Archinov


Le mouvement des architectes et de leurs partenaires pour le développement de l’innovation

Compte rendu de la carte blanche « i » au CSTB...

... à Pierre Paulot, avec Immobilière 3F: Vers le partage d’une culture architecturale et environnementale


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

« i » comme innovation,
« i » comme invention,
« i » comme industriels ...

Lundi 9 Juin 2008

La dernière Carte Blanche avant l’été a inauguré un nouveau format : un dialogue entre un maître d’ouvrage et des industriels autour du partage de la culture architecturale et environnementale. Une expérience que nous aimerions renouveler deux fois par an, toujours sur ce thème.

Nous poursuivions plusieurs objectifs : faire se rencontrer des acteurs qui se parlent assez peu directement, faire partager les débats que nous avons à Archinov avec nos partenaires industriels, et peut-être contribuer à faire tomber quelques clichés….

Aujourd’hui il était question de logements : Pierre Paulot, directeur de l’architecture et de l’environnement à Immobilière 3 F a accepté d’être notre premier grand témoin. Il est venu nous expliquer la mise en place d’une

politique environnementale et l’ouverture de la commande architecturale chez Immobilière 3 F, un groupe qui met en chantier 4000 logements par an, et suit 45 opérations de Renouvellement Urbain et organise plus de cinquante jurys par an…

Il nous a expliqué la refonte du cahier des charges de 3F qui comprendra un guide d’aide à la conception, un guide des prescriptions et des fiches illustratives, un document très important pour la phase anonyme des concours. Et l’appel à la concurrence chaque année (206 réponses) pour constituer un fichier dans lequel puiser lors de chaque opération non soumise à la procédure des concours.

A partir d’un exemple, 40 logements à Bondy, il a détaillé les différentes étapes d’une consultation. Le premier travail concerne l’implantation et la faisabilité urbaine, et noue le dialogue avec la ville et les habitants. Un jury sélectionne ensuite parmi les 102 candidatures reçues (avec un CD de références comprenant deux photos de projets) une short list de 15. C’est un moment de discussions vives, au sein du jury, entre élus, maîtrise d’ouvrages et architectes pour faire partager les enjeux. Le maire souhaite une nouvelle façade pour sa ville, le maitre d’œuvre une architecture, le maître d’ouvrage soutient le point de vue de l’usage et du locataire. Puis, trois équipes sont retenues, et la visite du site avec elles est l’occasion d’un nouveau dialogue.

Pierre Paulot a expliqué ensuite la démarche mise en œuvre pour s’assurer de la pertinence environnementale et architecturale du projet à l’aide de grilles et de ratios, pour suivre, à tous les stades, le projet d’un point de vue énergétique comme du point de vue de l’usage. Ces grilles permettent de faire une analyse objective des projets et sont un outil précieux en interne, pour les chefs de projets qui viennent d’horizons différents, (juriste, urbaniste, ingénieur, architecte). Le dialogue est constant avec le lauréat, à la première réunion on discute avec lui, des attendus du jury pour bien cadrer la commande.

Un partage environnemental, c’est revenir à des fondamentaux : l’insertion urbaine, l’orientation, la topographie, les transports, la végétalisation. La structure et l’enveloppe, (matériaux, isolation, ventilation). La production de chaleur et d’ECS (Chaudières, émetteurs, énergie renouvelables). La gestion de l’eau, (récupération des eaux pluviales, rétention et perméabilité)

Le développement durable commence très tôt, par une démarche. Filière sèche, isolation par l’extérieur, il y a encore beaucoup de questions pas réglées. 3 F lance des opérations phares en construction neuve avec des objectifs THPE RT 2005 -20% et certification H et E profil A. Certaines visent le BBC. Même démarche pour la réhabilitation (H et E, étiquette énergétique C). Pierre Paulot regrette que les architectes ne postulent pas assez sur les concours de réhabilitation. Il faut avancer sur la certification et évoluer vers des résultats plutôt que les moyens, souligne Pierre Paulot, avant de nous présenter un méli-mélo de projets avec des images parfois déconcertantes.

Comment répondre à ces problèmes non réglés à propos de l’enveloppe et de l’isolation ? Trois industriels très engagés dans le développement durable par le biais de plusieurs associations, collectifs et publications nous font part de leur point de vue.

Alain Birault, directeur développement marchés marketing et e-business de Lafarge, explique les actions sur le process, objectifs chiffrés sur les usines, carrières vérifiées par des ONG, des résultats scientifiques et insiste sur la nécessité indispensable de donner des informations claires sur les matériaux et leurs impacts sur l’environnement. Il existe la base INES, les informations des FDES sont en cours de développement, ce n’est plus seulement le matériau mais le système constructif dans son ensemble, qui est pris en compte.

Jean Courtois, directeur France promotion développement chez Aldès confirme l’engagement d’Aldès par des procédures internes, le travail sur label Effinergie, sur le label BBC, la directive européenne qui définit les consommations tout au long des ACV, leur partenariat avec des écoles d’ingénieurs.

Christian Gérard-Pigeaud directeur des marchés chez Weber revient aux matériaux, à la nécessité de les améliorer, de les faire évoluer, au rôle fondamental de la matière grise et du travail avec les concepteurs. Les industriels sont en avance. Il faut s’intéresser au dernier maillon, c’est-à-dire à l’entreprise, souligne Pierre Paulot, car elle n’est pas en avance sur le développement durable et les petites structures auront du mal (à faire les fiches FDES).

Alain Maugard pose la question de l’énergie grise dans les programmes BBC, lance un appel pour que les acteurs complètent les fiches pour la base INES. Il faudrait développer aussi, l’usage des tests d’étanchéité à l’air et de la caméra infrarouge (déceler défauts de mise en œuvre) et permettre aux entreprises de se tester tout au long du chantier.

A condition d’avoir une maitrise d’œuvre compétente et rémunérée pour cela, insiste Pierre Paulot. Le débat se poursuit avec la salle sur les références demandées aux architectes, le choix des concepteurs sur des images, les défauts des concours qui ont pourtant l’immense mérite d’ouvrir la commande architecturale, les certifications et labels, l’impossibilité pour un industriel de développer un nouveau produit juste pour une niche.

En conclusion, Pierre Paulot rappelle que la lutte contre l’étalement urbain reste la priorité numéro un et qu’il faudrait travailler plus avec l’habitant pour le sensibiliser et rendre visible la consommation. Les usagers connaissent le prix de l’essence et changent leurs comportements quand elle est trop chère, il faudrait peut-être afficher le coût de l’énergie dans le logement.

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin-Genel www.archinov.com

Compte-rendu numéro 7 de la Carte blanche à...

TRIBU, Alain Bornarel et Edith Akiki « Vers une exigence environnementale »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

10 avril 2008

La démarche environnementale, ça ne se voit pas. Notre hypothèse, c’est qu’en matière de développement durable, il ne faut pas faire de petit pas, seuls les grands bonds rapportent gros. Un grand pas, par exemple, c’est de supprimer la climatisation, même si cela pose le problème de standard de confort. Un facteur encourageant, c’est qu’il est plus facile de communiquer sur un bâtiment vertueux que sur un bâtiment ordinaire.
Après des années de frilosité, on agit dans l’urgence et l’accélération des exigences est un mal nécessaire. Cependant il faut être vigilant et ambitieux. En effet, le risque est grand de construire des bâtiments BBC (bâtiment basse consommation) qui seront obsolètes dès leur mise en fonctionnement.
Par exemple, il y a 8 ans sur un bâtiment, on a tout fait comme il faut, isolation par l’extérieur, poutres froides, vitrages très performants etc. On va livrer bientôt la deuxième tranche. Et pourtant si on regarde les consommations de la première tranche, on a honte, on n’a pas été assez ambitieux.

Le développement durable, c’est une énergie chère et rare, mais c’est aussi la question des déplacements. C’est aussi une question de volonté politique. Le coût d’une ½ place de parking par logement correspond au (sur)coût d’un logement passif !
L’énergie grise est également un paramètre important : pour un immeuble de bureau, des menuiseries extérieurs en bois correspondent à un mois de consommation énergétique du bâtiment, en menuiseries aluminium, c’est trois ans ! Quelquefois nous regrettons certains de nos choix !
Le développement durable, c’est aussi la maîtrise de l’eau, l’air, la biodiversité, la qualité des ambiances etc.

Entre réglementation et enjeux fondamentaux

On a quelques difficultés avec la RT 2005, qui nous amène par exemple à 16 % de surfaces vitrées, ce qui ne suffit pas toujours pour les apports solaires et la lumière, on n’a pas toujours une façade exposée au Sud.
Faire de la basse consommation d’énergie ce n’est pas faire des boites qui ne consomment pas… c’est avant tout concevoir des lieux de vie.
Il faut combiner de façon intelligente l’ensemble des questions et revenir aux enjeux fondamentaux.
La première chose, c’est de réduire les besoins : faire fonctionner le bâtiment en puisant ses ressources à l’extérieur et en ce fermant à tout ce qui peut nuire dans cet environnement, cela revient à la bioclimatique des années 70 mais la démarche va plus loin aujourd’hui, au-delà d’une simple gestion des apports solaires. Il y a aussi le vent, l’accès à la fraîcheur de la nuit, des sols, la protection du soleil etc.
La deuxième chose, c’est l’enveloppe qui joue un rôle majeur, elle s’ouvre (et se ferme ) à certaines heures, jours, saisons, à la lumière, l’air et au soleil. C’est un filtre dynamique. Et c’est autour de cette enveloppe que se rencontrent l’architecte et ses bureaux d’études.

Des exemples qui tracent une voie nouvelle

Alain Bornarel prend l’exemple de la Maison de la région Alsace de Chaix et Morel pour illustrer cette synthèse entre l’architecture et l’approche bioclimatique.

Une parcelle difficile par rapport à l’orientation, les bureaux qui doivent bénéficier de lumière naturelle, la solution : percer cette parcelle de patios pour retrouver les orientations intéressantes, utiliser une vaste ombrière pour se protéger du soleil, découper une trame urbaine et une trame climatique.

Une autre illustration, le lycée Jean Jaurès en Languedoc Roussillon, architectes P. Tourre et S. Gaudris:

La demande de lumière naturelle est très basse ici. Le programme a été bien travaillé avec le site et le climat. La question est de gérer l’ensoleillement pour un bon confort d’été, avec une casquette et des étagères à lumière qui renvoient la lumière au fond des pièces. L’autre chose importante c’est la ventilation naturelle assistée et contrôlée. Réduire le tirage thermique en hiver et augmenter la ventilation en été. Un dispositif simple et pourtant extrêmement compliqué à réaliser : Pour ce lycée, nos bouches de ventilation viennent d’Australie par bateau ! Et on trouve difficilement des BET fluides.
Enfin, la ventilation naturelle impose des contraintes architecturales et nécessite une étroite collaboration, un dialogue constant entre l’architecte et ses BET.

Un autre exemple, c’est la maison du parc écologique Izadian, de Philippe Madec.

Un bâtiment entièrement en bois. Un bon matériau si on l’analyse selon son impact sur l’effet de serre, les économies de ressources non renouvelables, le devenir en fin de vie, l’impact sur l’économie forestière.

Des tours « écologiques » ?

Avec Hypergreen de J. Ferrier

Nous pouvons nous poser la question : les tours sont-elles « développement durable » ou non ? Les points de vues sont divers. Nous pensons que c’est une réponse pertinente à l’étalement urbain, une manière de créer de la densité à condition de faire de la mixité fonctionnelle. Comment favoriser de la rencontre et de la vie urbaine dans un système verticale ? Il faut réfléchir à cela.
L’approche bioclimatique des tours, c’est une réalité : la forme ovoide optimise l’éclairement naturel pour les bureaux, avec la hauteur, on met en bas les locaux qui ne craignent pas la pollution et le bruit et en haut, on bénéficie du vent. On fait de la ventilation naturelle dans les tours.

Un autre exemple, de logements à Fontenay,Chantalat et Liuchi, architectes.

Ils sont traversants pour gérer le confort d’été. L’isolation extérieure a été difficile à mettre en œuvre.

Les hauts de Feuilly, architecte T. Roche

Ce sont des maisons passives en tissu dense. Elles posent la question de l’industrialisation. Pour réduire les coûts, une certaine forme d’industrialisation est nécessaire avec une préfabrication en usine de modules.

Tribu présente ensuite plusieurs programmes de bureaux, en cours ou en projets.

Quand on vise 50 KWh/an/m2, comment calculer ? Avec quels usages (ceux de la RT 2005 ? ) Si on tient compte de tous les usages on arrive au double. Comment utilise-t-on la RT 2005 dans le cas de bureaux occupés 24 H / 24 ? Comment se débrouille-t-on avec la présence de serveurs informatiques qui dégagent 700 w /m2 et qu’il faut climatiser ? Que prendre en compte ?
Il faut remettre en cause un paquet de standards. Des bureaux de 18 mètres de profondeur où 1/3 de la surface n’a jamais accès à la lumière naturelle, la trame de 1,35 qui n’est pas la meilleure réponse face à la flexibilité.
Un bâtiment tertiaire à énergie zéro c’est quoi ? Pour nous, il doit produire autant que ce qu’il consomme, tous usages confondus. En gros, c’est deux fois ce qu’impose la réglementation (de 50 à 100)
On prévoit de la ventilation double flux pour l’hiver, de la ventilation naturelle avec une grande ouverture la nuit, pour l’été, pas de faux plafonds, et un brasseur d’air, des protections solaires et des panneaux photovoltaïques.
Tout un débat actuel autour du PV intégré à l’architecture et racheté 57 centimes, et les bons vieux panneaux PV inclinés plus efficaces mais racheté 30 centimes !

Un dernier exemple avec l’école à énergie zéro de Limeil Brévannes architectes L et S Goldstein.

Un projet construit, en fonctionnement aujourd’hui. On y retrouve les mêmes principes que dans le tertiaire, avec des ventilations naturelles mais ici de grandes surfaces vitrées.

Au travers de ces réalisations, Tribu, pionnier de la démarche environnementale, a montré l’importance d’un dialogue constant avec les architectes, et a démontré que des contraintes climatiques peuvent enrichir l’architecture.

Compte-rendu établi par Flora Genel
www.archinov.com

Compte-rendu numéro 6 de la Carte blanche à...

Philippe Madec, « Vers un autre usage du monde »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

7 février 2008

Dans mon travail, il y a une part théorique et une part pratique. J’ai toujours trouvé difficile d’illustrer mon travail théorique par mon travail pratique, mais je vois bien qu’il y aurait une certaine frustration si je ne montrais pas ce qu’on fait à l’atelier.
Ce que je vais illustrer, c’est le travail de ma génération, c’est le passage du modernisme au durable. J’ai été élève de Ciriani, et ce passage du modernisme au durable a été assez brutal, à la fin de mes études. On m’avait appris à faire du beau et de l’habitable mais on ne m’avait pas appris à faire de l’architecture. Je suis parti pendant sept ans voyager et j’ai rencontré à New York Kenneth Frampton et le régionalisme critique. C’est-à-dire comment être moderne et retourner aux sources sans faire du régionalisme ou du vernaculaire, NDT) Il donnait des outils pour dépasser l’architecture moderne, autour de quelques points d’ancrage comme le climat, le sol, l’usage, la culture etc.
Quand je suis rentré de Columbia, Michel Corajoud m’a demandé d’enseigner à l’école du paysage. Puis en 1990 j’ai enseigné le paysage à Harvard. En 1991 dans les couloirs de l’université, il y avait déjà des affiches sur le Sustainable Development…
Ma relation à la nature, à une nature instrumentée à la technique, chez moi, c’est un héritage de mon père ostréiculteur et de mon grand-père meunier, qui avait un moulin autonome.

Philippe Madec a égrené différents projets de son atelier en les commentant :

Dans mes premiers travaux à Plouraix-les-morlaix en 1991 j’ai retrouvé la question du ciel mais surtout un travail pour les gens et avec les gens. Il est important de trouver les bases d’un accord pérenne et l’environnement c’est une de ces bases, l’usage et le quotidien en sont d’autres. Le quotidien, ce n’est pas la somme des gestes qu’on fait, c’est pourquoi on les fait, et cela introduit les autres. Pour la mairie on a utilisé de la pierre. L’objectif c’est toujours de trouver un accord dans un lieu avec la matière, et d’en disposer avec bienveillance, c’est important la façon dont on la dispose aussi.
Mes interventions s’installent dans le temps. L’enjeu n’est plus de savoir qui a l’autorité mais ce qui fait autorité. L’autorité naît du partage, il faut se reporter à ce qu’a écrit Hannah Arendt sur ce sujet. On arrive au projet qui fait autorité parce que c’est la somme des accords.
Ce que K. Frampton m’a appris, on le voit dans ces logements sociaux à Paris dans le XXe en 1996, avec la fenêtre verticale, l’attique en retrait en zinc, les volets. Il y a une continuité des modernes vers le durable par cette compréhension que le régionalisme critique apporte.
L’enjeu n’est pas de faire du vernaculaire mais de montrer comment les choses s’additionnent.
Quand il n’y a pas de demande HQE nous nous faisons les réponses comme ce concours perdu de Chevilly Larue où tout le parti est déterminé par la prise en compte de la ligne haute tension qui passait sur le terrain.
Pour moi, il n’y a pas de petits projets. Par exemple ce château d’eau qui fonctionne sans pompe et sans entretien.
Certains disent que l’architecture environnementale ne doit pas se voir, mais alors qu’est-ce qu’on fait quand l’environnement est nul ? Il y a toute une possibilité d’invention à partir des enjeux du développement durable.

Nous avons fait une recherche que nous avons intitulée « Esthétique et qualité environnementale » : La HQE a été un événement qui a fait en sorte que le milieu s’investisse mais, dans cette étude, on a dénoncé l’absence de dimensions historique, culturelle, et sociale. La HQE c’est une procédure pour la construction, c’est tout. C’est aux architectes, après de faire de l’architecture, de répondre aux ambitions sociales, culturelles, historiques, psychosociales…. Il n’y a pas d’esthétisme environnemental, il ne faut pas se satisfaire de la technique environnementale, il n’y aura pas quelques régles qui diront –si on les respecte- qu’on a la qualité environnementale. Il faut mettre en relation le pays, le lieu et le projet ; Et sans arrêt rappeler la culture et le social, en permanence...
La voiture consomme moins, pollue moins mais elle émet toujours des gaz à effet de serre liée à la circulation automobile qui augmente sans cesse, cela montre bien que la réponse technique ne suffit pas, c’est bien du côté d’un autre usage du monde que les choses se jouent.

Ainsi, vous faites votre travail du mieux possible et quelquefois il y a des choses qui ne marchent pas. Par exemple pour l’extension du musée de Mayenne, le premier musée tout en bois, tout en chêne, ossature, plancher, menuiserie, et bien j’ai appris que mon chêne français était débité en Russie !
Il ne faudrait pas que le végétal soit pris comme une décoration de façade, mais retrouver la dynamique propre à la nature.
Pour le concours (perdu) de Bois-le-Prêtre, on a travaillé avec l’architecte Yeange qui est certainement le plus en avance sur les tours écologiques et vertes. On a voulu fabriquer dans les tours, des effets de voisinages qui n’existent pas, installer du végétal et des activités sociales, mais pas des murs végétaux. De même dans d’autres projets, on travaille avec la couleur, parce que les gens quand ils habitent quelque part, ils ont envie aussi de dire j’habite là.
Dans nos projets, nous traitons toujours les façades différemment, car il y a quatre orientations différentes. On travaille aussi avec la ventilation naturelle, notamment à Saint Nazaire avec nos cheminées-girouettes de trois mètres de haut.
Nous avons fait aussi un exercice de style pour une fois, en quittant les équipements publics et le logement social, avec des maisons chic et chère à énergie positive. On a essayé de revenir à une typologie de R+2. Mais au lieu de dessiner une seule maison, on en a mis sur la parcelle et le commanditaire n’a pas donné suite.
Pour faire de l’énergie positive la recette est simple : on fait du passif et on ajoute de la technologie ça donne de l’énergie positive. Nous devrions tous, vous devriez tous faire du passif !
La question urbaine me passionne. J’adore l’espace public, c’est le lieu où tout se joue :
Les enjeux c’est l’usage, les piétons, moins de voiture, et la nature.
Saint Pol de Léon, c’est un projet qui me conforte dans la nécessité de la participation. On a gagné le concours en 2000 et on l’a remis en jeu avec la participation puis on a fait une présentation publique et à la suite de la remarque d’une dame qui avait soulevé un point d’usage qu’on avait complètement zappé on l’a encore totalement remanié… Notre métier c’est cela, pas beaucoup de technique mais beaucoup d’humain. Enfin, le rapport au temps est fondamental.

Pour comprendre l’approche et la démarche de Philippe Madec, nous vous invitons à lire ses nombreux ouvrages, notamment le conte « le coyote, le petit renard, le geai et le pou » qui est une réflexion sur les origines de l’architecture : les animaux se parlent, se reconnaissent et se mettent d’accord pour construire une cabane, car l’architecture est toujours l’expression d’un accord avec le lieu, avec les gens et avec la nature...

Compte-rendu établi par Elisabeth Pélegrin-Genel
Présidente d’ARCHINOV

Compte-rendu numéro 5 de la Carte blanche à...

Philippe Chaix, « Vers une architecture de lumière »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

24 Octobre 2007

Le compte-rendu au format PDF

Compte-rendu numéro 4 de la Carte blanche à...

Pierre-Michel Delpeuch, Dominique Chavanne, François Tamisier, « Vers une architecture d’ailes et de racines »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

26 Septembre 2007

Après une présentation de ADP (projets neufs et d’adaptations des plateformes d’Orly et de Roissy essentiellement) et ADPi (intervention sur tous les continents, projets majoritairement aéroportuaires), Pierre-Michel Delpeuch nous propose un parcours rapide et non exhaustif des différents projets en cours (études ou chantier) : à Roissy (rénovation profonde du terminal 1, satellites 3 et 4, terminal 2G pour de petits avions, reconstruction de la voûte de la jetée du 2E, nouvelle vigie du satellite 4, centrale d’énergie, CDG Val) ; à Orly (extension de Orly Sud) ; en Tunisie (aéroport d’Enfidha) ; au Maroc (extension du Terminal de Casablanca) ; à Moscou (terminal international) ; en Libye (3 études en cours) ; en Colombie ; au Kazakhstan ; en Arabie Saoudite (adaptation/ extension) ; à Dubai (maintenance de l’A380) et au Qatar (maintenance Qatar Airways)…

Un terminal (ou autre bâtiment aéroportuaire), c’est un bâtiment déraciné sur un tarmac, ce qui engendre un paradoxe de départ.
Les exigences sont nombreuses. Ce type de bâtiment se doit d’être représentatif de l’identité d’une entreprise, d’un lieu, d’une région… C’est une commande légitime mais un aspect superficiel à gérer, un discours difficile à appréhender (‘Est-ce suffisamment Paris ?’). Il faut ajouter à cela les exigences de développement durable, une insertion dans l’environnement prenant en compte le site, les économies d’énergie… Enfin, l’exigence de l’usager qui ne doit pas être prisonnier d’un univers desséchant et impersonnel. Ces besoins font évoluer l’aérogare. La conception aujourd’hui, par rapport à celle d’il y a 20 ans, est colorée, façonnée par l’émergence de ces besoins d’identité, d’intégration dans l’environnement.

Concevoir une aérogare est donc un travail caractérisé (à travers sa diversité) par la stratégie de gestion de l’espace :

  • grande échelle, productivité de l’espace, gérer des flux de passagers de plus en plus nombreux dans des espaces difficiles à étendre
  • gérer les flux de passagers dans l’espace commercial
  • un espace au centre d’une ville (dans le cas de l’ambassade de France à Tokyo)

Hier, une aérogare était une maison posée au bout de la route (Orly) ; on a intégré ensuite les notions de flux (exemple de l’aéroport d’Atlanta : les pistes dans un sens, les circulations dans l’autre, transferts facilités). Aujourd’hui, on ajoute de plus en plus d’inter- modalité (connexion TGV/RER…). Peu à peu, et avec un peu de retard, cela génère une évolution des formes de l’aérogare (une forme plus éclatée pour améliorer la connexion, adaptation aux nouveaux modes de transports…).

Aujourd’hui, il faut également prendre en compte la primauté du commerce. Le passager doit être préparé à consommer, du moins conditionner à une attitude positive par rapport aux commerces.
Enfin, les exigences en terme de sûreté engendrent de plus en plus de contraintes. On cherche à parer à toute éventualité d’imagination d’un terroriste.
Pour concevoir une aérogare, il faut donc prendre en compte toutes ces contraintes, mais aussi les équilibrer par des qualités intrinsèques du projet, afin de les faire oublier au passager.

La complexité de ce type de conception vient également du client à satisfaire, qui est à la fois le passager, la compagnie aérienne et l’autorité aéroportuaire. Ils ont un tronc commun d’attentes et d’objectifs, mais aussi quelques éléments divergents. En plus des éléments financiers et de l’affirmation d’image intrinsèque, il faut prendre en compte le fait que le passager est dans un moment singulier, il faut donc un espace qui inspire, qui apporte quelque chose de fort, qui l’élève.
Pour cela, il faut pouvoir identifier les portes, les passages, qui représentent en fait le début du voyage ; il faut une présence de la ‘nature’ sous forme de végétation ; une réelle qualité de l’éclairage…
Créer un espace enraciné dans le local et qui propulse déjà dans le voyage / l’universel.

La nouvelle ambassade de France à Tokyo

Suite à un projet de terminal non concrétisé, à l’occasion duquel des contacts ont été pris, ADP a été candidat pour la reconstruction de l’ambassade de France à Tokyo, projet actuellement en cours de développement.
La première originalité réside dans le financement : la nouvelle ambassade sera financée par un immeuble de rapport construit sur le même site.
Le contexte : 2,5 hectares dans le quartier central de Tokyo, le quartier des ambassades. Un site caractérisé par un grand parc, une forêt luxuriante, dont la qualité doit être sauvegardée le plus possible, et qui offre des conditions de vie agréables aux employés de l’ambassade et aux habitants de l’immeuble.
La difficulté est donc dans la gestion de l’espace avec la notion de voisinage, c’est une question d‘insertion : comment faire vivre harmonieusement des choses qui n’ont pas de raisons de vivre ensemble ?
Il faut penser ce bâtiment comme une installation, créer un rapport harmonieux entre le déjà là (grands arbres), la racine japonaise et la racine française que l’on implante. Dans ce projet, la question du HQE est centrale. Sa prise en compte est complexe dans ce contexte, avec un partenaire japonais qui manie une réglementation différente. L’objectif a donc été de satisfaire à la norme japonaise (CASBI), qui correspond à une notation du bâtiment et de son impact, qui intègre les notions de prise en compte d’un site. La note finale de ce projet est de 4,5 / 5.
On prend en compte le site, la forêt, l’eau (que l’on récupère), les conditions climatiques (travail sur les ombres portées, facteur ancestral au Japon), l’énergie (isolation, inertie), la lumière. L’ensemble des toitures est végétalisée. Des matériaux adéquats sont choisis pour leur durabilité et leur résistance sismique. Le confort intérieur est soigné (acoustique, thermique, espaces de relaxation). La hauteur sous plafond devient un élément décisif au Japon.
Le bâtiment est implanté en partie basse du site, l’immeuble de rapport est implanté sur rue, ce qui a engendré un problème d’expression du bâtiment de l’ambassade sur l’extérieur. Il a fallu signifier ce bâtiment.
Sur la rue, un ensemble ‘visa’ (emploi du bois). Le long de la forêt, un mur vert pour valoriser le site et l’accompagner. A l’arrière du bâtiment, mono-orienté vers la forêt, un mur plein avec des cheminées thermiques (paroi en verre, gaine derrière : système d’aspiration qui fonctionne en extraction l’été, en chauffage l’hiver, et surtout qui régule bien en demi-saison par la ventilation naturelle). Dans le bâtiment, un atrium pour la distribution des fonctions et la ventilation naturelle. La façade nord est très vitrée, la façade sud est très opaque.

Satellite 4 de Roissy

110 000m², 450 millions d’euros, un an d’étude.
Evolution de Roissy, aérogare 2 : le satellite 4 a le même programme que le 3, on en profite pour y intégrer l’expérience et la formalisation des nouvelles attentes. On va vers une qualification plus consciente des espaces que traversent les passagers, on cherche à créer des espaces inspirants, une richesse plus grande, un contrôle plus fin de ce cheminement.

Fonctionnellement, le satellite 4 dépend du 2E. Il est conçu pour recevoir 16 gros porteurs (7 type A380, 9 type Boeing 747). Sa configuration est simpliste : un corps central et des ailes Sud et Nord.
ADP s’est donné une ambition très forte sur ce satellite en ce qui concerne la démarche HQE : Très performant pour 5 cibles, performant pour 5 cibles et de base pour 4 cibles (la certification est obtenue pour 3 / 4 / 7).

L’environnement d’un satellite est constitué de surfaces bétonnées. On récupère les eaux de pluies sur ces surfaces, mais on ne les réutilise pas, elles vont en bassin de rétention puis sont rejetées après dépollution. Pour les toitures, le sujet est en cours d’élaboration. Il est prévu un double réseau d’eau pour permettre à l’avenir de traiter et utiliser les eaux de pluie pour l’usage sanitaire.
Le satellite a 30000 m² de toiture, l’emploi de cellules photovoltaïques suffirait à couvrir les besoins en électricité, c’est à l’étude. ADP produit lui-même son électricité.

Le satellite est relié par LISA au terminal 2E. Conçue dans l’économie de moyens, la gare est simpliste dans son expression ; lisible, elle est ventilée mais non climatisée, bénéficie d’un éclairage direct.
Les salles d’embarquement font 36m de large, tous les espaces de vie bénéficient d’un éclairage direct. Protégée par un large débord de toit, la façade Est, est largement vitrée et sert de vitrine sur les A380 ; la façade Ouest, en double hauteur, abrite les locaux techniques et permet une opacification de la façade. Cet espace est ventilé par déplacement d’air et chauffé par un plancher chauffant en hiver.

Compte-rendu établi par Flora Genel

Compte-rendu numéro 3 de la Carte blanche à...

Patrick Bouchain, « vers une architecture démontable et mobile? »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

19 juin 2007

Ce que je fais est toujours qualifié d'atypique, c'est vrai, j'ai fait plus de lieux de Cculture que d'habitation, mais j'ai réalisé aussi des lieux de travail dans la suite de cette réflexion sur les lieux culturels.
J'ai souvent été l'assistant, c'est quelque chose de pas naturel pour un architecte qui est habituellement en haut de la pyramide mais moi j'avais décidé dès le début que je ne construirai pas, je transformerai ce qu'il y a.
Si on demande aux gens de citer cinq bâtiments qui reflètent le savoir faire et la culture d'un homme, à 80 % ils vont citer des bâtiments religieux ou aristocratiques, mais jamais de bâtiments démocratiques. Dans une société démocratique, il y a beaucoup de bureaucratie, de règlements, tout le problème c'est l'interprétation des lois. La loi peut donner l'impression que personne n'est responsable, alors que tous le sont, c'est une exigence citoyenne, de vie sociale ou de vie culturelle.
L'élu, nourri de cette demande, fait la synthèse et la transmet à quelqu'un pour qu'il la traduise. Il y a toujours une perte quand on traduit une demande, un projet, ce n'est que pertes successives… Le programme abîme, le concours abîme, car il faut bien se faire remarquer pour gagner.
Lorsque le projet est retenu, il y a sa représentation construite et son usage. Il y a le dessin, il y a les textes qui sont du registre du précontentieux. Et très vite, pour répondre à la demande, on n'est plus dans le désir de construire mais sur un champ de bataille.
L'entreprise a évolué. Elle n'est plus un ensemble de savoirs, de corps mais se crée de façon artificielle pour répondre à une commande précise. Autre changement : L'utilisateur n'est pas le demandeur…
En 35 ans de vie professionnelle, j'ai essayé de mettre le règlement à l'épreuve comme il faut mettre la démocratie à l'épreuve. Les lois qui concernent la construction sont des lois immuables, un député ne va pas s'en emparer et parler d'harmonie du logement social, mais il ne faut pas s'aigrir, il faut continuer de faire.
Le chantier est un moment important : j'ai développé très tôt des chantiers ouverts au public (c'est interdit, et pourtant des écoles d'architecture viennent visiter en respectant quelques règles de sécurité). Sur chacun de mes chantiers, il y une pièce polyvalente, avec des fauteuils, des tables. A midi on arrête la réunion et on dresse la table pour pique niquer.
L'autre exigence est que toute personne active sur le chantier doit donner une conférence sur son savoir spécifique pour le public, les riverains. Sur le chantier, tout le monde porte un badge avec son nom, on fait des photos de chacun au travail et dans son logement.

Des histoires d'eau

Quand j'ai commencé la piscine de Bègles, je me suis demandé qu'est-ce qu'il y a d'anti HQE dans une piscine?
La réglementation impose qu'on jette 50 litres d'eau par baigneur, de l'eau désinfectée, pourquoi ? Parce que lors des pics de fréquentation, on charge en désinfectant, et l'eau chauffée désinfectée se dégrade, il faut alors faire rentrer 50 litres d'eau nouvelle. Il y a quelque chose qui ne marche pas. Je me suis dit on va faire le « 1% scientifique » intégré au coût et on va réfléchir ensemble à cet équipement qui pose des problèmes.
On a cherché à Bordeaux un spécialise de la peau : on ne parlait plus de la piscine mais de peaux, de peaux mortes car l'eau chlorée décape le nageur. On a mis autour de la table tous les acteurs possibles concernés par ces questions d'eau et aux problèmes de rejet. L'eau est perdue, elle va à l'égout en étant très polluante, la question, dès lors, c'est de la dépolluer avant de la rejeter. Et si elle est dépolluée, la question se transforme, il faut la récupérer et la recycler. Comment ? Grâce notamment à la phyto-remédiation, il faut arrêter d'avoir des plantes qui ne servent à rien et développer des plantes utiles. Je voulais faire un sixième couloir avec des plantes qui dépolluent mon eau, mais finalement on a mis le sixième couloir dehors, avec des plantes qui travaillent pendant que les nageurs nagent.
Mais la DASS a dit : je ne peux pas changer le règlement, et il interdit de récupérer les eaux, même pour les toilettes. Imaginez qu'un enfant boive l'eau des toilettes ? Pourtant on ne se pose pas cette question après le ménage, quand des détergents corrosifs flottent dans la cuvette. Après de longues discussions on a pu néanmoins récupérer cette eau pour les toilettes et pour alimenter les auto-nettoyeuses municipales.
A côté il y avait une vieille piscine de 1936 qu'on ne pouvait pas restaurer. J'ai voulu faire une piscine pour vieillards, mais on m'a dit de ne jamais employer ce mot, vieillard. Je me suis demandé qui va à la piscine ? Pourquoi ? Et j'ai travaillé sur une piscine familiale et non sportive. Quand on est vieux, on n'aime pas trop la piscine mais on aime être à côté des enfants qui nagent. J'ai fait un café dans la piscine et dans l'ancien bassin une aire de jeux pour les personnes âgées et handicapés (il parait que c'est mieux de dire handicapés), j'ai fait des aires de jeux pour tous les âges dans le bassin en bois mais sans eau avec le « 1% solidaire ».
On a travaillé avec des kinés, -c'est quoi avoir de l'arthrite, c'est quoi avoir Alzheimer- et on a fait une aire de jeux avec des sols variés, souples, durs, en mouvement : un enfant qui apprend à marcher ou une vieille personne qui a du mal à marcher ce n'est pas tellement différent. Pour moi, la démarche HQE c'est aussi la démarche HQH, haute qualité humaine.

Des histoires de course à pied

Il y a des gens qui courent partout, tout le temps. A Marseille, un équipement sportif était prévu, j'ai dit au maire donnez moi la moitié de la somme et je fais un équipement pour tous.
Il a dit oui, alors on a fait un inventaire des activités sportives en ville, taichi, jogging, rollers etc, et du sport pratiqué dans les autres villes du monde, on a composé un livre d'images avec tout cela et on a créé un parcours urbain, avec une succession de gestes qui mettraient en harmonie. Le résultat, c'est une succession d'équipements pour des gens qui ne seraient jamais venus dans un équipement sportif traditionnel.

Des histoires de logement A partir de maintenant j'ai décidé de ne faire que du logement. En effet, face à l'appauvrissement de la réflexion sur le logement social, je veux m'attaquer à ce sujet. J'ai fait beaucoup d'expérimentations dans d'autres champs, et on peut peut-être transférer des choses, des expériences…
Quand on veut faire on s'aperçoit qu'on ne peut pas faire, alors on déroge à la règle. On a ainsi défini des zones franches, là où rien ne va. Je veux faire une zone franche urbaine pour m'attaquer au logement social en reprenant le problème de l'âge et du handicap. Quand on produit des normes handicapées sans augmenter les surfaces, ça veut dire qu'on ne sait plus comment les gens vivent.
Je voudrais faire un caravansérail, avec un hôtel, un restaurant, un lieu laboratoire, une école d'architecture, et peut être sciences po et un séminaire de l'ENA, au milieu des logements sociaux. C'est un projet expérimental, avec un bail emphytéotique, une opération inédite dont je serais le maître d'ouvrage.

''Patrick Bouchain a illustré sa carte blanche de quelques photos de ses projets (démontables) les plus significatifs, en racontant à chaque fois les difficultés et la manière de les contourner.''

Compte rendu établi par Elisabeth Pélegrin-Genel, à télécharger ici

Compte-rendu numéro 2 de la Carte blanche à...

François GRETHER, « vers un urbanisme durable »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

24 mai 2007

Le développement durable dans les transformations de la ville peut apparaître comme un champ nouveau, les projets urbains durables sont généralement présentés comme des vitrines, mais ils sont partiels à l'échelle de la ville. On parle d'éco-quartier, terme générique, avec un effet recherché d'annonce. L'aspect exemplaire joue néanmoins un rôle dans la diffusion ultérieure, c'est une sorte de laboratoire qui génère même un nouveau tourisme.
Je ne suis pas très féru de ces méthodes estampillées, des normes et autres règlements ; le fait de banaliser des démarches identiques sur tout le territoire m'inquiète beaucoup. Je préfère travailler au cas par cas. Chaque projet a sa singularité : comment on va construire une démarche propre à ce projet-ci dans ce lieu-là ?
La part de l'agriculture me semble très importante, elle fait partie des composantes urbaines.
La prise en compte du temps du projet est fondamental. A la différence de l'architecture, on n'est pas tendu vers l'achèvement mais on travaille avec différents temps, la réalisation à court terme et la réalisation à long terme. L'architecture résiste au temps, nous, on continue d'étudier en marchant… La concertation reste un élément-clef, elle fait partie du développement durable : il faut partager tout cela, sentir l'état d'esprit, les attentes et se poser la question de ne pas avoir la même action partout, mais d'apporter des réponses différenciées.
La thématique du développement durable n'est pourtant pas nouvelle : La prise en compte des sites géographiques initiaux, la question des limites, de la délimitation de la ville, l'explosion du fait urbain sont au coeur des préoccupations depuis longtemps. Cerda vers 1850 disait « il faut urbaniser les campagnes et ruraliser la ville » De même les questions de déplacement (notamment la logistique urbaine avec les livraisons) et la réflexion sur la densité (de construction, par habitant ou encore la densité ressentie) sont des thèmes familiers et habituels.
La ville dense est appréciée quand elle existe mais mentalement le public la refuse. Le débat est difficile et avance au cas par cas : Les associations vertes, par exemple, la contestent dans la réalité et la prônent dans leurs discours, il y a une contradiction.

Les changements et les avancées par rapport aux problématiques anciennes : On a eu tendance à construire un langage particulier, un discours environnementaliste devant des questions non résolues, surtout dans les années 80.
La question de la pollution du sol est relativement nouvelle, il y a eu beaucoup d'avancées dans la prise en compte des problèmes d'eau, d'assainissement et de déchets. On avance aussi du coté de l'énergie mais il faut aller plus loin et recourir plus nettement aux énergies renouvelables. De même beaucoup d'évolutions positives ont émergé dans la technique.

Le Parc de la Loire à Orléans

Au travers de l'aménagement d'un vaste parc en bordure de la Loire, il s'agissait de fédérer plusieurs petites études d'urbanisme. C'est un projet original car il ne développe pas de recettes immobilières et n'a pas de visée touristique. Il cherche à qualifier davantage Orléans comme une ville de la Loire en mettant son fleuve en valeur, en rénovant l'ancien canal mitoyen, et en respectant les lieux. Le territoire est vaste et pose la question du rapport entre la ville, les éléments naturels et l'agriculture. La relation à l'eau est très présente et mobile : la Loire est vivante, il y a des crues.

Le quartier Nord d'Amiens

Il représente un quart de la ville avec 23000 habitants. C'est un grand thème d'actualité, l'habitat social en barres, la rénovation de secteurs urbanisés il y a trente ou quarante ans. On n'est nulle part, on n'y a pas d'adresse, on est face à un unique bailleur. Je travaille sur ce projet depuis dix ans. Il n'a pas été abordé d'un point de vue du développement durable. Ce n'est pas une intervention sur un périmètre mais une étude de définition et des propositions sur quelques îlots. J'ai intégré l'espace agricole au nord comme un parc expansif, géré par les agriculteurs avec du blé, de la betterave, des cultures. L'agriculture joue un grand rôle. Il y a différentes interventions pour mettre en mouvement le quartier, pour différencier les espaces.

Lyon Confluence

Sur ce terrain remarquablement situé, remblayé grâce à Perrache, il faut développer le centre avec une densité de centre-ville. Le parc propose un système d'espaces verts ramifiés, et un espace d'agrément avec un plan d'eau. C'est un centre d'échanges dont tout le monde se plaint avec la gare, l'autoroute, le métro. On passe facilement d'un mode à l'autre mais pas d'un mode de transport à la ville. Il y a eu un gros travail sur les cheminements piétonniers pour relier le tout.

Paris-Batignolles

Sur cette immense parcelle on a pris un angle résolument développement durable. Pour le parc en damier qui permet notamment l'exercice physique, on a pris en compte les saisons, la gestion de l'eau. Par contre, il s'est avéré impossible de couvrir les voies ferroviaires. On a beaucoup travaillé avec les acteurs concernés afin de réduire leur emprise et de les intégrer dans le site.

Compte rendu établi par Flora Genel, flora.genel@gmail.com, à télécharger ici

Compte-rendu de la Carte blanche à …

Denis VALODE, « vers une architecture verticale »


Cycle « Vers une architecture de bio-logiques… »

03 avril 2007

La construction de tours est aujourd’hui un sujet mondial, un sujet à la mode.

IllustrationA l’époque de la construction de la Défense et la Part-Dieu sur des dalles, les jeunes architectes comme Denis Valode s’opposaient à ces tours qui selon eux détruisaient le tissu urbain. Elles présentaient un skyline plat, leur pied était traité en séparant les fonctions et les circulations, ce qui créait des espaces explosés et représentait « l’anti-ville ». Pourtant, l’exemple de la ville de New-York (skyline dynamique, éléments de ville au pied des tours) montre qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre la construction de tours et la vie urbaine.

Aujourd’hui, l’agence Valode et Pistre a 18 tours à l’étude dans le monde, dont 3 en France….

Pourquoi des tours ?

Les tours sont d’abord une réponse au problème de la densité, à la nécessité aujourd’hui évidente d’économiser les emprises, de resserrer les villes, pour préserver les espaces naturels, (fondamentaux pour la biodiversité), et les espaces pour cultiver (notamment en vue de la culture des biocarburants). Les tours sont le seul moyen d’arriver à des densités élevés tout en amenant dans chaque logement un confort au niveau de la lumière du jour, en évitant les écrans continus.

D’autre part, les contraintes liées au transport militent en faveur de la construction verticale. L’urbanisation « horizontale » allonge les trajets et les dépenses d’énergie.

La tour Générali

IllustrationSituée à la Défense, la tour ‘Générali’ fera environ 300m de hauteur à partir du parvis, (340m du boulevard circulaire). Elle appartient à cette nouvelle génération de tours que l’on cherche à construire avec une faible dépense d’énergie, malgré les contraintes de structure liées à la hauteur et au vent, et de transports verticaux au sein de la tour.

Pour optimiser la structure, les efforts sont répartis entre la façade et le noyau. La façade est triangulée, elle reprend les efforts horizontaux. Cela permet une économie de matière et un noyau plus fin, donc un gain de surface sur les plateaux. La façade est travaillée sur des changements de trame plutôt que de section, les « cellules » qui la constituent sont plus larges quand elles reprennent plus d’efforts. Cela participe également à l’esthétique de la tour, le résultat ressemble à une aile de libellule.

Au niveau des transports verticaux, le but est également d’économiser l’énergie, en anticipant la commande. (système « double deck »)

Pour le traitement de la façade, un travail du verre dans différents états qui vient épouser la structure a permis de répondre aux nombreuses contraintes (entretien, stores, ponts thermiques, …) tout en offrant un ensemble lu comme une plaque de verre. L’objectif était d’obtenir 50% de surface transparente, 50% de façade isolée pleine.

Du point de vue de l’aménagement intérieur, on note en particulier l’absence de faux plafonds, ce qui est meilleur du point de vue sanitaire, offre plus de hauteur et le confort essentiel de pouvoir ouvrir les fenêtres. Le bâtiment est géré automatiquement en fonction du vent et de la pluie pour maximiser la surventilation naturelle nocturne.

La tour est efficace du point de vue du rapport périmètre / surface. Le carré est en effet un très bon compromis ; le noyau est décentré, ce qui offre des possibilités différentes pour l’organisation du travail. Le cloisonnement s’installe en fonction de la trame, et l’équipement est modulaire (poutres froides), il y a donc une flexibilité totale bien que pas de faux plafonds.

Un art de vivre vertical

L’objectif est de ne pas voir la tour comme un grand immeuble, mais de trouver un mode de vie voir un art de vivre vertical. Pour cela, il faut trouver des échelles intermédiaires, grâce notamment aux dessertes des transports verticaux, aux jardins, aux cafés, aux restaurants panoramiques… Créer une ville verticale conviviale à travers un ensemble d’équipements. Tous les plateaux de bureau ont un jardin extérieur (semblable à de la végétation nichée dans des cavités), à l’intérieur de la structure.

Dans le même état d’esprit, le pied de la tour est traité de manière à recréer des espaces urbains. Côté parvis, un travail est fait sur l’entrée de la tour, son hall, le sol, le système d’arcades, afin de prolonger le parvis qui pénètre à l’intérieur. Côté boulevard circulaire, la façade prend la courbe du boulevard afin de retrouver l’alignement propre à la ville et s’ouvre de ce côté. Le but est de renforcer le sentiment de quartier de ville, nouveau à la défense, en créant une place au pied de la tour.

Une tour verte

Ainsi, la réduction des impacts énergétiques, la protection sanitaire et le confort, et la réduction des coûts pour l’utilisateur (la chute des dépenses énergétiques par rapport à une tour de la génération précédente est estimée à 70%) participent au développement durable.

Afin de chercher à réduire les dépenses énergétiques de la tour tout en en augmentant le confort, le traitement thermique permet d’être capable de réagir lieu par lieu (éclairer, climatiser, créer une ventilation traversante ou non…).

Le couronnement de la tour participe au skyline et lui donne son identité architecturale. Il permet également de symboliser les fonctionnalités : la grande flèche abrite le parc de 18 éoliennes, et les pics, tapissés de panneaux solaires thermiques et de panneaux photovoltaïques, sont le lieu de captage des énergies renouvelables. 5% des besoins énergétiques de la tour sont couverts par ces sources énergétiques non pénalisantes. En tout, la stratégie énergétique de la tour permet d’économiser 3600 tonnes de CO2 par rapport à une tour classique.

Compte rendu établi par Flora Genel