Denis VALODE, « vers une architecture verticale »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

03 avril 2007

La construction de tours est aujourd’hui un sujet mondial, un sujet à la mode.

IllustrationA l’époque de la construction de la Défense et la Part-Dieu sur des dalles, les jeunes architectes comme Denis Valode s’opposaient à ces tours qui selon eux détruisaient le tissu urbain. Elles présentaient un skyline plat, leur pied était traité en séparant les fonctions et les circulations, ce qui créait des espaces explosés et représentait « l’anti-ville ». Pourtant, l’exemple de la ville de New-York (skyline dynamique, éléments de ville au pied des tours) montre qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la construction de tours et la vie urbaine.

Aujourd’hui, l’agence Valode et Pistre a 18 tours à l’étude dans le monde, dont 3 en France….

Pourquoi des tours ?

Les tours sont d’abord une réponse au problème de la densité, à la nécessité aujourd’hui évidente d’économiser les emprises, de resserrer les villes, pour préserver les espaces naturels, (fondamentaux pour la biodiversité), et les espaces pour cultiver (notamment en vue de la culture des biocarburants). Les tours sont le seul moyen d’arriver à des densités élevés tout en amenant dans chaque logement un confort au niveau de la lumière du jour, en évitant les écrans continus.

D’autre part, les contraintes liées au transport militent en faveur de la construction verticale. L’urbanisation « horizontale » allonge les trajets et les dépenses d’énergie.

La tour Générali

IllustrationSituée à la Défense, la tour ‘Générali’ fera environ 300m de hauteur à partir du parvis, (340m du boulevard circulaire). Elle appartient à cette nouvelle génération de tours que l’on cherche à construire avec une faible dépense d’énergie, malgré les contraintes de structure liées à la hauteur et au vent, et de transports verticaux au sein de la tour.

Pour optimiser la structure, les efforts sont répartis entre la façade et le noyau. La façade est triangulée, elle reprend les efforts horizontaux. Cela permet une économie de matière et un noyau plus fin, donc un gain de surface sur les plateaux. La façade est travaillée sur des changements de trame plutôt que de section, les « cellules » qui la constituent sont plus larges quand elles reprennent plus d’efforts. Cela participe également à l’esthétique de la tour, le résultat ressemble à une aile de libellule.

Au niveau des transports verticaux, le but est également d’économiser l’énergie, en anticipant la commande. (système « double deck »)

Pour le traitement de la façade, un travail du verre dans différents états qui vient épouser la structure a permis de répondre aux nombreuses contraintes (entretien, stores, ponts thermiques, …) tout en offrant un ensemble lu comme une plaque de verre. L’objectif était d’obtenir 50% de surface transparente, 50% de façade isolée pleine.

Du point de vue de l’aménagement intérieur, on note en particulier l’absence de faux plafonds, ce qui est meilleur du point de vue sanitaire, offre plus de hauteur et le confort essentiel de pouvoir ouvrir les fenêtres. Le bâtiment est géré automatiquement en fonction du vent et de la pluie pour maximiser la surventilation naturelle nocturne.

La tour est efficace du point de vue du rapport périmètre / surface. Le carré est en effet un très bon compromis ; le noyau est décentré, ce qui offre des possibilités différentes pour l’organisation du travail. Le cloisonnement s’installe en fonction de la trame, et l’équipement est modulaire (poutres froides), il y a donc une flexibilité totale bien que pas de faux plafonds.

Un art de vivre vertical

L’objectif est de ne pas voir la tour comme un grand immeuble, mais de trouver un mode de vie voir un art de vivre vertical. Pour cela, il faut trouver des échelles intermédiaires, grâce notamment aux dessertes des transports verticaux, aux jardins, aux cafés, aux restaurants panoramiques… Créer une ville verticale conviviale à travers un ensemble d’équipements. Tous les plateaux de bureau ont un jardin extérieur (semblable à de la végétation nichée dans des cavités), à l’intérieur de la structure.

Dans le même état d’esprit, le pied de la tour est traité de manière à recréer des espaces urbains. Côté parvis, un travail est fait sur l’entrée de la tour, son hall, le sol, le système d’arcades, afin de prolonger le parvis qui pénètre à l’intérieur. Côté boulevard circulaire, la façade prend la courbe du boulevard afin de retrouver l’alignement propre à la ville et s’ouvre de ce côté. Le but est de renforcer le sentiment de quartier de ville, nouveau à la défense, en créant une place au pied de la tour.

Une tour verte

Ainsi, la réduction des impacts énergétiques, la protection sanitaire et le confort, et la réduction des coûts pour l’utilisateur (la chute des dépenses énergétiques par rapport à une tour de la génération précédente est estimée à 70%) participent au développement durable.

Afin de chercher à réduire les dépenses énergétiques de la tour tout en en augmentant le confort, le traitement thermique permet d’être capable de réagir lieu par lieu (éclairer, climatiser, créer une ventilation traversante ou non…).

Le couronnement de la tour participe au skyline et lui donne son identité architecturale. Il permet également de symboliser les fonctionnalités : la grande flèche abrite le parc de 18 éoliennes, et les pics, tapissés de panneaux solaires thermiques et de panneaux photovoltaïques, sont le lieu de captage des énergies renouvelables. 5% des besoins énergétiques de la tour sont couverts par ces sources énergétiques non pénalisantes. En tout, la stratégie énergétique de la tour permet d’économiser 3600 tonnes de CO2 par rapport à une tour classique.

Compte rendu établi par Flora Genel