Dossier de presse 2010

« CYCLE AMBIANCES ET DENSITES URBAINES »

  • Mardi 6 Avril 2010 Christian Devillers
Les échelles du développement durable en urbanisme : « du territoire au bâtiment »

Depuis la fin du XIX siècle, la division du travail s’accentue et il manque de la transversalité. C’est le projet qui permet cette nécessaire transversalité. Le projet, ce n’est pas une inspiration d’artiste, ni un geste souverain, c’est justement rétablir de la transversalité entre des logiques sectorielles pour faire des espaces habitables et du développement durable.

Le projet de Reims

Qu’est-ce qu’un territoire ? Une ville et ses neuf villes voisines, une métropole en devenir qui comprend un million d’habitants. Mais seulement la moitié habite en ville ou dans la banlieue proche et l’autre moitié habite dans les zones plus rurales. Et on oublie toujours la moitié de la population qui est loin de tout, des infrastructures et des équipements.

En effet, la question de la proximité est centrale. La ville s’organise autour de polarités dans lesquelles on compte 15 minutes à pied, 10 minutes à vélo pour accéder aux services quotidiens, il faut renforcer cette proximité partout. La mobilité est devenue un droit, et on observe qu’à chacune de ces échelles de proximité s’associe des échelles de mobilité qu’on mesure en temps. On a travaillé sur des coulées vertes, une armature verte qui manquait dans cette ville.

De même, on a réfléchit aussi à la production d’énergie pour passer de 5 % à 50 % en 2050 en énergies renouvelables, (géothermie, biomasse, chaufferie bois) qu’on pourra distribuer grâce aux réseaux de chaleur existants.

Le vrai problème c’est l’autoroute A4 qui traverse la ville, une situation très pénalisante, et appréciée pourtant des habitants qui aiment rentrer vite chez eux… On propose des boulevards circulaires et de coupler le tramway avec des stations de TER. C’est-à-dire d’utiliser la magnifique étoile ferroviaire de Reims. Il ne faut pas oublier qu’un des grands principes du développement durable, c’est l’économie de l’espace, c’est « rendre l’espace à l’usage ».

Rennes le projet SINE

C’est la création d’un quartier ou plutôt d’une petite ville de 40 000 habitants et 40 000 emplois.

Comment peut-on aujourd’hui penser une éco-cité ? La question de la centralité se pose ;
Le projet s’appuie sur la géographie et l’histoire, sur les formes parcellaires, les cours d’eau, les haies bocagères, les chemins ruraux, l’existant, on a déjà la rue principale, une voie romaine qui a 2000 ans ! Ce n’est pas seulement une valeur sentimentale, ou de la nostalgie, c‘est toute l’histoire
On a crée des champs urbains avec des agriculteurs sous contrat et le projet s’organise autour d’un arbre vert et de corridors écologiques et de la forêt, et non pas autour des lieux de mobilité.

On développe des ilots complexes mêlant collectifs, intermédiaires, et maisons, et différents types de financement pour favoriser la mixité sociale. Je pense que le collectif ne doit pas exclure le pavillon et vice versa.

Troisième exemple avec Orly, un site avec des terrains énormes et seulement cinq propriétaires ce qui simplifie considérablement la tâche, un réseau de transports et la volonté d’en faire un centre urbain et économique capable d’équilibrer la Défense et plus tard Roissy

L’enjeu est de permettre aux gens de travailler et d’habiter sur place : Contrairement aux idées reçues les villes nouvelles ne sont pas du tout un échec, 50 % des habitants travaillent dans la ville nouvelle. A Orly il s’agit de rétablir les continuités urbaines.

A Saint Denis, c’est un problème de requalification, de revalorisation d’un territoire en gardant l’échelle de la rue pour faire un quartier moderne qui s’appuie sur la morphologie et l’histoire, en récupérant le plus de choses, les tracés et les dimensions, les typologies : on ne jette rien.

Avec le concours de Bercy-Charenton pas encore jugé, c’est une problématique de logistique. C’est le dernier kilomètre à parcourir pour assurer dix pour cent des livraisons parisiennes avec des camionnettes propres. C’est aussi un enjeu du développement durable…

Christian Devillers parle ensuite, de Grenoble ZAC de Bonne qui a reçu le prix de l’éco quartier et de Ginko Berges du lac à Bordeaux (deuxième prix de l’éco quartier) : à chaque fois on retrouve une recherche de densité, une réflexion sur la centralité, les ilots complexes, les espaces verts pour fabriquer un cadre de vie agréable.

A Rouen on prévoit l’utilisation de la géothermie avec l’eau de la Seine pour éviter les problèmes de réchauffement ou de refroidissement d’une nappe d’eau (on renvoie l’eau à 19 ° et en hiver à 7/8 °). Dans ce cas précis on va essayer de se passer des réseaux de chaleur ce qui permet de construire et d’investir au fur et à mesure mais on va aussi montrer l’eau, remettre en valeur des petits canaux.

Il détaille ensuite un réaménagement à Villeurbanne, pour renforcer la centralité mise à mal par les grands centres commerciaux aux alentours. Ce projet présente la particularité de comporter une dalle plantée et conserve des rues directement reliées aux logements et bureaux sur la dalle.
Densité et hauteur font parti du patrimoine culturel des habitants, on a pu continuer dans cette direction mais on a fait beaucoup, beaucoup, de réunions publiques pour les associer à la réflexion.

Christian Devillers termine sa conférence en nous montrant quelques immeubles de bureaux et en insistant sur leur évolution. Grâce à la prise en compte du développement durable, on peut renouveler complètement la façon de faire des bureaux. Aujourd’hui les promoteurs se tirent une balle dans le pied s’ils ne font pas des bâtiments performants. Ils acceptent les façades en relief, les protections solaires, les façades à double peau ventilée, l’éclairage naturel, y compris dans les circulations (50 % de l’énergie consommée c’est pour l’éclairage…) Eviter de climatiser les bureaux c’est possible, il faut de bonnes protections solaires extérieures et la coopération des utilisateurs bien sûr.

Il dénonce cette erreur de faire pas ou peu de fenêtres pour faire des bâtiments bien isolés, et refuse de faire moins de 20 % de surface vitrée par rapport à la surface habitable, car on a besoin de lumière et de soleil.

Partout il faut avoir le souci du détail pour une logique durable et sociale, faire des paliers et des halls éclairés naturellement par exemple pour que les habitants se rencontrent dans des lieux agréables et se battre en permanence contre la légende qui voudrait que la mixité sociale dans un même immeuble ne marche pas. Tout est une question d’échelle, il est plus facile de se parler quand on partage une cage d’escalier à six plutôt qu’à cinquante.

Nos métiers peuvent enfin renouveler leurs pratiques grâce au développement durable, on est obligé de se poser ou de se reposer beaucoup de questions sur le bâti, sur le quartier, la ville. Le résultat doit être un nouvel art de vivre. Il y a encore beaucoup de questions, la santé notamment qui n’est pas encore bien prise en compte.

Je suis optimiste, oui, mais inquiet toutefois par le suicide à petit feu des architectes. Ils ne sont plus ingénieurs, ni économistes, ils sont en passe d’abandonner le chantier et l’exécution et c’est très grave. S’ils ne réagissent pas, ils finiront par devenir uniquement des concepteurs de belles perspectives pour les permis de construire…

  • Mardi 26 janvier Michel Cantal-Dupart
« Une nouvelle façon de penser la ville »

C’est peut-être un peu prétentieux comme titre mais il arrive un moment où on finit par avoir raison. On prêche dans le désert pendant des années et puis un jour ses idées sont reprises un peu partout. Il faut une certaine rébellion pour exercer ce métier et ne pas faire du copier coller : On accompagne une société qui évolue, on essaie de précéder les évolutions. Il s’écoule souvent 25 ans souvent entre le premier trait et le dernier ruban à couper, l’urbanisme c’est long, un aménagement c’est 5 mandats municipaux, alors qu’on est toujours dans l’urgence.

Les crises font avancer l’urbanisme. Dans les années 83, la mission Banlieues 89, c’était déjà une autre manière de voir, un certain pointillisme (disaient les gens de l’IAURIF), un souci du détail, tout cela allait à l’encontre du « geste architectural ».

L’urbanisme c’est un phénomène de cristallisation, une façon d’aménager un territoire sans présager de l’endroit de la première cristallisation, car celle-ci se fait de façon aléatoire. Qu’importe si on commence par une école, un équipement ou autres, à condition que chacun de ces éléments participe à un ensemble.

Les problèmes de la ville dépassent largement ceux du grand Paris. Nous ne sommes plus à une époque où la plus capitale était celle qui avait le plus d’habitants et le plus d’attractivité, l’échelle de valeurs a changé : Lagos est la troisième ville du monde…

Un autre problème préoccupant pour la ville, la mobilité et la santé publique, c’est la montée de l’obésité. On est confronté aussi à la vulnérabilité, à la fragilité des villes comme en témoigne cette photo prise le 11 Septembre 2001 à New York : des new yorkais stupéfaits qui regardent les tours s’effondrer.

La ville c’est quelque chose de permanent, portée depuis très longtemps, et la façon de faire la ville est trop souvent déplorable. Pour aider à la compréhension de la ville, on peut faire un parallèle avec les couleurs. L’œil ne voit que les trois couleurs primaires puis il mélange pour voir toutes les couleurs.

Dès le XVIII siècle on trouve des concepts assez modernes de la ville : Ces dernières ne sont pas toutes royales ou militaires, des visions démocratiques de la ville émergent de l’esprit des lumières. Il est résumé dans l’encyclopédie de Diderot, à la première page avec les fameuses trois colonnes de classement : Mémoire, Raison, Imagination. Et c’est bien sur ces trois piliers que s’appuie la ville même si le dictionnaire ne parle absolument pas de l’art de la ville. En voici deux exemples, à Nancy, au milieu du XVIII siècle, Emmanuel Héré projette l’extension de la ville dans les fossés, c’est de la rénovation urbaine avant l’heure. Pombal, en 1755, supprime l’enceinte de Lisbonne et ouvre la ville sur le Tage, une forme urbaine qui sera reprise ensuite partout…

La lecture psychanalytique est aussi riche d’enseignements avec les notions de Symbolique, de Réel et d’Imaginaire et la relecture de Freud par Jacques Lacan avec son célèbre nœud Borroméen : Si on retire un cercle tout s’écroule. A l’intersection des trois cercles, il y a le désir dit Lacan, le trou du désir. Et qu’est-ce que c’est que la ville, sinon du désir aussi ? Elle s’organise autour du désir : être là ce soir, ensemble, c’est parce qu’il y a du désir à partager.

Mais, comment on secrète le désir, quand on est face aux technocrates habituels avec des règlements, qui secrètent l’anti désir, l’emmerdement maximum ? Cette photo d’un trou dans le grillage est un chemin pour les écoliers, qui passent ici, qui reconstituent toujours ce cheminement même quand on leur condamne, car c’est le plus court chemin pour aller à l’école. Ce n’est pas le désir d’être à l’école au plus vite mais peut être celui de se lever le plus tard possible !

Faire la ville c’est faire que les choses aillent mieux, en alliant ces trois cercles, le patrimoine, les fonctionnements et les dysfonctionnements, et celui de la ville à faire et l’intersection c’est le désir, l’art de vivre.

Le grand Paris

10 équipes ont travaillé, entourées de 545 collaborateurs, ça ne s’était jamais fait, un véritable événement national avec une volonté politique forte qui va devenir rapidement un événement international.

Je vais expliquer notre travail en quelques points. Il repose sur ces quatre principes :

  • Naissance et renaissances de mille et un bonheurs parisiens
  • La ville sur la ville
  • Maillage des transports en commun
  • Intégration des zones urbaines sensibles

Premier point : Les lisières, franges, bords, interférences

On arrête Paris et on construit des « fronts de terre » qui regardent le paysage rural. Face au drame de la ville automobile où tout est à moins de quinze minutes en voiture, il faut trouver une alternative, se débrouiller, voir les choses autrement. Comme exemple, je prendrais le projet de Carthage, où nous avons fait un parc archéologique comme on a conçu le parc de Versailles, un cheminement dans la ville ancienne à moitié détruite. Ce parc archéologique n’est pas protégé par des lois et pourtant des années plus tard, il n’a pas été touché ni par l’urbanisation, ni par les bidonvilles.

Deuxième point : Les voies pistes et chemins

Regarder immeuble par immeuble pour reconstituer un habitat, à chaque fois trouver d’autres pistes qui s’appuient sur d’autres visions

Troisième point : Mobilité, réseaux connexions

Arrêtons de penser du centre vers le nord et du centre vers le Sud, la première ligne hypo-mobile de transport en commun desservait Madeleine-Bastille, par les grands boulevards, et si la ligne de métro numéro un a été dessinée pour l’exposition universelle, la ligne numéro 2 était un périphérique : Nation, Etoile par Barbés…. On a proposé une réorganisation du maillage avec l’aide de la SNCF, un maillage qui permette de ne pas passer par le centre.

Quatrième point : La transformation, le tissage et le métissage

La ville des urbanistes c’est une ville de zoning, de zones. On doit évoluer. Quand on observe, par exemple, les centres commerciaux et les parkings, on pourrait construire de l’habitat au dessus de ces derniers et ces habitants là iraient à l’hypermarché à pied, on pourrait ainsi réemployer, réutiliser des hectares et des hectares fermés le week-end, fermés pendant les vacances (hôpitaux, universités etc.)

Autre exemple, le travail merveilleux du Bauhaus avec un parallèle saisissant entre des tableaux du Bauhaus et des plans de « ville nouvelle ». Le Bauhaus a été formidable pour le design, la peinture, ou le mobilier mais désastreux pour l’urbanisme. Des formes harmonieuses peuvent fonctionner sur des tas de choses mais pas pour l’urbanisme.

Cinquième point : les quartiers, cités et grands ensembles. On ne peut pas laisser des lieux d’exclusion, il faut réfléchir aux enceintes qui produisent inclusion et exclusion, aux fantasmes d’île qu’on retrouve aujourd’hui dans des quartiers sécurisés et la résidentialisation.

Je dis toujours qu’il ne faut pas dessiner de « patates ». Tant que vous ferez des patates, dans votre tête ça n’ira pas, ça ressemble à des chaînes et ça enchaîne la ville, ça stigmatise des quartiers entiers.

Ainsi le plateau de Saclay ne peut pas être une réplique de la silicon valley. Dans cette dernière, il fait beau et on y mange bien, deux facteurs qui ont assuré son succès. Pour le grand Paris nous proposons de ne pas se cantonner au plateau mais de tirer parti des quatre vallées autour, de relier, de cheminer. Pas question non plus de faire un grand Paris sans un centre revalorisé. Il y existe des tours sans tête, une spécialité bien française au pays de la guillotine, nous avons cherché à les rendre plus drôle. Il n’y a pas de ville sans désir, mais il n’y a pas non plus de ville sans fête….