Dossier de presse 2009

ARCHINOV en partenariat avec le CSTB : « vers une architecture de bio-logiques »

A l’ère de l’effet de serre, la nécessité de préserver les ressources vitales de notre planète nous contraint à définir de nouvelles réponses. Quels sont les enjeux, les sources d’inspiration, les nouvelles formes, les nouvelles techniques ? Quels sont les grands axes de réflexion, les différents courants, les grands changements qui nous mèneront « vers une architecture de bio-logiques » ?

Pour répondre à ces interrogations, nous avons donné « carte blanche » à de grands concepteurs qui nous ont aidé à saisir les mutations actuelles.

Cycle de « Cartes Blanches au féminin »

  • Mardi 4 juin Corinne Vezzoni
« Vers une architecture à la rencontre du lieu »

Oui notre agence se situe dans la Cité radieuse de Le Corbusier, un site fort, un emblème de Marseille qui par ailleurs a ruiné l’architecture de son histoire, efface son passé et toutes traces.

Pourtant je ne peux pas dire que je me revendique dans la lignée des modernes. J’ai un lien avec la ville et avec la Méditerranée très fort. Marseille est une ville ouverte sur l’horizon, sur la mer, une moitié de ville en balcon, en quelque sorte. C’est un support à l’imaginaire.
Nous sommes des architectes méditerranéens dans ce rapport à la pente et au sol. Ici, à Marseille, le site écrase tout.

Qu’est-ce que le sol, qu’est-ce que l’appartenance à la matière ?

Je ne sais pas si je vais parler de développement durable. On a fait du mal à la terre, il y a beaucoup de culpabilisation. Si on est dans une attitude contritionnelle, on n’y arrivera pas. Il faut y prendre du plaisir et du bonheur.

Mon travail c’est comment dialoguer avec la pente, avec le territoire ? Qu’est-ce qu’on fait ? C’est la question du lieu. Il y a eu des traces avant nous, il faut les chercher, trouver les indices. La réponse sera là et pas ailleurs, ou comme le disait louis Kahn « ce qui sera a toujours été » C’est aussi de réfléchir à l’usage.

On ne fait que des concours publics, et à chaque fois, nous proposons d’autres usages complémentaires à l’usage premier d’un équipement, des ouvertures pour offrir des temps et des activités différentes à d’autres.

Je vais vous présenter une première série de projets dans une partie que j’ai appelé « Homomorphie » à l’image de cet animal qui prend la forme de son support mais parfois conserve sa couleur. Comment essayer de se lover dans des sites sensibles et fragiles, de rester en demi teintes, et que le projet soit le faire valoir du lieu.

Lycée HQE 1999 à Vence.

Tout l’enjeu se trouve entre la taille du lycée et la taille du tissu médiéval, comment éviter d’avoir un éléphant dans un magasin de porcelaine…

Comment rester au diapason du lieu, en s’appuyant sur les traces existantes, les restanques, (terrasses,) les cheminements, la forêt, la nature.

L’idée ici c’est de ne pas consommer de terrain que les riverains conservent la même vue. Chaque toit sert à un usage (cour, jardin) ou accueille les logements de fonction. Le bâtiment se fond littéralement dans le paysage. Les circulations sont couvertes mais ouvertes pour favoriser la ventilation naturelle.

SUPMECA école d’ingénieurs à Toulon

Toulon, dans un site massacré par les hangars des entrées de ville, l’autoroute etc. Nous avons gagné ce concours pour créer un pôle d’excellence universitaire sur un des derniers espaces naturels de la ville. Là encore c’est un travail sur la pente, on se met en partie haute pour avoir des échappées visuelles sur le mont d’en face et on ne touche pas à l’espace végétal. On respecte les cheminements empruntés déjà par les étudiants. On inverse l’usage en plaçant des activités sur le toit et on constitue une façade homogène qu’on voit depuis l’autoroute.

Un autre exemple, le lycée à énergie positive de Marseille

L’enjeu c’est comment évacuer la chaleur ? Comment ne pas fabriquer une bouteille thermos ? Un terrain vallonné avec l’église St Mitre, un village rue, de la campagne. Il s’agit de tisser un lien visuel entre la partie haute de la ville et la partie basse des lotissements. On a scindé le lycée en trois parties, le gymnase par exemple comporte une entrée basse qui dessert au lycée, mais il est utilisé aussi le week end par les habitants avec un accès en partie haute. Sa toiture terrasse accueille des activités sociales liées à l’église. Elle est dans le prolongement du parvis, à la même hauteur. L’accès du lycée est lui dans l’axe de l’église. On a canalisé l’eau qui coulait dans le terrain pour la réutiliser.

Un concours perdu une école internationale pour ITER à Manosque. On voulait mettre en valeur le site et le mont d’Or qui domine la ville, on s’est inspiré du Land Art, qui sculpte le végétal pour donner un signe depuis le ciel, depuis le mont, et on a proposé l’image d’une main. Dans chaque doigt il y a une école maternelle, primaire etc. cette main symbolisait le travail et les échanges des chercheurs de différentes nationalités qui venaient s’installer ici.

Dans la deuxième partie de mon exposé, que j’ai appelé « Homochromie», en référence à non pas l’adaptation à une forme, mais à la coloration d’un lieu, je voudrais vous présenter des projets qui, au contraire, s’affrontent au site pour amplifier le paysage.

Les archives départementales des Bouches du Rhône et la bibliothèque de prêt à Marseille, dans le quartier d’Euroméditerranée. Au sein de l’arrière port, un lieu de hangars dont la reconquête a été entreprise en 2000.

Nous avons gagné le concours parce que nous avions couplé les deux programmes dans un seul bâtiment.

Le site est très particulier avec l’autoroute qui passe sur un viaduc. On décide de s’implanter sur l’axe historique nord sud et de s’élever au maximum. Il y a une église désaffectée à côté et on se bat pour la conserver et lui redonner des usages sociaux car il ne reste plus aucune mémoire du quartier. On fait un plan masse en damier en dégageant un parvis devant l’église et un jardin public du côté d’un quartier, qui n’avait pas d’espaces verts. Ce plan en damier sera repris d’ailleurs pour la suite de l’aménagement de cette zone.

Le couplage du programme nous a permis de mettre en scène côté autoroute (sur la façade ouest, la pire avec le soleil, le mistral et le bruit) le bâtiment de stockage qui abrite 75 km d’archivage. Il est un peu à l’image des containers voisins du port et rouge comme eux. Toute la mémoire du département se trouve là. Il est encadré par des façades orthogonales (imposées) qui ménagent des échappées vues par les automobilistes et offrent des textures différentes du rugueux au lisse. On ne voulait pas tout donner à voir, c’est très important dans notre travail, les références aux vues, la lumière. Les archives sont donc dans une construction totalement fermée, une boite thermos pour maintenir la même température et éviter les vols. Ce stockage sert d’espace tampon pour la partie « chercheurs » et la bibliothèque qui se situent sur la façade Nord. C’est quelque chose d’assez radical dans sa lecture, par contre, le travail est plus souple à l’intérieur, côté salles de lecture : On a voulu éliminer tous les objets sur les tables et encastré les ordinateurs. On a gardé la même pierre à l’intérieur, y compris pour le mobilier, simplement elle est plus lisse.

Corinne Vezzoni nous a parlé aussi du musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille, avec une inspiration puisée dans le travail de l’artiste basque Chillida, du concours perdu des Archives du quai d’Orsay à la Courneuve où elle a proposé de faire référence à la ville et à la brique et de faire dialoguer l’ensemble, mais le maire ne voulait plus de cette brique et souhaitait au contraire tourner la page, et enfin du concours gagné puis annulé de la réhabilitation et de l’extension du palais des Festivals à Cannes.

Homomorphie ou homochromie, l’architecte travaille de la même manière, principalement en maquette, au début, à partir d’une analyse très fine du site, et des vues autour et aux alentours. Elle est toujours à la recherche d’indices et de traces qui vont guider l’élaboration de son projet. Elle cherche à maintenir un lien avec les anciens qui occupaient et travaillaient ce territoire, avec les riverains (pour elle ses constructions ne doivent pas les priver de la vue dont ils bénéficiaient) avec les habitants, avec les automobilistes qui ne font qu’apercevoir le projet. Et selon le site elle choisira de s’y fondre ou au contraire de l’affronter mais toujours dans un fin dialogue et un profond respect pour l’environnement. Surtout, elle interroge le programme et réfléchit à l’usage, aux autres usages possibles, pour apporter un peu plus que ce qui était demandé, (un jardin accessible aux riverains, un équipement scolaire utilisable aussi par les habitants) avec un soin particulier aux liaisons visuelles ou réelles (cheminements), aux vues (sur son bâtiment ou depuis l’intérieur). Le résultat est une architecture simple et naturelle. Evidente.

  • Mardi 7 avril Nasrine Seraji
« Vers une architecture de l’environnement bien tempéré »

Je ne suis pas une guerrière ni une militante, plutôt une « cherchante » : Je suis quelqu’un qui réfléchit sur l’architecture, avec l’architecture, dans l’architecture, vers l’architecture…. Etre une femme a été à la fois un atout et un handicap. Pour pouvoir exercer en tant que femme, il faut avoir sa liberté intellectuelle et financière, sa « chambre à soi » comme disait Virginia Woolf mais c’est valable aussi pour un homme. Par contre, les différences de salaire et de statut entre homme et femme sont une réalité, et c’est une question politique, une question de société.

Je ne vais pas parler de « mon » architecture mais de « notre « architecture, celle produite à l’atelier, à plusieurs. J’emprunte le titre de ma conférence à Reyner Banham qui a écrit en 1969, 45 ans après le fameux « Vers une architecture » de Le Corbusier, un livre fondamental, The Architecture of Well-Tempered Environnement, hélas jamais traduit en français, qui traite de l’architecture bien tempérée, c’est-à-dire maîtrisée. A l’époque personne n’envisageait les choses comme cela.

A partir des années 90, l’architecture s’intéresse à l’information, à l’informe, à la forme, les discours changent, on entre dans l’environnement instable. La géométrie se complexifie, elle n’est plus euclidienne, et donne la possibilité de voir l’art de construire autrement. A la fin de l’été 2005, on se réveille avec les inondations de la Nouvelle Orléans et on se repose une série de questions qu’on avait mise en veille depuis les années 60. La crise donne une dilatation, un nouvel espace pour pouvoir travailler.

Il est toujours intéressant de regarder d’autres références comme ce tableau de Andréa Mantagna du XV siècle, la mort de la Vierge pour déplacer son regard, trouver une élasticité réflexive, une autre position, faire des allers et retours dans l’imaginaire.

Qu’est-ce que cela veut dire la durabilité ? Le développement durable c’est une réflexion sur la densification. Qu’est-ce que les tours nous apportent sur ce sujet ? On peut comparer les hauteurs, les formes. Il faut arriver à fabriquer un projet complexe dans une capacité globale, la densité c’est le débat d’aujourd’hui avec la question de la hauteur, du PLU pour quelle ville ? Il faut se poser les bonnes questions, être critique c’est-à-dire pouvoir regarder d’un autre angle, écouter d’une autre oreille, savoir changer de direction.

Quel vert ?

Quel vert est durable ?

Quelle durabilité ?

On est dans une période de crise de la pensée politique. Et le « vert » c’est essentiellement une question politique. Il faut repenser les choses, éviter le politiquement correct. Aujourd’hui la plupart de nos projets se résument à une surface verte, ou à une pensée dans une surface verte, ou encore à remplir des cibles. L’isolation par l’extérieur par exemple nous oblige à repenser le calcul des surfaces (Surface habitable et SHON) ou les réglementations sur le % de surface vitrée. A sortir de conventions ou de ratios réglementaires. On est dans la confusion.

L’étape nécessaire maintenant c’est le questionnement et la réflexion. On voit beaucoup de choses grâce à google earth, des choses assez banales, assez rigolotes et en même temps assez graves comme à Dubai avec son extension sur la mer et ailleurs.

Regardons aussi comment les autres regardent : Glenn Murcutt, par exemple, comment lui regarde. Il mène un travail de mise en abîme. Comment protéger des pommiers de la grêle ? Comment on protège quelque chose ? Comment voir autrement la toiture ? Dans cette maison la toiture protège et déverse l’eau dans un container. L’architecture n’est pas une forme pour la forme, mais une forme raisonnée qui va au-delà de la pédagogie du raisonnement. C’est le souci du détail, la capacité de changer d’échelle.

Pour revenir à la Nouvelle Orléans, Brad Pitt invite une série d’architectes à dessiner la maison de l’urgence. Elle comporte des panneaux photovoltaïques mais reproduit exactement le mode de vie américain, avec son barbecue, sans réflexion. Il y a là une dichotomie, une aberration, un oxymore.

Il faut sortir du moralisme du développement durable et pratiquer d’autres façons de regarder le monde. On raisonne en plan masse mais le plan masse ne suffit pas. Pour un projet chinois, une ville de la taille de Paris, on arrête de regarder en plan, on regarde en coupe : ce qui existait avant, ce qui peut exister plus tard, avec les saisons, le climat. On pense une série de programmation basée sur les capacités de cette géographie particulière.

A Vichy sur les rives de l’Allier un autre projet pour inventer un paysage autonome structurant le nouveau quartier du stade D’Aragon. L’enjeu c’est : Regarder le potentiel, récupérer ce qui a été perdu dans les années 60 et réinventer la géographie du site. Comment créer un paysage artificiel, utile, alors qu’on ne sait pas si la municipalité pourra financer son programme de 2000 logements ? En réintroduisant de la lenteur, des évolutions, des programmations différentes. Il s’agit de donner une autre temporalité à ce quartier, on démolira le stade ou on le gardera. On ne sait pas.

A Lyon sur un gros programme de logements suite à la démolition d’une barre on s’est appuyé sur le site, sur l’emprise des bâtiments existants, dans la continuité, on a gardé la même densité perçue très différemment.

Dernier projet celui de la RATP boulevard Jourdan avec une programmation mixte. On a réfléchi sur la ville dense. Comment une architecture peut se façonner par une série de contraintes et de regards sur ces contraintes. On a étudié les possibilités de l’ensoleillement, exploré, tâtonné, testé. Je ne sais pas comment faire les façades, c’est toujours un cauchemar pour moi. On essaye de raisonner, pour ne pas être obligé de composer et elles arrivent. On passe par l’expérimentation, on se demande comment vivre à l’intérieur 180 logements c’est une grosse communauté, comment vivre dans la cour située au troisième étage privée et à la fois publique.

Comment être THPE (label qui se calcule par des chiffres) et avoir une traduction en architecture qui va au-delà des chiffres et ait des capacités sensuelles et environnementales, qui répond aux usages ?

Pour se donner les conditions de « réinventer », Nasrine Seraji porte un regard neuf sur chaque site, sur chaque projet, le questionne, s’interroge sans cesse et regarde autrement la ville et l’urbanisme, dans une démarche singulière ouverte sur plusieurs champs et de nouvelles références.

  • Mardi 3 février Hélène Jourda
« Vers une architecture citoyenne »

Depuis ma première carte blanche ici même, il y a dix ans, j’ai beaucoup évolué. Je suis architecte et j’ai la chance de ne faire que des projets développement durable, BBC, etc. c’est-à-dire de travailler dans mon domaine depuis toujours. J’ai une société EO.CITE qui réalise des cahiers des charges pour des éco-quartiers, des bilans, du conseil, etc. Et je suis enseignante à Vienne, je dirige un département sur architecture et développement durable, avec des contrats de recherches

Je parle beaucoup, je suis une militante du Développement Durable.

Mes convictions sont qu’il faut penser aux générations futures et préserver les ressources du sol, de l’air, de l’eau, des matériaux et bien sûr, mais en dernier, l’énergie

Il faut également penser à l’énergie grise, et privilégier le réutilisable ou sinon le recyclable.

Je suis une femme heureuse, très heureuse parce que les sujets sur lesquels je me battais depuis trente ans sont enfin devenus de sujets honorables, voire à la mode :

Au début des années 80 on travaillait dans une grande économie de moyens, c’était l’éoque de la chasse au gaspi, on était conscient des problèmes d’énergie et d’écologie

Puis il y a eu un tournant avec les grands chantiers du président, l’architecture prend un A majuscule, on construit de futurs monuments, on en oublie l’usage, pour qui et pour quoi on construit…

A cette époque, pour l’école d’architecture de Lyon, on a réalisé la première façade double peau avec l’idée de transférer l’air chaud d’une façade à l’autre. Elle n’a pas bien fonctionné mais j’en tire comme enseignement qu’il faut essayer à tout prix…

On a continué notre chemin avec des maisons en pisé, en brique, des maisons démontables, avec des éléments préfabriqués. A chaque fois, on teste, on expérimente.

Une vie professionnelle est faite de haut et de bas : dans les années 80/90 on avait une véritable difficulté à se faire entendre des maîtres d’ouvrage. Cela passait si on soignait notre discours en parlant par exemple, à propos de toiture végétale, de cinquième façade verte mais en laissant de côté les arguments purement écologiques. C’était un discours assez schizophrène. Aujourd’hui on peut parler, discuter. Dans ma pratique, ma responsabilité c’est de proposer à un maître d’ouvrage tout ce qu’il y a de mieux par rapport aux enjeux environnementaux, après il choisit, il accepte ou non, selon son budget, parce que évidemment il y a un surcoût. On négocie, on cherche un compromis.

Le retard français

En France, nous avons 18 ans de retard, je le mesure par rapport au centre de Herne Sodingen qui demeure un projet inégalé dans ses ambitions. Or, j’ai gagné l’année dernière en France un projet qui a les mêmes ambitions. Voilà, comment je calcule notre retard.

Mais on a une force en France avec notre caractère du « tout ou rien» et notre centralisation : On peut tout à fait rattraper notre retard. N’oublions pas que le Grenelle c’est inouï et totalement impensable dans n’importe quel autre pays. La prise de conscience a eu lieu, on peut désormais imposer, obliger, si on continue comme on est parti, on pourra prendre le leadership en Europe.

Je travaille avec les allemands et les différences culturelles sont énormes. La relation maître d’ouvrage/architecte est très difficile, surtout pour une femme, en Allemagne. Les allemands sont très en avance sur l’énergie mais sur les matériaux par exemple on a cheminé ensemble.

Les priorités du DD ne sont pas les mêmes. Sur le projet de Herne Sodingen, par exemple, l’enjeu était de construire la grande serre le plus vite possible pour que les ouvriers travaillent ensuite à l’abri. L’autre souci était de ne pas supprimer d’emplois dans les alentours par des systèmes automatiques (les carreaux ne sont pas nettoyés par des machines mais par des agents d’entretien)

Les charpentiers et moi

J’ai un amour immodéré du bois, il y a d’ailleurs plus de femmes dans la filière bois que dans la filière béton, le bois sent bon, il est doux, il est magique en terme de DD et puis il y a les charpentiers qui sont des gens exceptionnels qui savent vous parler. Charpentiers mais aussi menuisiers, acteurs de la filière sèche, ce sont des gens formidables qui vous comprennent. Si je le pouvais je ne ferais que des bâtiments en bois….

Je ne sais pas à quoi vont ressembler mes bâtiments quand je les dessine, je m’interdis de savoir, le bâtiment est le résultat de ma pensée et cette pensée s’élabore tout au long du projet, je n’ai pas d’idée à priori. Au départ mon bâtiment est laid après il devient beau : la beauté c’est le sens. Je suis mal à l’aise avec les concours, c’est un drame pour moi, je ne peux pas présenter des images du projet puisque le travail n’est pas fait, alors je montre des illustrations, mais pas des images du projet.

Je pense qu’il faut construire des bâtiments « biodégradables », anticiper des usages et des vies différentes et multiples. C’est pour cette raison que je suis contre la propriété artistique (pas pendant l’élaboration et la réalisation du projet bien sûr) mais après la livraison d’un bâtiment, il faut qu’il appartienne à tous, qu’on puisse le faire vivre, le modifier, l’adapter à de nouvelles problématiques. Il n’appartient pas à l’architecte : Quand on fait un cadeau on ne le reprend pas. Il faut toujours penser aux changements d’usage, je plaide pour des bâtiments pas trop épais de bureaux, 16 mètres ca va après on ne peut pas les reconvertir en logement si on a besoin.

Des bureaux à énergie zéro à Saint Denis

Le chantier du bâtiment énergie zéro à saint Denis va démarrer en mars. Il s’agit de bureau en blanc avec une maîtrise d’ouvrage privée et donc, une vraie problématique économique. Le commanditaire est sensible à la valeur patrimoniale. Je pense qu’on ne reculera plus par rapport aux enjeux et au Grenelle de l’environnement, la prise de conscience est là. On a été confronté au problème de la compacité pour minimiser les déperditions. On nous demandait aussi une référence à l’urbain, « un geste quoi, un peu d’architecture, madame Jourda ! ». On a travaillé sur l’enveloppe en dessinant des façades non pas verticales mais légèrement inclinées pour rejoindre les points de gabarit imposés.

Est-ce que les préoccupations environnementales et le souci de limiter les besoins briment la création, je ne le pense pas, non il faut penser autrement, explorer d’autres façons de faire. Bien sûr l’architecture explosée, les formes désarticulées c’est fini, le problème, c’est la compacité, tout est à réinventer à partir de là. Elle n’est pas évidente, pour le logement par exemple c’est difficile, il faut aussi faire des logements plus petits mais avec toutes les pièces parce que ça coûte cher, l’espace c’est bien, mais c’est du luxe. Dans ce projet, on a fait des balcons comme des passerelles suspendues pour éviter ponts thermiques, il faut innover en permanence.

Le sujet du développement durable est une grande chance pour les architectes qui doivent être des acteurs du développement et des citoyens encore plus responsables que les autres.

Le rapport Borloo

J’ai trouvé un interlocuteur attentif et engagé. Le premier rendez-vous, je suis restée 1 H 30 et je lui ai parlé d’énergie grise. Le problème n’est pas seulement l’énergie : tout le monde est convaincu par son expérience et son porte monnaie, de la nécessité d’agir. Les ressources sont de plus en plus rares tout le monde le sait. Il est urgent de se pencher aussi sur l’énergie grise, celle contenu dans ce qu’on importe, consomme, construit

Par exemple le Maroc exporte son sable et son eau. Du moins celle contenue et nécessaire (en grande quantité) pour la production des fraises et des tomates exportées.
Les labels, les certifications multiples, je ne suis pas contre une évaluation mais actuellement c’est le bazar.

La démarche HQE c’est un outil qui a été particulièrement utile à ses débuts maintenant il faut aller plus loin. Elle ne valorise pas ceux qui font mieux. Il y a urgence à concevoir une véritable grille d’évaluation pour mesurer l’impact environnemental, l’empreinte écologique et sanitaire et pas uniquement l’efficacité énergétique.

On vient de gagner avec Philippe Madec un gros projet au Maroc qui a obtenu le soutien de WWF et Greenpeace. C’est un projet extrêmement ambitieux sur le plan énergétique avec l’idée d’être totalement autonome grâce aux énergies renouvelables et à des systèmes de pompage de l’eau avec de l’énergie solaire et éolienne pour fabriquer de l’électricité la nuit, quand on a besoin. J’espère qu’on arrivera à le faire.

La halle Pajol à Paris est aussi un projet très innovant et ambitieux en bois, totalement en bois. On ne pourra peut être pas tout faire mais au moins on aura essayé. On vise la RT 2005 moins 78 %. Et si on est encore meilleure on sera à énergie positive.

Le vrai enjeu bien sûr c’est la rénovation, qui représente 96 % du parc bâti. Dans le rapport Borloo je plaide pour un ravalement thermique, mais personnellement je ne fais pas de rénovation.

Il faut réfléchir à la valeur des bâtiments qu’on possède, on veut trop souvent démolir. On part de l’idée que la rénovation doit être moins chère que la construction. Mais pour une rénovation de qualité, il faut dépenser autant que pour une construction neuve et de toute façon, on aura économisé le prix de la démolition.

Je suis clairement contre les tours de grande hauteur et pour une ville dense, mixte et flexible. On ne sait pas faire des tours à 40 ou 50 kwh/an/m2. Les tours sont coûteuses en matériaux et en maintenance. Deux vigiles, en bas, qui surveillent l’accès unique à une tour, ça me pose des problèmes. On dit qu’on met des espaces publics tous les x étages et on occulte ce contrôle. C’est assez contradictoire.

Il faut arrêter de vouloir faire des bâtiments mieux qu’hier et mieux que demain, et rester humble. Je plaide pour une nécessaire culture du doute…