons pas uniquement des hôpitaux mais que nous continuons nos recherches sur le verre pour éclairer des sous-sols profonds !

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin-Genel

Compte rendu de la Carte Blanche à Bernard Desmoulin, la beauté d’Ava Gardner, le 5 Février 2015

9 Fév

C’est toujours agréable de parler de son travail. Cela permet de rendre visible un fil conducteur de projet en projet. J’ai fait une sélection de projets qui retrace trente ans d’architecture, certains importants, d’autres petits, on s’attache d’ailleurs aux petits qui sont moins bavards.

Pourquoi  ce titre, la beauté d’Ava Gardner ? Parce que ce mot, la beauté, a disparu au XIX siècle de l’enseignement de l’architecture puis du discours des architectes. Pourtant la beauté a une vertu essentielle, celle de la permanence. Il y a des beautés. Pour Baudelaire c’est le classique plus l’anomalie, pour Malaparte, c’est une frivolité sérieuse.  On a une belle illustration avec la villa Malaparte à Capri, un petit Parthénon contemporain. C’est une anomalie par sa situation insolite sur ce petit rocher, elle concentre toutes les dramaturgies qui concernent l’architecture.

Au contraire ce tableau « Mélancolie d’un soir » de Chirico est inquiétant et prémonitoire des paysages contemporains avec des objets tous magnifiques qui n’ont aucun lien les uns avec les autres, aucune échelle, l’individu, réduit à son ombre, a disparu, il ne parle que de vide. Il a quelque chose d’angoissant qu’il ne faut pas faire.

J’aime cette image de deux entrepôts sur un lac. Une belle architecture. On vient de quitter un siècle plein de théories, on est redevenu complétement nu par rapport à l’histoire comme si toute l’histoire de l’architecture avait disparu. Cette image m’a fait beaucoup travaillé.

Ce lieu multi-confessionnel est un de mes premiers projets. On n’a fait que mettre en valeur le site avec l’idée de faire disparaître l’architecture sous la végétation. Cette dernière se venge, elle reprend le dessus.

Le narcisse du Caravage est une référence que j’utilise beaucoup. On peut trouver son complément dans son reflet. Sans le reflet la figure n’existe pas. C’est cette idée qu’on a travaillée pour ce restaurant du ministère des Affaires Etrangères dans le septième arrondissement. Une verrière plate pour éclairer un sous sol, une pergola, des poiriers er des pommiers qui bordent le ruisseau de verre pour déjeuner au bord de l’eau.

Une même démarche dans un autre contexte pour le musée de Sarrebourg. Un musée de plus de 4 000 m2 dans une petite ville de 15 000 habitants, un projet fou, le plus gros équipement d’une ville que personne ne connaît. On peut rendre hommage à des élus qui ont des ambitions culturelles incroyables. On s’est inspiré de la volumétrie simple des grands entrepôts de Lorraine et on a dessiné trois chais. Les formes sont extrêmement simples, avec un travail sur les matériaux, cuivre, inox, béton brut, et de l’eau, toujours le reflet sur l’eau. Le bâtiment trouve ses véritables proportions avec son reflet. C’est jeu de matières et non un jeu de formes. On essaye de travailler sur l’intemporalité, de garder à l’intérieur le côté rugueux qui correspond à l’aspect rugueux des œuvres présentées.

A Mexico il s’agit de transformer en médiathèque l’ancienne ambassade de France abimée par un tremblement de terre. Je propose, une fois sur place, de créer un lieu qui ait un rapport avec le mode de vie mexicain. On redéfinit le programme et on travaille sur l’espace extérieur, avec un vocabulaire simple. L’eau vient créer des reflets avec assez peu de moyens. On cherchait une certaine pureté avec un minimum de structure, tout le projet se fait à partir de cet arbre magnifique. L’idée c’est de créer un havre de paix dans une des villes les plus chaotiques du monde avec une grande économie et des recherches sur la matière.

On a travaillé dix ans sur l’aile de Marsan du Louvre pour le musée des Arts Décoratifs. Il s’agissait de mettre en scène des objets, on trouve du sacré et du profane, du sérieux et du futile, de l’ancien et du contemporain. On n’a pas touché aux façades, on a laissé filer plafonds et planchers et dessiné des vitrines. La difficulté c’était de trouver une sorte de souplesse avec des objets qu’on ne connaît pas.
Autre projet, le grand carré des communs du château de Versailles dessiné par Mansart, en ruines. Cet ancien hôpital militaire abrite désormais les services de l’établissement public du château, 24 000 m2 sur 80 mètres par 80 mètres et cinq niveaux. A la rigueur des façades, s’oppose des pièces toutes différentes à l’intérieur. On nous impose de garder les enfilades. Cette prescription nous permet de faire un vrai projet et de contrer les demandes des utilisateurs. La difficulté réside dans le passage des réseaux et de rendre l’évidence à ce lieu. Tout en le cloisonnant. On a inventé un système qui laisse filer plafond et sol et n’occulte pas la lumière naturelle avec une disposition de plein et de vide. Un travail sur les matériaux, un vocabulaire simple pour identifier très clairement les rajouts.

A l’abbaye de Cluny en Bourgogne le programme prévoit la construction d’un restaurant universitaire et des espaces de réception. On a gagné le concours en proposant un bâtiment revêtu d’acier Corten. Les commanditaires ont cru que c’était du bois et on a gagné le concours. Ils ne voulaient pas d’un bâtiment neuf. Avec ce matériau  on ne  faisait pas une ruine mais presque, quelque chose qui parle du provisoire, une image énigmatique qui se coule dans le paysage et le contexte. Il est presque invisible, on ne le voit pas et paradoxalement il a une charge poétique.

Pour le collège Sainte Marie de Neuilly on a poursuivi ce travail sur la matière avec ce programme de studios pour les sœurs âgées et de restaurant pour le collège. Rien n’est au nu de rien, on a joué avec l’épaisseur et non la hauteur. On a tout exagéré, avec des jeux sur les volets et de grandes ouvertures.

A Montreuil, rue de Paris, pour ce centre d’art contemporain il fallait faire un signal, un lieu énigmatique pour inciter des gens qui n’ont pas l’habitude de fréquenter ce genre de lieu à venir

On avait Carte Blanche pour ces 100 mètres carrés. On a fait une sorte d’allégeance à la grande maison bourgeoise d’à côté, une roulotte, quelque chose de provisoire avec une construction de  2,5 mètres de large sur 20 mètres de long. A l’intérieur on regarde ce qu’il y a dehors, on est dans une sorte de périscope. Le bâtiment pose aussi la question de l’art contemporain. Je reste moi-même déconcerté par ce qu’on y présente.

 

On vient de livrer un conservatoire dans le douzième arrondissement près de la gare de Lyon un contexte un peu triste et gris. On ne pouvait pas dialoguer avec. On a proposé une sorte de flacon de parfum accroché aux murs mitoyens et formant un vide au milieu avec un éclat du à la céramique. Le bâtiment change de couleur à peu près toutes les heures.

Au contraire pour le musée de Cluny à Paris, on pouvait dialoguer avec la vieille maison romaine, les fouilles des thermes et le bâtiment du XIX siècle. Une petite intervention de 400 m2 pour rendre visible le musée depuis le boulevard saint Michel et aménager l’accueil, la librairie et une salle d’exposition.

Enfin mon dernier projet fait référence à la première image présentée des hangars sur l’eau. Il s’agit de salles de conférences pour un centre de séminaires sur un lac de Picardie. Encore une histoire de reflet et de recherche de simplicité.

La demande d’architecture n’existe pas à proprement parler, c’est à nous de l’apporter, à nous d’exploiter un patrimoine en commun. D’expliquer, d’être pédagogique. Je ne me souviens pas de problème majeur parce que j’explique, parce que j’essaye d’éviter le caprice et la gratuité. Une question demeure : Pourquoi l’architecture n’est pas toujours  capable de provoquer des émotions  comme le cinéma par exemple ?

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel