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Visite de l’exposition 
STOCK - architectures de survie et de transmission

Une exposition dont la scénographie un peu radicale s'accorde parfaitement avec le site d'une Poste en partie désaffectée, un bâtiment signée par André Chatelin (architecte en chef des PTT) de 1968, qui sera bientôt réhabilité.

Deux voix pour nous présenter ce projet : Paul Landauer, docteur en histoire de l’architecture, professeur à l’École d’architecture de la ville et des territoires Paris-Est-Université Gustave Eiffel, commissaire de l'exposition, et Julie Herpin, médiatrice du Pavillon de l'Arsenal. Nous les en remercions vivement.

Trois parties pour aborder le stock comme "condition silencieuse de la ville : les entrepôts et leurs enjeux, l'Histoire et la place du stock dans l'architecture, et une partie prospective, spéculative, quelles ouvertures ?

On commence avec les cartes de l'APUR pour le Grand Paris qui révèlent un grand nombre de points de stockage, tout autour de Paris mais également intra-muros. Bien que cela ne soit pas toujours visible au quotidien, il faut bien constater que le nombre de m2 dévolus au stockage est extrêmement important. On y dénombre 3 types de logistique : les entrepôts de logistique proprement dite et les plateformes de distribution (denrées, matériaux, produits manufacturés), les Data Center, le Self-Stockage (affaires personnelles).
C'est immense et on les cache ! Ils ne sont pas là pour assurer un dispositif de survie comme autrefois, ou encore une transmission, il n'y a pas de résilience possible.
Ces espaces sont des lieux de connexions, leur rôle est d'assurer le flux des données, des denrées, et des produits manufacturés dans les meilleurs délais. Seuls les self stockage assure la conservation des biens personnels, ceux qu'on estime les plus précieux, et qui sont de fait les plus fragiles. Le déploiement de ces entrepôts autour de Paris se concentre au niveau des aéroports, Roissy particulièrement, des ports, le plus important est celui de Gennevilliers et le site de Rungis pour les denrées.
C'est la logistique du dernier kilomètre, être au plus près de Paris sans pouvoir s'y établir. À l’exemple de FEDEX, dont c'est le slogan. Les temps raccourcis génèrent des surfaces de plancher. D'où une disparité des attributions. La Seine Saint-Denis est de fait fortement impactée. On compte 2,1 m2 de stockage / habitant pour le Grand Paris, contre 0,6 m2 / habitant dans Paris. Les inégalités sont évidentes, et croissent avec le développement du e-commerce, la création des Data Center, gourmands en surface, en électricité, et en eau !
Ce qui est tout à fait contraire à la politique de désimperméabilisation : à ce jour, on construit autant de surfaces d'entrepôts qu'on désimperméabilise de sites. Un match nul qui nous fait douter de notre politique...
Autre problème, en cas de rupture complète de la chaîne de distribution, le Grand Paris ne tient pas plus de 5 à 7 jours. Et ce, à condition que les entreprises privées ouvrent leurs portes.
On est loin du grenier dogon qui suffit à faire vivre (frugalement) une famille pendant un an...
Le débat sur les Data Center est de plus en plus public, la politique de la souveraineté du stockage des données est un sujet sensible, et on constate que cette nouvelle politique porte préjudice aux autres engagements.
À l'exemple de Marseille qui est revenue sur l'interdiction de fonctionner aux gazole pour les paquebots à quai : l'énergie électrique est maintenant entièrement consacrée aux Data Center implantés dans le secteur.
Avec un réseau RTE dense et la fibre, le Grand Paris offre un site idéal. Sans oublier l'eau... Ce sera là aussi forcément au détriment des sites et des communes.
Le Self Stockage est moins gourmand en espace mais il augmente régulièrement, d'environ 7% par an. Les surfaces des appartements ont réduit, il n'y a plus le fameux cagibi de 4 m2 en fond de couloir !

La question du travail se pose aussi : ces espaces ne sont pas à l'échelle humaine et ne sont pas adaptés aux humains !
 

COMPTE-RENDU

Adresse

Pavillon de l'Arsenal
Hors les murs

La Poste Rodier Paris 9


Pavillon de l'Arsenal


16.04. 2026-28.06. 2026

 

La 2ème partie est réjouissante, elle traite de l'Histoire.

Du Néolithique à nos jours, il y est question d'architecture, depuis l'architecture vernaculaire des premiers greniers jusqu'aux silos du XX° siècle. Les archives et surtout les maquettes toutes à la même échelle, le 1/50° illustrent l'importance de ces lieux au cœur des différentes sociétés, la qualité architecturale comme symbole de leur importance et surtout les enjeux de survie qu'ils ont représentés, ou représentent encore, le réservoir de Montsouris (Haussmann - Belgrand) édifié au XIX° siècle en est un exemple. 
Certains châteaux d'eaux sont des manifestes d'architecture. Les archives occupent une place importante, essentielles à la Nation. Il y a encore la BNF pour les livres (Dominique Perrault), peut-être le dernier grand projet ? Et depuis, les entrepôts s'implantent sur des milliers de km2, sans architecture. Il semble que ce n'est plus le sujet. (Il y a bien sûr quelques exceptions).

En 3ème partie, on peut prendre le temps de voir et d'écouter les différents intervenants sous forme de vidéos, sur cette question du stock : un logisticien, une géographe-chercheuse Valérie Novembre, etc. Se pose également la question du réemploi avec celle du stockage des matériaux déconstruits, c'est loin d'être accessoire. Et en forme de conclusion, Paul Landauer s'entretient avec Mathieu Calame, ingénieur agronome, directeur de la Fondation Charles-Léopold-Mayer pour le progrès humain. C'est passionnant ! 

De ces trois thèmes en surgit un quatrième, sur ce que sont ces stocks, qu'en faire ? (Et plus largement que faire des bâtiments en déshérence). L'architecture existante peut-elle être transformée en stock ? Peut-on les rendre visibles à l'instar du Depot Boijmans Van Beuningen à Rotterdam (architecte MVRDV) qui présente l'intégralité des réserves au public, mais aussi les différents espaces de travail (restauration et conservation des œuvres etc.).
Partager les stocks, ou à tout le moins les espaces de stockage, comme dans certaines coopératives (Zurich) ? Proposer des espaces pour les affaires personnelles, ce besoin fondamental, identitaire (Iona Friedman). Particulièrement pour ceux et celles, sans logis, qui n'ont que cela. À l'exemple de la SCOP Grand Huit qui a livré le projet solidaire la Bagagerie Troubadour dans le XIV° arrondissement à Paris en 2024, un accueil citoyen initié par les habitants et les associations du quartier. (Ce qui nous fait penser au projet de "balise urbaine" en 1994) *.

Les questions, les interrogations surgissent, nombreuses, cette exposition donne à réfléchir, y compris sur nos propres comportements. Quel stockeur, ou stockeuse, sommes-nous ? Quelle place prenons-nous dans ce maillage logistique ? Car nous sommes au bout du dernier kilomètre ! Et surtout quel stock pour nos "clics" quotidiens ?

Info pratique pour ceux et celles qui continuent de s'égarer : le Pavillon de l'Arsenal, qui est en travaux, rouvrira ses portes fin 2028. Dossier de presse et vidéos à retrouver en ligne : https://www.pavillon-arsenal.com/fr/expositions/13305-stock.html

* Balises urbaines pour les personnes sans domicile fixe - Fondation Butagaz - Concours en 1994 - Initié par Chilpéric de Boiscuillé, architecte et professeur à l'ESA, et Paul Virilio, urbaniste philosophe et membre du Haut Comité au Logement des Personnes Défavorisées.

 

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