
Auguste Perret - Museum d'histoire naturelle - Le Havre
Le Havre, ce n'est pas que Perret !
Même si celui-ci lui a conféré une identité forte, avec le vaste programme de relogement d'après-guerre qui lui a été confié par le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme et qui aura pris près de vingt ans. L'Atelier de reconstruction du Havre regroupe 18 architectes collaborateurs qui travaillent de concert avec Auguste Perret.
La ville basse et le front de mer ont été bombardés en quelques jours par les alliés :
10 000 tonnes de bombes, 150 hectares rasés, 12 500 immeubles détruits, 5 000 morts, 80 000 sinistré.es dont 40 000 sans abri.
C'est sur ce champs de ruines, 1 m d’épaisseur de gravats aplanis, que repose le nouveau centre-ville qui respecte l'ancien plan des rues et monuments en une trame devenue orthogonale, à l'exception de l'ancienne cathédrale Notre-Dame et du Museum d'histoire naturelle. Le quartier Saint-François est quant à lui traité dans un style "régionaliste" avec des façades en briques et couvertures en ardoises.
En 1961, le Musée d'Art Moderne conçu par les architectes Guy Lagneau, Michel Weill, Jean Dimitrijevic et Raymond Audigier, et la Maison de la Culture (devenue le Volcan) conçue par l'architecte Oscar Niemeyer, sont inaugurés par André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles. C'est le début d'une décentralisation culturelle et de l'art pour toutes et tous ! Le centre-ville est inscrit à l'UNESCO depuis 2005.
L'appartement, aménagé "années 50/60", témoigne d'une réelle attention de l'Atelier Perret portée aux habitants. Le "classicisme structurel" intimement lié au matériau béton, qui privilégie la structure poteau-poutre-dalle, sans ornement superflu, le plan libre devenant manifeste de la modernité, n'exclut pas leur bien-être, bien au contraire. D'une surface de 100 m2, il est fluide et lumineux malgré ses 12,50 m de profondeur, la double épaisseur de la trame de 6,24 m est choisie par mesure économique, son plan est traversant. Les hautes fenêtres, dont la verticalité est à l'échelle de l'homme (de la femme et de l'enfant) selon A. Perret, les trumeaux étroits, privilégient la lumière et la ventilation naturelles . Les pièces de vie sont en enfilades, et peuvent s'isoler avec des parois mobiles en accordéon, qui sont toute hauteur.
Entrée, dégagement, WC et salle de bain sont au centre de l'appartement, dans la partie la plus sombre, mais la salle de bain a trois accès possibles ! Le vide-ordures dans la cuisine, le chauffage à air pulsé (gaines en plafond), le survitrage sont des innovations. Meublé selon les codes d'une société d'"après-guerre", le mobilier de série répond aux besoins de la reconstruction.
Comme ceux des créateurs Marcel Gascoin (lui-même Havrais, il s'inspire du mobilier de la marine), André Beaudoin et René Gabriel, ce dernier a été désigné par le Ministère de la reconstruction et de l'urbanisme (M.R.U) pour sa connaissance des méthodes industrielles de production de meubles économiques, pour créer le mobilier de la reconstruction. Ce mobilier d'urgence est réalisé par des menuisiers en différents lieux, à partir de matériaux disponibles, de récupération bien souvent, pour être vendu aux sinistrés à un prix symbolique (ticket de rationnement).
Cette visite, proposée par la Maison du patrimoine, nous a été merveilleusement commentée par Françoise Gasté, et nous l'en remercions vivement.

INFOS
Adresse
Museum d'histoire naturelle
Place du Vieux Marché
76600 Le Havre
muséum histoire naturelle
Maîtrise d'ouvrage
Ville du Havre
Maîtrise d'œuvre
GFTK
Romain Greif et Marie-Amélie Tek
GFTK
Scénographe
Vaste Studio
Olivia Berthon
Studiovaste
Muséographie
AB Museo
Anne Bourdais, Marie Rosière
abmuseo
Signalétique
Studio Plastac
Studio Plastac
Conception Lumière
Aura Studio
Aurastudio
Surface
1175 m2
Coût
2,7 M€ H.T
Photographies
© archinov
Le Museum d'histoire naturelle a résisté aux bombardements, et bien que sérieusement endommagé, il n'a pas été rasé. Il se retrouve " de biais" dans ce plan rigoureux, l'esplanade, ancien parking re-qualifié en jardin public, offre une belle respiration à la façade principale, son ordonnance classique dialogue avec le nouveau classicisme de Perret qui en reprend les codes (hautes fenêtres, trumeaux étroits et bandeaux filants au droit des planchers, entre autres).
Le programme initial était relativement modeste, axé sur une mise en conformité des espaces et leur accessibilité. De fil en aiguille, c'est tout le parcours muséal qui a été revu sur les cinq niveaux, devenu interactif et multisensoriel. La pédagogie, l'attention particulière donnée aux enfants, ont guidé la scénographie.
Les ghostnets, ou « filets fantômes », qui occupent la travée centrale, désignent des filets et chaluts abandonnés, perdus ou rejetés en mer par l’industrie de la pêche. Fabriqués à partir de matières synthétiques, ils se dégradent très lentement et peuvent représenter un véritable danger : ils flottent ou coulent pendant des années, piègent des animaux marins et se fragmentent en microplastiques.
Face à cette pollution, des artistes australiens donnent l’alerte et lancent l’idée d’offrir une seconde vie à ces déchets. Filets, cordes, lignes de pêche et objets collectés sur les plages deviennent ainsi des sculptures colorées, sensibles et engagées. C'est aussi une des missions du Museum d'alerter le public et de le sensibiliser à notre écosystème.
La zoologie, la paléontologie et la minéralogie, se déclinent dans des espaces colorés, c'est dense et extrêmement vivant, fruit du dialogue des équipes avec Anne Liénard, directrice du Museum depuis 2021, qui a permis de faire évoluer ce projet dans le temps.
Merci à Anne Liénard, Romain Greif et Olivia Berthon pour leurs explications, ainsi que les précisions apportées par Jean-Luc Chassais, qui nous ont fait prendre toute la mesure de leurs implications !
Le Havre, c'est le second port de France, après Marseille. Il fut longtemps le trait d'union entre Paris et New-York, la liaison régulière transatlantique s'est arrêtée avec le dernier voyage du France en 1974. La flèche de l'Église Saint-Joseph en était une forme de symbole, cet amer de 107 mètres de haut, évoque les premiers gratte-ciels New-yorkais.
Le quartier des Docks, proche du centre-ville et de la gare, se réorganise complètement. Un campus s'y est implanté (ENSM-AIA architectes, équerre d'argent 2015, la Cité Numérique-Groupe 6 architectes, etc.), les Docks Vauban réaménagés par l'agence d'architecture Reichen & Robert accueillent des espaces commerciaux, Les Bains des Docks sont conçus par Jean Nouvel, etc.).
On longe des quais, on porte le regard au loin, et le ciel est omniprésent tout au long de notre déambulation, reflété dans les bassins. Les petites maisons de briques évoquent un monde d'ouvriers et de marins, toute une vie qui était liée à l'activité maritime, et qui se transforme à grand vitesse.
Ancien hangar à café, le Hangar Zéro devenu tiers lieux, a été transformé sous la houlette de l'architecte Frédéric Denise - Archipel Zéro, il héberge un collectif local, engagé pour une transition écologique et sociale. Ateliers partagés, coworking, boutique équitable, serre, micro-brasserie, restaurant associatif se partagent ce vaste volume.
On y boit un verre, avant de filer vers la gare.
On est à seulement deux heures de Paris...























