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Compte-rendu de la Carte Blanche à Alain Moatti, Agence Moatti-Rivière, « nec plus ultra » , vendredi 20 novembre à Architect@Work.

25 nov

Alain Moatti présente son mode de réflexion et les réalisations de l’agence : »L’expérience augmentée ».
« L’architecture on n’en a pas besoin, on en a envie ». Selon lui, elle n’est pas due, elle est avant tout commande, fruit de la volonté d’un commanditaire. Cet objet du désir, de plaisir qui doit toucher l’espace, les sens etc., est issu du plaisir de l’esprit à travers l’intelligence de l’architecte.

D’ailleurs Alain Moatti, en préambule à tout projet, écrit un texte. Non pas pour vendre ou présenter ses intentions au Maître d’Ouvrage mais pour initier la réflexion au sein de son équipe. Au fur et à mesure de l’avancement des études, des éléments de ce texte disparaissent ou se transforment, voire disparaissent complètement, mais celui-ci sous-tend le projet d’un bout à l’autre. Y prime la symbolique, avant même la fonction.

Quelques projets sont présentés en illustration de la démarche de l’agence : La Tour Eiffel, avec le réaménagement du 1er étage sous forme de 3 pavillons (salle de conférence, café/restaurant, sanitaires). Ces 3 petits bâtiments (hauteur 8 mètres/longueur 40 m) obéissent à une règle : l’oblique.
L »Obliquité » soulignée par Roland Barthes, est une invention de Gustave Eiffel. Ces bâtiments sont donc obliques et courbes, ils épousent la géométrie exacte de la tour, au droit des piliers, comme poussés par eux.
Comme ils ne peuvent pas être fixés directement sur la tour, classée M.H, ils sont « pincés » sur ses éléments. Il en résulte une très grande technicité pour une forme relativement simple.
C’est là qu’intervient un procédé cher à l’agence : la « discrétisation ». C’est à dire créer une surface continue à partir de formes discontinues, ou approcher une forme complexe par un ensemble de formes simples grâce à une fonction mathématique.
La façade a une double courbure mais chaque élément a une courbure simple et tous les éléments sont différents. Leurs assemblages sont aussi géométrisés. La conception, directement en 3D, est extrêmement précise : elle a le double avantage de créer des pièces aisées à fabriquer, de limiter les coûts de production et de simplifier le montage sur place, quasiment sans ajustage. Le coût de main d’oeuvre est réduit, comme les risques de désordres car il n’y a pas d’inconnu, de perte d’information ou d’interprétations possibles.
Ainsi l’architecte maîtrise vraiment la réalisation du projet puisque ce sont ses documents numériques (en liaison avec le BET) qui sont programmés sur les machines outils avec un montage précis. L’apparente sophistication du procédé, avec des pièces toutes uniques, se rapporte à un procédé artisanal avec la beauté et la poésie du « sur-mesure », tout en étant absolument d’avant-garde.
Pour Alain Moatti, il ne faut plus compter sur le savoir-faire des entreprises BTP qui se dégrade d’années en années, éviter autant que possible les interventions compliquées sur le chantier et les réduire au montage de pièces parfaitement exécutées en atelier. Il faut s’orienter vers des chantiers « secs » plutôt que des chantiers « humides » dont on ne maîtrise plus vraiment la mise en oeuvre…
Cette position est parfaitement illustrée par la rénovation d’un centre commercial des années 70 à Marseille, le Centre Bourse. La façade a été déplacée de 15 m, elle fait 420 m de long sur 3 côtés. Des éléments de voile (« les voilettes ») protègent les façades vitrées, sur plusieurs niveaux.
De même que pour la Tour Eiffel, chaque élément a sa forme propre et s’ajuste aux autres éléments de façon à créer ces courbures inégales, formant un tout harmonieux d’apparence organique, alors qu’elles sont très techniques. Les joints sont extrêmement fins et ne permettent aucune erreur au montage.
Cet aspect « hyper artisanal » pour reprendre le terme d’Alain Moatti n’est pas plus onéreux que l’emploi d’un module préfabriqué et posé de manière répétitive.
Même démarche pour le Ministère de la Culture de Bahrein, le bâtiment est en ductal, les éléments sont fabriqués en France et envoyés sur place pour un assemblage immédiat, sans ajustage ni interprétation possible.
Le Musée Champollion à Figeac conjugue également cette alliance de l’artisanal et de l’industrie : le verre feuilleté de la façade reçoit des éléments de cuivre qui créent un décor d’une grande complexité, d’une richesse créative qui sublime le produit industriel.
C’est une ouverture à la créativité que doit saisir l’architecte.
Le musée Borély à Marseille a été abordé de plusieurs manières : le respect des « period room » , pièces classées M.H avec toutes les contraintes de rénovation à l’identique qui y sont liées et une intervention franchement contemporaine dans les pièces non classées.
Toujours avec la conception 3D, quasi directement mise en oeuvre, les vitrines sont supprimées, les éclairages et éléments techniques sont intégrés, invisibles, sans effort apparent. Il n’y a que la grâce d’un objet apparemment artisanal qui se perçoit.
Quelques autres exemples, un centre International du graphisme à Chaumont sous forme d’extension contemporaine d’un bâtiment du XIXème, un hôtel de luxe à Courchevel en cours de réalisation, l’Historial Charles de Gaulle aux Invalides et le musée Les Franciscaines à Deauville avec des interventions scénographiques fortes.

Compte-rendu établi par Dom Palatchi

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Compte-rendu de la Carte Banche à Denis Montel & Nicolas Karmochkine, Agence RDAI Architecture, « De près comme de loin », jeudi 19 novembre à Architect@work

25 nov

Pour Nicolas Karmochkine, « le luxe, c’est l’attention aux matériaux et aux mises en œuvre, et surtout prendre le temps d’y consacrer du temps »

Pour Denis Montel, « le luxe, c’est le temps de prendre le temps de réfléchir, de penser à comment conceptualiser, à dessiner et à réaliser ».

Prendre le temps, maître mot dans un monde où nous n’en avons plus !

Tous deux aiment à définir RDAI & RDAI Architecture comme un lieu où tous les métiers qui touchent à l’espace intérieur ou extérieur, conceptualisés autour d’une même philosophie globale, sont réunis dans une seule et même agence.

Si RDAI est associé à HERMES et ses luxueuses boutiques situées dans les principales métropoles de tous les continents, Denis Montel et Nicolas Karmochkine précisent qu’ils réalisent également des projets dont le budget n’est pas excessif, comme « la Cité des Métiers à Pantin » dont l’objectif était de réussir à fédérer tout le personnel d’Hermès (1500 personnes) sur un même ensemble immobilier.

Trame de départ : des immeubles des années 70, avec des collectifs individuels et bureaux (5 bâtiments en tout). Denis et Nicolas ont décidé de lier l’ensemble ces bâtiments par les jardins : « c’est le vide qui génère l’unité ». La collaboration avec le paysagiste Louis Benech est concluante : les plantes grimpantes s’emparent des murs et ajoutent un élément supplémentaire à la modénature.

La complexité de l’ensemble se lit sur la toiture : 3 à 4000 m2 de plus ont été créés grâce au jeu des toitures (double hauteur qui évoque une mezzanine). De même, des noms et des identités très fortes ont été donné aux bâtiments : toutes les façades sur rue sont en briques et la « peau » raconte la proximité du bâtiment dans la ville ; la crèche sera identifiée avec de la brique blanche et de fausses fenêtres y seront dessinées.

Vide Central et double peau sont au cœur des réalisations de RDAI, comme la Maison Dosan Park à Séoul ou les futures boutiques du Musée du Louvre, ou Hermès Rive Gauche dont l’angle d’approche du projet a été conçu comme à travers les yeux d’un enfant, ou la rénovation des Bains Douches car là encore les parois et la géométrie des sols et des plafonds reflètent le télescopage d’époques et de générations …

Avec toujours ce souci de laisser autant que possible la lumière naturelle s’exprimer et donner une âme à ces lieux.

 

Compte-rendu établi par Annie Gliozzo

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Compte-rendu de la carte blanche à Stephane MALKA et Vincent CALLEBAUT – « Utopies concrètes » du mardi 15 septembre (20 ans d’ARCHINOV)

30 sept

Pour fêter ses 20 ans, Archinov a choisi un lieu à son image, décalé, dynamique, surprenant. L’évènement s’est déroulé mardi 15 septembre de 17h30 à 24h au trinquet de Paris, lieu méconnu en bordure de Seine et combien magique. Les deux architectes invités à débattre ce soir là devaient être dans le ton. Le choix d’Archinov s’est arrêté sur Vincent Callebaut et Stéphane Malka deux jeunes architectes brillants, à l’aise dans une pratique pleine de ressources qui crée la commande. Vincent et Stéphane ont  lancé leurs idées au rythme des cris de joueurs de pelote basque. Les images ont fusé, les mots ont claqué, les échanges furent saisis à la volée. Singuliers, pleins d’humour et de recul, les propos de nos invités ont rebondi dans une salle comble, surchauffée, suspendue à leurs mots. Un pur bonheur. Il y a parfois des instants magiques, c’en fut un.

Vincent Callebaut nous a parlé de ses projets dont les noms nous transportent dans un autre monde: Lilypad, Dragonfly, Anti-smog,… Sommes-nous dans l’univers visionnaire d’un Jules Verne, une BD ou un film de Science-fiction? Une chose est certaine, nous sommes ailleurs, loin de nos préoccupations quotidiennes. La vision archibiotique de Vincent est futuriste, certains diront utopique et pourtant, quelques unes de ses opérations, dont l’ampleur semble démesurée pour notre vieille Europe sont bien réelles et fédèrent des synergies transdisciplinaires dans le monde entier. Une tour a Taïwan, un projet bien avancé à Shenzhen,… Les clients de Vincent? Des jeunes, Maître d’ouvrage de pays émergents qui, comme lui, croient en l’avenir, veulent construire un nouveau monde et en ont les moyens.

 

Un nouveau monde? Voilà ce qui unit Vincent Callebaut et Stéphane Malka, architecte lui aussi mais aussi photographe. L’image, encore !

Marseillais, passionné de street-art, Stéphane a commencé à investir la ville et découvrir des lieux improbables, délaissés, brutaux, tel que la belle de mai ou certaines rues de Belleville dont il a temporairement colonisé les vestiges de son  énergie débordante.

Y a t’il une meilleur école pour écouter, sentir, toucher la ville?

Aujourd’hui les projets de Stéphane s’infiltrent, s’immiscent pour revitaliser généreusement un Paris Haussmannien idéalisé, muséifié, si figé qu’il en a perdu le plus important, sa vie, son âme, sa jeunesse. Instinctive, artistique, sociale, énergétique, l’architecture de Stéphane Malka est une architecture de survie qui bouscule, questionne, renverse avec bonheur l’ordonnancement d’une ville paralysée par les règles d’un autre siècle.

 

La ville !… Plus que d’eux-mêmes, c’est bien de cela dont nos invités et nous avons parlé autour d’un verre de champagne aux 20 ans d’Archinov.

 

Jean-Luc Chassais, architecte

Vice Président d’archinov

Compte-rendu de l’opus n°2 « le BIM dans tous ses états: BIM chantier » du 24 Juin 2015

1 juil

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Après « BIM, BAM, BOUM » en Mai 2014, qui explorait la conception du projet avec le BIM et le bouleversement que cet outil produit entre les acteurs de la maîtrise d’œuvre, ARCHINOV a organisé le 24 Juin 2015 une deuxième rencontre pour continuer la réflexion et tenter de faire tomber quelques clichés qu’on entend autour du BIM. Cet opus était consacré à la phase chantier avec « le BIM Exécution » et donc « le BIM Management »

 


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Olivier Celnik, architecte, fondateur et associé de Z-Studio et co-auteur de « De la maquette numérique au BIM » Eyrolles (2014) a fait un point sur l’avancement du BIM en France, éclairci quelques éléments de langage : « le BIM est un mécanisme qui concerne l’ensemble des acteurs, quand la maquette numérique concerne avant tout l’architecte ». Le BIM est une « méthode de travail, un langage commun, une révolution en marche ». Il a rappelé les trois niveaux du BIM, la maquette numérique isolée, la maquette numérique collaborative et enfin elle intégrée ».

Avec le BIM, « Mieux construire » c’est mieux organiser son chantier, c’est anticiper les difficultés, c’est fiabiliser les délais et c’est disposer d’un chantier ergonomique et sécurisé. François Pélegrin, Architecte, praticien du BIM depuis des années, a montré au travers de cas concret les apports du BIM dans la phase chantier notamment sur un IGH parisien habité par 270 copropriétaires. Le BIM a permis d’emmener la copropriété non pas vers un simple ravalement mais vers un projet global de requalification architecturale et thermique de 5 millions d’euros. Le BIM a permis le vote mais aussi la personnalisation pour chaque pièce : avec le choix entre trois types de fenêtres, trois coloris, et deux affaiblissements acoustiques, soit plus de 14 000 cas, la maquette indiquait également les coordonnées du propriétaire pour faciliter la prise de RV pour la pose. Une traçabilité et une coordination précieuses. Bien sûr, il faut une grande rigueur méthodologique pour gérer toutes les informations embarquées.
Pour que le BIM s’implante durablement, les architectes vont être amenés à faire évoluer leurs postes de travail (matériels et logiciels) et à former leurs collaborateurs. Un coût estimé à 10 à 15 000 euros par poste. Enfin, faire une maquette numérique a un coût qui fera économiser par la suite du temps et de l’argent aux BET, partenaires de l’équipe de maitrise d’œuvre et aux entreprises. Pour l’instant ce coût n’est pas pris en charge. Il le sera peut être un jour par les assureurs qui verront ainsi baisser drastiquement le coût de la sinistralité et de la non-qualité.

 

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Puis Jacques Levy-Bencheton, Architecte associé chez Brunet Saunier Architecture, Bim Manager et Président de BIM France a expliqué sa pratique au sein de cette agence qui réalise 70 % d’hospitalier. Tout a commencé en 2005 quand l’agence cherche l‘outil adéquat pour gérer un grand projet d’hôpital de 3 000 à 3500 pièces, avec l’idée de pouvoir leur attribuer un certain nombre de propriétés. Nous adaptons la maquette à nos projets avec des gestions des données pour obtenir des métrés, avec des gestions des fiches 6 faces qui qualifient chaque pièce. Et d’abord en créant un lien entre la base de données programme de l’hôpital en fichier excel, et la maquette numérique. On peut « bimer » le programme. Très vite, la maquette numérique prend sa place et devient un outil de communication entre les acteurs de l’équipe de conception puis sur le chantier. L’entreprise a un accès sur la maquette numérique, elle peut faire directement quelques tâches. Nous pouvons faire ensuite les synthèses 2D et 3D. La synthèse 2D ce sont des annotations, c’est avoir une traçabilité sur les demandes de modifications, décider si on les fait ou si on les rejette, si on met en attente. Grâce au BIM on a une traçabilité précises des différents échanges. On a mis au point une sorte de facebook pro, un réseau social autour du projet, « Yammer » pour discuter en temps réel. On peut y intégrer des pdf et des excel. Toutes ces maquettes sont intégrées dans un outil de synthèse 3D, toutes les deux semaines on fait une réunion pour détecter des clashs sur le projet. On est en progression constante, on forge nos outils.

Le BIM c’est avant tout une méthode de travail ! Nos trois intervenants au travers de leurs regards singuliers et de leurs pratiques l’ont largement démontré.

CR établi par Elisabeth Pélegrin Genel

Compte-rendu de la Carte Blanche à Jérôme BRUNET du 14 Avril 2015, « La leçon de Venise »

18 avr

Il y a un oeuvre de Carpaccio de 1493 qui représente la belle histoire de sainte Ursule, en une succession de scènes, du massacre des barbares aux funérailles de sainte Ursule.
Quand Le Corbusier réfléchit à la conception d’un hôpital pour Venise, il note dans son carnet (tome 4) de se procurer une carte de ce tableau. En effet, il s’inspire de Sainte Ursule et dessine une chambre d’hôpital avec la lumière zénithale, un lit surélevé et des jardins. Il conçoit la sérénité d’une chambre. Il meurt peu après et c’est le dernier dessin peint sur le fameux tableau noir de la rue de Sèvres. Il travaillait donc sur cet établissement de 1000 lits, il avait mis deux ans à accepter cette commande : « Comment construire à Venise ? Il faut trouver l’échelle, disait-il, il faudrait bâtir sans bâtir. » Il propose d’étaler une nappe avec une alternance de patios, avec une vision assez paysagère, soit un hôpital horizontal alors qu’en France à cette époque en 1965, on construisait des hôpitaux-tours. Avec ce parti, les chambres au dessus, la partie technique et logistique dessous, l’hôpital n’est pas un organisme statique, et il pose les prémisses des problèmes qu’on rencontre aujourd’hui. Jacques Lucan le qualifie d’hôpital révolutionnaire.

En 2000, l’agence réalise un bâtiment tout en bois pour des enfants malades à Palavas les flots, qui a beaucoup plu et nous avons été sélectionné pour des concours hospitaliers et gagné celui de Cannes. Cela nous amène à réfléchir à ce qu’est aujourd’hui la médecine, à revisiter les grandes typologies : hôpital pavillonnaire, hôpital monobloc hôpital tour sur socle de plateaux techniques, hôpital poly-blocs, en damiers, jusqu’au monospace actuel. Les progrès de la médicine s ‘accélèrent,  l’hébergement diminue et le plateau technique est de plus en plus grand.

On met 10 ans à construire un projet, on ne peut pas faire l’économie de ce qui se passera dans dix ans et après, le projet doit pouvoir évoluer, c’est cette constatation qui nous conduit au concept de monospace, à l’image de la voiture, pour l’hôpital de Douai en 2001, c’est-à-dire un projet qui ne spécifie pas les fonctions, qui leur permet d’évoluer, de déborder, de se rétrécir pendant le temps d’élaboration.

Les programmes sont énormes, 90 000 m2, 4 500 pièces à mettre ensemble et à aménager, avec tout le monde qui veut être à côté de tout le monde. La maquette numérique est une aide indispensable, on s’y est mis dès 2005. Dans le BIM, c’est le I qui est important « informative », il faut avoir des solutions évolutives et surtout ne pas perdre des informations si on modifie, ce qu’on fait en permanence, et c’est ce que nous apporte le BIM. C’est comme un immense puzzle, on s’inspire aussi du rubik’s cube, comment mettre trois services les uns avec les autres, du jeu tetris, il faut toujours une case vide pour changer….

L’hôpital de Marne la  Vallée se situe sur un  terrain plat et vide, nous avons dessiné un volume unique, homogène, une boite blanche quasi-aveugle. On revient à Corbu et à sa maison domino avec le plan libre, une ossature en béton, pas de retombée de poutres, des poteaux situés en retrait de la façade.

La structure d’un hôpital, c’est d’abord une trame de 7 à 8 mètres, on installe ensuite les invariants, des patios pour apporter la lumière, le cloisonnement, les sanitaires. Avec ce parti du monospace, il n’y a pas de limite, pas de frontière entre les différents services, ils peuvent déborder l’un sur l’autre, ils peuvent s’agrandir, on a pu ainsi densifier de 10 000 m2 la psychiatrie. C’est un bâtiment extensible. On le souhaitait le plus neutre possible, avec des façades respirantes qui s’allument le soir, avec un jeu assez savant sur le verre. Il faut penser la pérennité du bâtiment, veiller à ce que la poussière ne s’accroche pas. La pluie le lave, il reste propre même sans maintenance, on réalise de grandes économies de nettoyage. Aucun organe technique n’est visible, on a tout géré, tout contrôlé pour que le bâtiment soit le plus abstrait possible, le plus lisse possible.

Le défaut d’être très homogène, de manquer parfois de repères est contrebalancé avec le travail sur les patios revêtus d’aluminium coron qui change de couleur en fonction de la lumière et avec une relation au ciel qu’on voit de partout, tout le temps, comme le paysage, aussi bien des chambres que des lieux de travail

A Belfort-Monbéliard, nous avions un site vierge en pleine forêt, un terrain en pente et dessiné un bâtiment homogène de 270 mètres de long sur 100 de large avec une rue intérieure et des repères, les patios pour éviter le côté labyrinthique. Les parties opaques en bois  sont recouvertes d’une plaque de verre pour éviter que le bois ne grise et garder la fraîcheur qu’on attend d’un hôpital qui a peu de moyens pour l’entretien, il y a des jeux de façades avec des stores vénitiens dorés, on entre au centre.

 

Il n’ y a pas de conception unique, le concept reste le même mais on peut adapter la figure : à Chambéry, nous avons reconstruit sur lui même l’hôpital, 74 000 m2, en épousant la géographie du site.

A Genève, il s’agissait de construire 450 lits dans un bâtiment épais et très compact, nous avons créé des patios horizontaux, de grandes loggias comme des fenêtres urbaines qui viennent apporter de la lumière.

Enfin dans ce dernier projet à Paris pour l’Institut de la Vision, nous avons repris nos études sur le verre et épousé le gabarit parisien. Des façades comme des vitraux avec des éléments simples qui nous permettent de brouiller l’échelle et d’avoir une écriture contemporaine dans ce tissu de faubourg.

Toujours à Paris pour le musée du Louvre, nous avons expérimenté le verre dans ses dimensions structurelles avec des poutres en verre et une verrière plate pour apporter un maximum de lumière sur trois niveaux en sous sol. Chaque poutre supporte une tonne. Les  essais avec le CSTB ont montré qu’elles résistaient jusqu’à 12 tonnes et ne cassaient pas brutalement. Mais nous n’avons pas pu généraliser cette expérience à cause du problème de feu.  Pour le centre administratif de Saint Germain en Laye nous avons expérimenté des poteaux en verre insérés dans des sabots. Mais le problème du feu demeure et empêche la diffusion de ces innovations technologiques.

Enfin pour conclure un projet pour la gare d’Issy les Moulineaux, afin de vous montrer que nous ne faisons pas uniquement des hôpitaux mais que nous continuons nos recherches sur le verre pour éclairer des sous-sols profonds !

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin-Genel

Compte rendu de la Carte Blanche à Bernard Desmoulin, la beauté d’Ava Gardner, le 5 Février 2015

9 fév

C’est toujours agréable de parler de son travail. Cela permet de rendre visible un fil conducteur de projet en projet. J’ai fait une sélection de projets qui retrace trente ans d’architecture, certains importants, d’autres petits, on s’attache d’ailleurs aux petits qui sont moins bavards.

Pourquoi  ce titre, la beauté d’Ava Gardner ? Parce que ce mot, la beauté, a disparu au XIX siècle de l’enseignement de l’architecture puis du discours des architectes. Pourtant la beauté a une vertu essentielle, celle de la permanence. Il y a des beautés. Pour Baudelaire c’est le classique plus l’anomalie, pour Malaparte, c’est une frivolité sérieuse.  On a une belle illustration avec la villa Malaparte à Capri, un petit Parthénon contemporain. C’est une anomalie par sa situation insolite sur ce petit rocher, elle concentre toutes les dramaturgies qui concernent l’architecture.

Au contraire ce tableau « Mélancolie d’un soir » de Chirico est inquiétant et prémonitoire des paysages contemporains avec des objets tous magnifiques qui n’ont aucun lien les uns avec les autres, aucune échelle, l’individu, réduit à son ombre, a disparu, il ne parle que de vide. Il a quelque chose d’angoissant qu’il ne faut pas faire.

J’aime cette image de deux entrepôts sur un lac. Une belle architecture. On vient de quitter un siècle plein de théories, on est redevenu complétement nu par rapport à l’histoire comme si toute l’histoire de l’architecture avait disparu. Cette image m’a fait beaucoup travaillé.

Ce lieu multi-confessionnel est un de mes premiers projets. On n’a fait que mettre en valeur le site avec l’idée de faire disparaître l’architecture sous la végétation. Cette dernière se venge, elle reprend le dessus.

Le narcisse du Caravage est une référence que j’utilise beaucoup. On peut trouver son complément dans son reflet. Sans le reflet la figure n’existe pas. C’est cette idée qu’on a travaillée pour ce restaurant du ministère des Affaires Etrangères dans le septième arrondissement. Une verrière plate pour éclairer un sous sol, une pergola, des poiriers er des pommiers qui bordent le ruisseau de verre pour déjeuner au bord de l’eau.

Une même démarche dans un autre contexte pour le musée de Sarrebourg. Un musée de plus de 4 000 m2 dans une petite ville de 15 000 habitants, un projet fou, le plus gros équipement d’une ville que personne ne connaît. On peut rendre hommage à des élus qui ont des ambitions culturelles incroyables. On s’est inspiré de la volumétrie simple des grands entrepôts de Lorraine et on a dessiné trois chais. Les formes sont extrêmement simples, avec un travail sur les matériaux, cuivre, inox, béton brut, et de l’eau, toujours le reflet sur l’eau. Le bâtiment trouve ses véritables proportions avec son reflet. C’est jeu de matières et non un jeu de formes. On essaye de travailler sur l’intemporalité, de garder à l’intérieur le côté rugueux qui correspond à l’aspect rugueux des œuvres présentées.

A Mexico il s’agit de transformer en médiathèque l’ancienne ambassade de France abimée par un tremblement de terre. Je propose, une fois sur place, de créer un lieu qui ait un rapport avec le mode de vie mexicain. On redéfinit le programme et on travaille sur l’espace extérieur, avec un vocabulaire simple. L’eau vient créer des reflets avec assez peu de moyens. On cherchait une certaine pureté avec un minimum de structure, tout le projet se fait à partir de cet arbre magnifique. L’idée c’est de créer un havre de paix dans une des villes les plus chaotiques du monde avec une grande économie et des recherches sur la matière.

On a travaillé dix ans sur l’aile de Marsan du Louvre pour le musée des Arts Décoratifs. Il s’agissait de mettre en scène des objets, on trouve du sacré et du profane, du sérieux et du futile, de l’ancien et du contemporain. On n’a pas touché aux façades, on a laissé filer plafonds et planchers et dessiné des vitrines. La difficulté c’était de trouver une sorte de souplesse avec des objets qu’on ne connaît pas.
Autre projet, le grand carré des communs du château de Versailles dessiné par Mansart, en ruines. Cet ancien hôpital militaire abrite désormais les services de l’établissement public du château, 24 000 m2 sur 80 mètres par 80 mètres et cinq niveaux. A la rigueur des façades, s’oppose des pièces toutes différentes à l’intérieur. On nous impose de garder les enfilades. Cette prescription nous permet de faire un vrai projet et de contrer les demandes des utilisateurs. La difficulté réside dans le passage des réseaux et de rendre l’évidence à ce lieu. Tout en le cloisonnant. On a inventé un système qui laisse filer plafond et sol et n’occulte pas la lumière naturelle avec une disposition de plein et de vide. Un travail sur les matériaux, un vocabulaire simple pour identifier très clairement les rajouts.

A l’abbaye de Cluny en Bourgogne le programme prévoit la construction d’un restaurant universitaire et des espaces de réception. On a gagné le concours en proposant un bâtiment revêtu d’acier Corten. Les commanditaires ont cru que c’était du bois et on a gagné le concours. Ils ne voulaient pas d’un bâtiment neuf. Avec ce matériau  on ne  faisait pas une ruine mais presque, quelque chose qui parle du provisoire, une image énigmatique qui se coule dans le paysage et le contexte. Il est presque invisible, on ne le voit pas et paradoxalement il a une charge poétique.

Pour le collège Sainte Marie de Neuilly on a poursuivi ce travail sur la matière avec ce programme de studios pour les sœurs âgées et de restaurant pour le collège. Rien n’est au nu de rien, on a joué avec l’épaisseur et non la hauteur. On a tout exagéré, avec des jeux sur les volets et de grandes ouvertures.

A Montreuil, rue de Paris, pour ce centre d’art contemporain il fallait faire un signal, un lieu énigmatique pour inciter des gens qui n’ont pas l’habitude de fréquenter ce genre de lieu à venir

On avait Carte Blanche pour ces 100 mètres carrés. On a fait une sorte d’allégeance à la grande maison bourgeoise d’à côté, une roulotte, quelque chose de provisoire avec une construction de  2,5 mètres de large sur 20 mètres de long. A l’intérieur on regarde ce qu’il y a dehors, on est dans une sorte de périscope. Le bâtiment pose aussi la question de l’art contemporain. Je reste moi-même déconcerté par ce qu’on y présente.

 

On vient de livrer un conservatoire dans le douzième arrondissement près de la gare de Lyon un contexte un peu triste et gris. On ne pouvait pas dialoguer avec. On a proposé une sorte de flacon de parfum accroché aux murs mitoyens et formant un vide au milieu avec un éclat du à la céramique. Le bâtiment change de couleur à peu près toutes les heures.

Au contraire pour le musée de Cluny à Paris, on pouvait dialoguer avec la vieille maison romaine, les fouilles des thermes et le bâtiment du XIX siècle. Une petite intervention de 400 m2 pour rendre visible le musée depuis le boulevard saint Michel et aménager l’accueil, la librairie et une salle d’exposition.

Enfin mon dernier projet fait référence à la première image présentée des hangars sur l’eau. Il s’agit de salles de conférences pour un centre de séminaires sur un lac de Picardie. Encore une histoire de reflet et de recherche de simplicité.

La demande d’architecture n’existe pas à proprement parler, c’est à nous de l’apporter, à nous d’exploiter un patrimoine en commun. D’expliquer, d’être pédagogique. Je ne me souviens pas de problème majeur parce que j’explique, parce que j’essaye d’éviter le caprice et la gratuité. Une question demeure : Pourquoi l’architecture n’est pas toujours  capable de provoquer des émotions  comme le cinéma par exemple ?

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel

Compte Rendu de la carte Blanche à Vincent Parreira le 9 Décembre 2014 « Le désir encore »

17 déc

Je dédie cette carte blanche à Stéphane Pertusier de l’agence Atelier du Pont, un des fondateurs du collectif Plan 01 qui nous a quitté avant-hier.

Ce qui m’intéresse c’est de construire, c’est notre seul support à communiquer auprès du public et des maîtres d‘ouvrage. C’est de répondre à un usage d’améliorer ce petit quotidien. Je suis très sensible à tout ce qui est beau, à l’élégance, à l’idée de donner du beau à tout le monde. J’aime travailler, triturer, plier, plisser, galber la matière, travailler l’épaisseur, la sensibilité. La noblesse du matériau c’est extrêmement important. On arrive à une expression de plus en plus minimaliste, puis l’économie nous rattrape souvent et on épure…

Je me lève le matin, je suis heureux de faire ce métier, je ne suis pas encore miné, pourtant c’est un combat du quotidien, il faut travailler constamment, essayer d’aller le plus loin possible. Notre métier a une véritable valeur, notre attitude est essentielle comme notre engagement.

Le groupe scolaire de 27 classes Casarès Doisneau à Saint Denis qui a obtenu une mention à l’équerre d’argent en 2011. C’est toujours une reconnaissance qui fait plaisir. Notre objectif c’était de réveiller et de révéler la mémoire disparue de ce site industriel en déshérence, ce grenier parisien de l’Est et du Nord de Paris, « la petite Espagne » constitué d’énormes entrepôts. Avec une réflexion autour de ce qu’il y avait dans le quartier, le repérage de spécificités et détails et la décision de préserver l’énorme cheminée.

Nous avons voulu une petite forteresse pour les enfants, avec le drapeau tricolore comme repères. Un large sas, un escalier monumental, des paliers intermédiaires généreux qui offrent des espaces entre la classe, le couloir et la cour. On peut se placer à des endroits variés, se cacher aussi, il faut créer ces espaces qui font la différence dans les usages. Se mettre à la hauteur des enfants, les faire rêver, par exemple avec une belle bibliothèque, un lieu magique pour lui donner envie de lire. Concevoir une clôture ajourée en tôle pour des jeux d’ombre sur la cour. Mettre des patères en forme de trompe d’éléphant, bref, apporter des petites attentions à l’enfant. Dommage que le mobilier dans les classes soit aussi pauvre… les catalogues sont consternants.

Cette école à 80 % à ossature bois et bardage bois présente une façade plus urbaine sur la rue du Landy et s’approprie les lettres de noblesse du bâtiment industriel. Il ne s’agit pas de le refaire, ni d’être nostalgique, mais de ne pas oublier d’où l’on vient. C’est ce qui m’importe, c’est aussi de raconter une nouvelle histoire. On a adjoint à cette vêture en bois, un soubassement en tôle et un jeu iconographique pour décorer la façade, pour donner une expression. Un gymnase complète le  groupe scolaire. On a développe la même démarche, les mêmes exigences.

Avec Antonio Virga, architecte, nous avons réfléchi à un sujet incroyable : construire 100 000 m2 de surfaces commerciales, à côté d’Angers, en périphérie de la ville, à Beaucouzé, au milieu des champs. C’est le projet ATOLL. Comment répondre à une problématique aussi violente ? Nous nous sommes dit qu’on ne devait jamais voir ce centre commercial, ou plus exactement que tout ce qui devait être vu, devait être beau et intriguant. Notre naïveté a porté ses fruits, nous avons gagné le concours parce que nous avons été des rêveurs. Aujourd’hui, on ne peut plus défigurer le paysage comme on a défiguré nos entrées de villes, construit pas cher pour vendre pas cher, c’est complétement scandaleux. Il ne fallait pas lâcher, ni se perdre dans la facilité. On a proposé un parti dans un esprit très « land art », avec un anneau, une sorte d’ellipse de 60 à 100 mètres d’épaisseur et d’un kilomètre de long à l’intérieur, avec une vêture très travaillée, une résille perforée avec des dessins en losange de douze mètres de haut, qui épouse le terrain et s’intègre dans le paysage agricole, qui se soulève pour accueillir les visiteurs, avec une sorte de parcours initiatique. Il n’y a aucune enseigne en façade. Tout se passe au cœur de l’atoll, les magasins se regardent, le parking légèrement encaissé est paysager, il n’ y a aucun stationnement extérieur à l’ellipse. On a travaillé sur l’ambiance nocturne avec un travail poussé sur la lumière, afin de donner des atmosphères différentes. Un kilomètre de promenade, cela se travaille, pour que le parcours soit agréable, pour que ce soit beau, pour créer une ambiance de rue dans quelque chose qui n’existe pas. Il faut être attentionné vis à vis du public qui vient fréquenter ce centre commercial XXL.

Je vous présente maintenant notre premier bâtiment, livré en 2003 après 7 ans d’études… Un espace jeunes de 500 m2 dans le 18 arrondissement de Paris, près de la porte de la chapelle, un bâtiment solide, avec une structure en béton, pérenne, d’un usage fréquent, identifiable et appropriable par des ados. Un bâtiment capable de supporter les aléas de la vie quotidienne, capable d’accueillir des ados perturbateurs. C’est un petit objet assez particulier, complétement doré, avec une salle commune , une salle informatique, une de danse, des espaces extérieurs qui sont à l’intérieur, des escalier de secours qui amènent à des terrasses et accueillent d’autres usages. L’ensemble est protégé par une maille inox. Il y a un jeu de surveillance mais pensé pour ne pas ressentir de contrôle exacerbé.

Un concours perdu, un centre de formation pour apprentis à Rouen puis la présentation du projet de 172 logements et commerces dans la ZAC des Batignolles avec Aires Mateus, architectes. Un processus intéressant avec la présentation à l’oral de nos intentions, le workshop et un mariage arrangé avec un promoteur.  Ce dernier a des préconcepts, du savoir-faire, il faut s‘accorder, c’est toujours un peu compliqué. On voulait de la légèreté, retrouver une architecture très minimaliste, sans esbroufe. Ce qui est dessiné, on sait combien cela coûte. Nous avons recherché les ingrédients de l’habitat haussmannien, cette écriture avec une grande hauteur sous plafond, beaucoup de fenêtres, de petits balcons, de grands espaces pour l’entrée. Sur un terrain restreint, nous avons exploré plusieurs partis pour opter pour deux bâtiments presque jumeaux qui se font front, avec de petites maisons sur le toit, des balcons périphériques et une coursive.  Le projet est au stade du permis de construire.

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin Genel

Compte rendu de la Carte Blanche spéciale architect@work du 9 Octobre 2014 à XTU, « Mesure, sur-mesure, démesure »

14 oct

Pourquoi X -TU ? 

C’est une référence au x de l’équation mathématique et au site, trois lettres pour une agence évocatrice d’une architecture audacieuse, fondée par Anouck Legendre et Nicolas Desmazières, qui consacre du temps à des recherches originales.

Anouck Legendre a proposé d’abord un passage en revue de leurs  projets culturels.

Première oeuvre importante, le musée de la préhistoire en Corée du Sud. L’agence s’inscrit à un concours international, propose une étonnante bulle de mercure contemporaine et remporte le concours.  Ils l ‘édifient en tenant compte des caractéristiques locales et d’une démarche feng shui et en s’appuyant sur des outils numériques pour élaborer une façade courbe.

Une démarche proche est mise en œuvre pour le musée des civilisations de la Réunion. Les architectes partent des flux, de la ventilation naturelle, et prônent le métissage entre les cultures et l’idée de trouver localement les ressources pour limiter les importations, de tenir compte du contexte de l’île. Résultat : Un bâtiment à la fois high-tech et traditionnel, avec un spectaculaire plafond tissé en 3D.

Un concours perdu, le musée des Beaux Arts de Reims, puis le musée international du vin à Bordeaux, dédié à l’élément liquide et aux valeurs culturelles et universelles du vin. Il évoque un goûteur de vin qui fait tourner le vin dans son verre. En cours de construction, sa façade sera revêtue d’une peau de verre et de métal avec des sérigraphies et des  reflets dorés, « un travail de robe ». Là encore, le dessin sophistiqué aux formes toutes en courbe peut se réaliser grâce aux outils numériques. La charpente en bois (car il n’y a pas de bon vin sans bois) est un travail d’horlogerie avec ses 400 pièces différentes.

Le plus petit projet de X-TU, (65 m2) est une chocolaterie, place de la Madeleine à Paris, et le client, un sculpteur de chocolat. Ici c’est une bulle en référence à l’univers olfactif du chocolat, un écrin paré de 5000 tubes métalliques, un projet conçu avec l’aide de l’imprimante 3D de l’agence.

Pour le pavillon de la France de l’Exposition Universelle de Milan 2015, dont le thème est l’alimentation, l’enjeu est de se démarquer au milieu de 100 projets qui sortent du lot, de donner une image de la France. Pour rendre le « terroir » X-TU adopte une démarche sensitive, réinterprétant montagnes, vallées et frontières dessinant qui forment les façades, avec  une scénographie inédite au plafond pour faciliter les flux de visiteurs.

Pour ce projet entre ville et campagne d’un centre culturel et commercial de 160 000 m2 qui doit accueillir plus de 15 millions de visiteurs par an, le parti découle d’une analyse des flux. Les architectes ont  tissé une peau qui va serpenter dans le paysage et restituer la valeur du sol sur un le toit. Un grand projet d ‘agriculture urbaine en collaboration avec AgroParisTech.

 

Une agence même dynamique connaît des temps morts : une occasion pour développer des projets prospectifs. Anouck Legendre, issue d’une famille d’agronomes, entame des recherches transversales à partir des grandes problématiques environnementales. Elle se penche sur l’agriculture urbaine et les biotechnologies. L’agence imagine X SEA TU une ville dense sur l’eau, de la taille de La Défense. Elle explore l’énergie dépollueuse et la biochimie. Les constructions en béton laissent pousser la végétation sur leurs façades, quand les bâtiments tertiaires sont revêtus de tubes enserrant des micro-algues. Ces dernières produisent de l’énergie et des éléments utiles pour l’alimentation, la cosmétique et la pharmacie. Ces bio-façades actives et productives font l’objet de brevets dans un  partenariat inhabituel avec des scientifiques.

D’autres projets suivent avec toujours l’idée de libérer la ville d’un certain nombre de contraintes, de travailler l’autarcie et l’autosuffisance et d’habiter des endroits improbables : cité sur l’eau, ville dans le Sahara, et même pour conclure une cité céleste dans l’espace.

De l’invention et de l’innovation, des expérimentations permanentes, des travaux sur l’elysua clorotica et autres bactéries, des bio-façades « usines  verticales à micro-algues » … Rien, décidément,  n’arrête X-TU !

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin-Genel

Compte-rendu de la carte blanche à Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé le 3 Juin 2014 « Le visible et l’indicible »

3 juin

La vidéo de la carte blanche à Aldric Beckmann et Françoise N’Thépé du 3 Juin 2014 « Le visible et l’indicible » est disponible sur le site du Moniteur

Comment aborder cette carte blanche ? Parler technique, faire une description exhaustive de nos projets ou partir sur nos façons de travailler ? Nous avons choisi de faire un glossaire, une recherche sémantique illustrée par quelques projets.

Le premier mot qui caractérise notre travail c’est « dichotomie » en duo, ( la division d’un concept en deux concepts contraires couvrant l’étendue d’un concept).

Le visible, c’est ce qui est perçu par la vue, une notion importante, tous les jours, c’est la façon dont on perçoit un lieu mais aussi la visibilité d’un projet , et pas seulement son image, l’émotion apportée.

Notre première confrontation au logement, au vivre ensemble, c’est la réalisation dans la ZAC Masséna dessinée par C. de Portzamparc en 2007. Le parti c’est de fractionner les volumes pour faire bénéficier chaque logement d’une qualité de plan assez nouvelle, sans couloir central, avec de multiples expositions. De libérer des espaces communs dédiés aux habitants. C’est aussi l’idée de ne pas ressembler à du logement, avec du béton coulé sur place et teinté par deux niveaux.  C’est un travail collectif qui a rencontré un certain écho. Notre plus belle récompense c’est le blog créé par les habitants qui relatait leurs émotions au moment de leur emménagement.

7 ans après, on est mis en danger, on nous demande toujours plus de compacité, on régresse, on a de plus en plus de mal à aller vers l’autre, à faire de la qualité. C’est dur de se réveiller le matin et de se dire qu’on va mal faire son boulot…

L’indicible, c’est ce qui ne peut être traduit par des mots. Quand on fait un projet, qu’on le dessine, il y a des choses qui nous échappent. Les projets se construisent quelquefois de faon intuitive,  nous n’avons pas peur de cela, nous l’assumons. Il faut se rendre compte  que dans chaque projet, il y a aussi des choses qu’on ne voit pas. Une illustration avec cette crèche à Paris près du canal Saint Martin : nous avons dessiné le « volume capable » autorisé par le POS de l’époque et coloré en bleu. C’est une modélisation liée aux règlements, la crèche en découle naturellement avec un maximum d’espace pour les utilisateurs.

Les deuxièmes mots que nous avons choisis sont « représentation » et « franc tireur ». La question actuelle, c’est comment on représente un projet ? On travaille pour les autres, notre devoir c’est de créer des usages, des émotions, de donner du sens. Nous ne travaillons jamais seuls nous nous nourrissons d’autres travaux d’artistes notamment.

En 2005 on a gagné le concours pour le Zoo de Vincennes, pour nous, la culture partagée autour de ce zoo restait le faux rocher. Nous avons enlevé tous les signes d’architecture qui s’étaient accumulés et sommes reparti du faux rocher en l’étendant, en y insérant des équipements, en le couvrant de végétation, en le transformant par endroit en serre. Pour nous le visiteur va voir l’animal et non le contraire. Ce projet devenu entre temps un Partenariat Public Privé nous a échappé, nous avons été évincé. C’est une grosse déception quand on voit le résultat actuel avec son prix d’entrée à 24 euros…

Mais nous avons été invités à concourir pour d’autres zoos, à Helsinki en 2008 sur un site de 24 hectares, le double de Vincennes. Sur cette île nous proposons de concentrer l’architecture en un seul endroit, et toujours d’inviter le visiteur chez l’animal en perturbant cette notion d’enclos. Hélas, en 2009 le projet est abandonné.

Puis la ville de Saint Petersburg nous invite sur un concours international pour un zoo sur 400 hectares. Nous remportons la consultation avant de nous apercevoir que nous n’étions pas les bienvenus dans un système crapuleux… Nous nous étions inspirés des bulles et des sphères de Peter Sloterdijk, et nous avions cherché à nous immerger totalement dans le biotope.

« Franc Tireur » est un mot auquel nous croyons. Nous aimons notre indépendance d’esprit et nous avons la chance de ne pas être étiqueté. C’est quelque chose auquel on tient, comme Kant nous voulons penser par nous même, « penser en accord avec soi-même, , penser en se mettant à la place de tout autre », faire en sorte que les gens y croient. Aujourd’hui, certains viennent nous chercher, c’est plutôt flatteur.

Ainsi à New York, le groupe LVMH nous a demandé un projet pour une nouvelle marque. A New York le luxe c’est le vide. Nous avons détruit une partie de la tour pour insérer, entre ciel et terre, le programme avec ses bars, restaurants, résidence d’artistes et musée. Un projet non retenu.

 

Autres mots de notre glossaire : crise et action

La crise c’est la rupture d’équilibre. C’est la façon de réagir, l’idée qu’il faut toujours avancer, se faufiler dans « ces temps sauvages et incertains » (titre d’un ouvrage de Patrice Goulet) , la volonté de rester soi-même et peut être qu’on revient en temps de crise vers les bases de son éducation (la peinture pour Aldric) mais aussi l’engagement dans une série d’actions  à l’agence pour continuer à réfléchir, à tenir notre rôle, malgré la crise.

Quelques exemples : la fausse plaquette lors de la polémique sur la fin de l’Hôtel Dieu, qui transforme l’île de la Cité, notamment la préfecture de police,  en hôtel de grand luxe et centre commercial chic. Cela a fait la une du Figaro ! Les journalistes étaient furieux de se faire avoir.

Nous avons également conçu une fausse fondation pour une fausse entreprise, inventée de toute pièce, à la manière d’un cadavre exquis en faisant un collage à partir de morceaux d’architecture muséale célèbre.

Avec le mouvement French Touch, nous avons monté une maison d’édition et publions un annuel « optimiste » pour montrer ce qui se passe de bien chaque année. On soutient aussi des artistes, on fait des scénographies, des projets sur la base du volontariat.

Derniers mots : histoire naturelle et positionnement

L’architecture répond à l’idée d’environnement, c’est une chose assez simple. Nous ne sommes pas des fervents de l’écologie, nous la prenons en compte, nous essayons de faire au mieux, cela doit rester une démarche naturelle. A la limite, on ne devrait même pas en parler.

Illustration avec la bibliothèque de Marne la vallée. Un énorme monolithe suspendu qui flotte, un travail sur la façade, une peau vivante avec moisissure, mousses et végétation fabriquée in situ,  une architecture simplement dessinée, avec l’idée de mettre en place cette non échelle, ce grand volume abstrait qui va évoluer avec le temps. A l’intérieur, tout est blanc. On garde un lien avec le monde qui nous entoure de façon très douce. C’est un bâtiment certifié et cela nous a demandé beaucoup d’énergie.

Le positionnement, c’est devoir manipuler des mots, des notions, des volumes, un  travail de justesse pour proposer la réponse la plus juste sur la position d’un bâtiment, son rapport aux autres, par rapport aux vues, à la lumière. Il faut faire respirer l’architecture. Quelques projets pour illustrer ces préoccupations, à Evry un ensemble de logements en îlot ouvert. A Rennes, avec  la construction de logements étudiants dans une tour monolithe et un grand parking agrémenté de grands tiroirs dorés qui font office de jardinières.

On travaille aussi à l’étranger. A Berlin avec un projet pour densifier la Karl Marx Allee (125 mètres de large) et une exploration de la mixité et des partages possibles pour habiter et travailler différemment.  A Vienne en Autriche avec le concours pour 240 logements sur d’anciens studios de cinéma. Nous avons joué avec l’échelle et cherché un rapport assez doux avec le voisinage, avec des espaces collectifs soignés.

Beckmann et N’Thépé forment un duo étonnant, naviguant entre une démarche très intellectuelle et une architecture solide, intuitive et innovante. Ce qui les caractérise le plus reste peut être cette curiosité sans limite qui nourrit leur travail comme leur générosité à partager leurs questionnements et leur démarche.

Vidéo de la Carte Blanche « I » comme Innovation: BIM BAM BOUM, la révolution du BIM

13 mai