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Visite de l’exposition 
Patrimoines en résistance - De Tombouctou à Odessa

COMMISSARIAT

Élisabeth Essaïan, architecte DPLG, chercheuse au laboratoire IPRAUS et maîtresse de conférences en théorie et pratique de la conception architecturale et urbaine (TPCAU) à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville.

Mathilde Leloup, politologue, maîtresse de conférences en science politique à l’Institut d’études européennes de l'université Paris 8, et directrice adjointe du centre de recherche CRESPPA.

Yves Ubelmann, président et fondateur d'Iconem, commissaire associé.

Cette visite du 2 octobre 2026, à la Cité de l'architecture et du patrimoine, nous a été proposée par Fanny Bayet - Tarkett France, et nous l'en remercions vivement.

Nous sommes submergés par les images des conflits, leur violence quotidienne frôlerait presque la banalité, et la question de notre implication se pose. Ces conflits, largement médiatisés, ne sont plus "ailleurs", le patrimoine au sens large, les populations forment un tout, nous en faisons partie. 

Cette exposition en trois volets, Effacer, Résister, Réparer, est extrêmement dense : richement documentée et pédagogique, elle fait aussi une large place aux œuvres d'art, à la fois témoignages et contrepoints à la guerre et aux différentes violences, car la part culturelle, cultuelle aussi, est un enjeu majeur. 

Élisabeth Essaïan, qui nous guide, s'est attachée, avec Mathilde Leloup, à produire en plus des fresques historiques, des cartes, des chiffres et des statistiques, une documentation qui touche presque à l'ineffable, les traces modestes que peuvent malgré tout laisser ceux et celles qui ont tout perdu, un passeport de réfugié politique, un passeport nansen, un laissez-passer, une boussole.
À l'image de l'œuvre de l'artiste, photographe et plasticien, Taysir Batnij, un ensemble de photographies de jeux de clés des habitant.es de Gaza, certains connu.es, d'autres non, qui marque l'entrée de l'exposition. Ces clés conservées, préfigurent un possible retour, une forme d'espoir, ou symbolisent ce qui fut, tout simplement.

La guerre est totale, elle détruit non seulement les bâtiments, des villes entières, le paysage, mais aussi les différentes formes d'art, les écrits, les témoignages, tout ce qui compose l'identité d'une nation, aussi bien individuelle que collective, jusqu'à l'effacement.
Effacer tous les espaces de vie, écocide, urbicide, ruricide et nettoyage culturel se conjuguent avec les déplacements des populations, car ce sont bel et bien les civils qui sont visés. Selon la chercheuse Mary Kaldor, les militaires accusent peu de pertes, 10 %, comparativement à celles des civils, hommes, femmes et enfants, 90 % donc. 

L'écocide (ce terme qui n'est pas juridique comme le souligne É. Essaïan, est néanmoins utilisé dans les plaidoyers pour préserver ou sauver l'environnement) et l'urbicide, littéralement "meurtre des villes", sont lourds de conséquences non seulement sur les territoires qui subissent ces guerres mais pour la planète entière.


 

COMPTE-RENDU

Adresse

Cité de l'architecture et du patrimoine

1 place du Trocadéro et du 11 novembre
75116 Paris


Cité de l'architecture


20.05. 2026-03.01. 2027

 


Continuer à créer, c'est résister. Documenter les vestiges, c'est leur éviter l'oubli à défaut de pouvoir les reconstruire pour certains. Les maquettes numériques de Palmyre (Syrie), de Bâmiyân (Afghanistan) ou encore de la cathédrale de la Transfiguration à Odessa en Ukraine, réalisées par ICONEM sont des outils précieux, autant que des œuvres à part entière.

La parole ne disparaît pas tout à fait, écrite ou muée en dessins par Stephan Zimmerli dans son studiolo (de l'exil). La poésie est également très présente, ce qui n'est pas sans évoquer les poèmes d’Anna Akhmatova appris par cœur par son amie Lydia Tchoukovskaïa pour échapper aux purges staliniennes...
Les poèmes, écrits en plein conflit, permettent de résister, d'être entendus par-delà les frontières d'un pays devenu prison, piège mortel. Quand on sait que nombres de poètes et poétesses palestinien.nes sont mort.es dans les bombardements de Gaza, ces mots ont un poids particulier. Les photographes de guerre, sont eux aussi tué.es au cours des conflits, et ce n'est pas toujours par accident. 

On mesure à quel point la transmission est essentielle à la résistance. 

Et enfin, réparer car c'est l'histoire même de l'humanité, lier et relier, ravauder, bricoler, reconstruire, parfois au cœur même du conflit. Protéger, recréer les espaces communs. L'exposition nous donne à voir et à écouter les hommes et les femmes des pays en guerre, les représentant.es de l'Unesco, d'Aliph, mais aussi d'associations locales, étudiant.es en architecture, professeur.es et architectes, là encore avec la volonté de transmettre des savoirs, des expertises, des savoir-faire, pour préserver ou refonder une société, et prendre soin d'elle, à toutes les échelles.

À l'exemple de l'architecte Martin Duplantier, qui a créé une antenne de son agence en Ukraine dès le début du conflit et qui y œuvre sans relâche depuis.
(On peut retrouver sa Carte Blanche sur notre site archinov.com, et dans la revue N° 1)

Si les médias pouvaient relayer ces interviews, plutôt que les discours haineux des belligérants qui, passés en boucle, infusent toutes nos sociétés, ad nauseam.

Les guerres ce sont aussi celles de l'information, comme l'a fort justement souligné Élisabeth Essaïan.

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